La triste nouvelle de l’assassinat de M’zee fût annoncée sur les antennes de la Rtnc par le colonel Eddy Kapend, aide de camp du chef de l’Etat , Laurent-Désiré Kabila.

Dans l’après-midi du lundi fatal une voix creva les ondes. C’était le colonel Eddy Kapend, aide de camp du chef de l’Etat. Il annonça la triste nouvelle sur les antennes de la RTNC, avec quelques nuances. « Mzee Laurent-Désiré Kabila, président de la République, a été touché par balles, et est gravement blessé. Il vient d’être transporté à Harare.
Sur le plateau de la Radio Télévision nationale congolaise, Eddy Kapend n’appela pas seulement les gens au calme ; il décréta aussi le couvre-feu. Chacun devait rester chez soi jusqu’à nouvel ordre. Aucun avion ne devait ni atterrir ni décoller de l’aéroport international de N’Djili.
Condamnant cette hardiesse dans le procès sur l’assassinat de Mzee, le colonel Charles Alamba, procureur général près la Cour d’ordre militaire, a allégué que c’était un message de coup d’Etat.
Il a été révélé au cours de ce grand procès que dans la soirée de ce triste lundi, un groupe de Libanais s’étaient rassemblés quelque part au centre-ville, à Kinshasa, pour fêter la chute du grand baobab. Dansant et buvant, ils levaient le toast pour l’assassinat de Mzee.
Quelques soldats de la Force d’intervention spéciale, (FIS), conduits par le général Yav Nawej, le colonel Eddy Kapend et le capitaine Ndongo Kayilu descendirent sur les lieux. La moisson fut abondante, car onze Libanais y furent arrêtés. Ils furent gardés au camp colonel Kokolo jusque dans la soirée du 17 janvier.
Mais, à la tombée de la nuit, le colonel Eddy Kapend ordonna au général Yav Nawej d’exécuter les Libanais appréhendés la veille. Patron de la FIS, le général Yav confia la lugubre besogne au jeune capitaine Ndongo Kayilu. Vers 20h00’, les Libanais furent embarqués dans un camion conduit par l’adjudant Kat Diur. On leur fit croire qu’on les emmenait au « Groupe Litho Moboti (GLM), siège du bureau 2 de la Garde présidentielle.
Mais le véhicule prit plutôt la direction de l’aéroport de N’Djili. On fit croire aux Libanais que c’est là qu’ils allaient être verbalisés. A vrai dire, l’ordre donné était d’aller les exécuter au camp d’entraînement de Kibomango. Au lieu de 11 captifs arrêtés la veille, il n’y en avait que 10. Arrivés sur le site de la mort, le capitaine Ndongo Kayilu avait voulu épargner ces Libanais lorsqu’ils ont déclaré qu’ils avaient des révélations intéressantes sur les auteurs du complot. Mais contacté, le général Yav a été implacable et ne voulut rien entendre en proférant ces mots au téléphone : « Exécutez l’ordre, personne ne doit revenir ». Eddy Kapend confirma la sentence en ces termes : « Tous les maïs doivent être plantés au champ ».
Il était 22h00’ au carillon quand les infortunés furent exécutés. On ne leur donna même pas le temps d’adresser une prière à Allah. A cause de cet acte, le capitaine Ndongo Kayilu a été condamné à perpétuité pour avoir obéi à un ordre manifestement illégal. En droit pénal, cela s’appelle “la baïonnette intelligente ».
Enigmes sur un assassinat
De l’assassinat de Mzee Laurent-Désiré Kabila, un seul point a été éclairci : la date de sa mort qui est devenue le 16 janvier 2001. En rendant son arrêt, la Cour d’ordre militaire, par la bouche de son président, le général Camille Nawele Mukongo, avait déclaré que le procès sur l’assassinat du président Laurent-Désiré Kabila n’est pas encore terminé. Il avait raison, ce haut magistrat militaire, car beaucoup de questions sont restées sans pendantes.
Dans l’exposé des motifs, cette Cour d’exception avait posé cette série de questions : pourquoi le meurtrier Rachidi Mizele n’avait pas tiré sur le professeur Emile Mota qui était pourtant un témoin gênant ? Pourquoi Emile Mota s’était-il précipité à ramasser les douilles et à les cacher ? Autre préoccupation de la Cour, l’arme du crime supposée avait appartenu à Rachidi Mizele contenait toutes les cartouches, et son canon n’avait pas l’odeur de la poudre brûlée. Qui avait eu donc intérêt à cacher l’arme du crime ? Puisque l’auteur matériel de l’assassinat avait déjà été abattu.
L’un des casse-têtes reste l’état du président assassiné. On l’a retrouvé dans son fauteuil comme un être endormi. Pourquoi n’avait-il pas réagi à l’impact des balles ? Là aussi, la balistique a été mise à rude épreuve. En commençant par la puissance des balles « 38mm Magnium » utilisées.
On connaît l’issue du procès. Il y a eu 30 condamnations à mort, 26 condamnations à perpétuité, 10 condamnations à 20 ans de servitude pénale principale, 5 condamnations à 15 ans de servitude pénale principale, 2 condamnations à 10 ans de servitude pénale principale, 1 condamnation à 5 ans de servitude pénale principale, 4 condamnations à 2 ans de servitude pénale principale, 1 condamnation à 6 mois de servitude pénale principale et 47 acquittements.
Le Potentiel
Last edited: 17/01/2007 18:58:10