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Bonjour | 07/09/2008 17:20 | English Make DC Home page | RSS feed

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Le Cardinal Etsou décédé en Belgique laisse un souvenir de controverse autour de sa dernière prise de position sur les récentes élections congolaises. Son prédécesseur Cardinal Malula fut aussi au centre d’une pareille controverse. Le Cardinal et archevêque de Kinshasa, Mgr Etsou Nzabi Bamomgwabi est décédé le samedi 6 janvier 2007 à Bruxelles. Le prélat catholique a marqué l’imaginaire collectif des Congolais, en mettant en doute les résultats de scrutin présidentiel du 20 juillet 2006.

Dans une déclaration datée du 11 novembre, le cardinal Frédéric Etsou n’est pas allé par quatre chemins pour exprimer sa déception sur l’organisation de l’élection présidentielle. Il avait dit notamment : « Non à toute tentative d’imposer au peuple congolais un candidat devant juste satisfaire les appétits gloutons et prédateurs de ses commanditaires étrangers des ressources du sol et du sous-sol congolais ».

Cette déclaration avait suscité au sein de la classe politique congolaise plusieurs interprétations, car en tant que pasteur, le cardinal ne pouvait se permettre une telle position politique.

D’aucuns ont pensé que la position du cardinal n’engageait pas l’Eglise catholique et attribuait cette attitude à l’appartenance des candidats à l’élection présidentielle à sa région d’origine. Cette analyse paraît simpliste si on analyse froidement le rôle que l’Eglise catholique et ses prélats ont toujours joué dans l’espace politique de notre pays depuis la création de l’Etat Indépendant du Congo.

Sous la colonisation belge

A la création de l’Etat Indépendant du Congo, propriété privée du Roi Léopold II, l’Eglise catholique, les grandes sociétés et l’administration coloniale travaillaient en étroite collaboration. Cette triple alliance ne pouvait pas faire long feu au regard des intérêts divergents. Pour l’Eglise catholique, l’évangélisation des indigènes congolais était plus importante que d’autres objectifs fixés par la colonisation belge.

Mais avec la politique de recrutement de la main d’œuvre par les grandes sociétés coloniales et des abus énormes commis en matière de recrutement forcé, les immenses territoires étaient dépouillés de leur population male. Les missions catholiques furent donc contraintes de s’opposer énergiquement aux grandes sociétés coloniales dans le but d’arrêter le recrutement forcé et l’exploitation de leurs croyants.

Bien alliée de l’administration coloniale belge, l’Eglise catholique avait pris ses distances par rapport à la politique que menait l’administration coloniale qui s’opposait à l’instruction des indigènes congolais et à la voie vers l’indépendance. C’est l’Eglise catholique qui a formé une grande partie de l’élite intellectuelle de la RDC en créant en 1954 la première université au Congo : Université de Lovanium. C’est grâce à elle, que les élites congolaises ont publié en 1955 le manifeste de la « Conscience africaine » réclamant l’indépendance du Congo. Ce qui n’était pas du goût de l’administration coloniale et de grandes sociétés coloniales.

Après l’indépendance du Congo, le cardinal Joseph-Albert Malula a pris le relais des missionnaires blancs de l’Eglise catholique congolaise.

Après l’indépendance

Aussi, le prélat catholique va-t-il affronter le régime dictatorial de Mobutu. Le cardinal s’opposa très vite au président Mobutu. En septembre 1971, le gouvernement ordonna l’étatisation de l’Université catholique Lovanium de Kinshasa ainsi que l’Université Libre du Congo, une université protestante à Kisangani.

L’étatisation de l’université catholique suscita un esprit anti-régime parmi les responsables catholiques. Toutefois, certains évêques se montraient prudents et réservés. Ainsi, le cardinal Malula parut comme le chef de file des prélats ouvertement mécontents au régime mobutiste.

Il s’opposa, en 1971, à la politique du « recours à l’authenticité » prônée par le président Mobutu. Pour le cardinal Malula. « Il ne s’agit plus aujourd’hui, écrivait-il, de nous procurer l’éphémère satisfaction de réclamer à grands cris qu’on reconnaisse notre droit d’être nous-mêmes et de nous amuser à saccager notre passé de colonisés… Il faut passer aux actes et imposer par des réalisations de tous ordres notre dignité d’hommes africains. La question n’est pas de brandir des slogans sur notre originalité, nos valeurs… mais bien de mettre en oeuvre, aux yeux du monde cette originalité et ces valeurs.

Le cardinal Malula devint alors la cible privilégiée du pouvoir. Il fut l’objet de brutalités avant d’être dépossédé de sa résidence. En 1972, il s’exila en Belgique. Il vint à Kinshasa à la faveur des négociations entre le Vatican et le régime de Mobutu.

Le comportement du feu cardinal Malula peut expliquer l’attitude de son successeur, le feu cardinal Etsou. C’est la tradition de l’Eglise catholique congolaise de défendre les croyants et de dire la vérité à n’importe quel régime politique depuis la naissance du Congo comme Etat en 1885.

(Yes)

Freddy Mulumba Kabuayi/Le Potentiel

Last edited: 08/01/2007 17:01:09

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