Cela n’arrive pas tous les jours qu’un avocat comparaisse devant des juges militaires, comme aujourd’hui Marie-Thérèse N’Landu, prévenue irréfutablement dans une affaire de détention d’armes de guerre au moment où les partisans - comme elle du reste – du candidat malheureux Jean-Pierre Bemba poussaient l’outrecuidance jusqu’à brûler le siège de la Cour suprême de justice saisie de la requête de ce dernier.

Membre non influente mais particulièrement verbeuse de l’Union pour la nation (UN), plate-forme électorale qui a soutenu le candidat malheureux Jean-Pierre Bemba au second tour de l’élection présidentielle, l’avocate Marie-Thérèse N’Landu est sous les verrous depuis le 22 novembre dernier. Et pour cause.
En effet, au plus fort de la campagne électorale pour le second tour de l’élection présidentielle émaillée de turbulences de tous genres orchestrées par l’état-major de la plate-forme électorale de Jean-Pierre Bemba Union pour la nation (UN) qui s’est décernée un sauf-conduit libertaire dans la manière de mener le sacre du patron du Mouvement pour la libération du Congo (MLC), la bouillante avocate connue pour sa verve oratoire empreinte d’une verbosité sans pareille s’est laissée fourvoyer par les maîtres de sa plate-forme occasionnelle qui l’ont chargée de lever un groupe d’anciens militaires pour opérer on ne sait encore exactement quel coup fourré.
C’est ainsi que, la déveine jouant contre Me Marie-Thérèse N’Landu, dont les mouvements étaient en surveillance étroite, les services spéciaux de la police ont surpris une voiture en stationnement non loin de l’église catholique St-Luc au quartier Ma Campagne. Fouillée de fond en comble, la voiture a révélé le contenu de son coffre qui contenait des grenades offensives. C’est alors que s’en est suivie l’interpellation des occupants de la voiture au quartier général des services spéciaux de la police, à Kin Mazières.
Interpellés, les occupants de la voiture passèrent aux aveux sans trop de peine. Le chauffeur fut le premier à avouer que la voiture appartient à Mme Marie-Thérèse N’Landu, avocate de son état. C’est du reste ses instructions que l’on attendait à l’endroit où il avait stationné la voiture et d’où les ont cueillis tels des fruits mûrs les agents de la police. Et pour se disculper davantage, il a ajouté n’avoir eu comme mission spécifique que d’aller prendre la cargaison humaine ainsi que le colis embarqué dans le coffre du véhicule.
N’Lnandu : la partie visible d’un iceberg ?
Les passagers de la voiture ont par contre fourni les éléments clés constitutifs de cette affaire. Ils ont reconnu avoir fait partie de l’ancienne Garde civile dissoute avec l’arrivée au pouvoir de l’Afdel. Plus grave : ils avaient pour la circonstance reçu une mission spécifique bien précise en rapport avec la situation du moment. Serait-il superflu de préciser que l’on se trouvait alors dans un contexte de bouillonnement politique surchauffé par l’agitation provoquée par les partisans de l’Un qui voulaient forcer la main aux hauts magistrats de la République statuant sur la requête en contestation des résultats électoraux du second tour de l’élection présidentielle introduite par Jean-Pierre Bemba en personne. Faudrait-il ajouter en plus que c’est dans la foulée de cette contestation que la cohue incontrôlée des partisans de l’UN avait envahi les abords de la Cour suprême de justice, mettant à sac une partie de ses installations, et infligeant aux hauts magistrats un affligeante dérobade en catastrophe par des issues improvisées afin d’échapper à la vindicte de leurs agresseurs potentiels.

Ainsi, telle que s’est révélée cette affaire sous toutes ses coutures, la police en est arrivée à conclure que l’avocate Marie-Thérèse N’Landu est la partie visible d’un iceberg. Les déclarations recueillies auprès des passagers arrêtés dans sa voiture ainsi que les armes de guerre trouvée dans ce véhicule étaient suffisamment claires pour aboutir à l’implication de Me N’Landu.
En raison de son implication avérée dans une affaire de détention d’armes de guerre, l’avocate a été déférée devant une juridiction militaire devant laquelle cette dernière comparaît ce vendredi 22 décembre 2006. Au terme du procès, on connaîtra sans doute ce qui se niche sous la partie immergée de cet iceberg. Mieux : l’opinion saura à quelle saucé allait être mangé le peuple congolais avec les sanglants événements qui se préparaient en sourdine. avec les sanglants événements qui se préparaient en sourdine.
Des cris de putois à contresens de la vérité
La mise en arrestation de Me Marie-Thérèse N’Landu ne s’est pas passée dans le silence résigné des commanditaires de l’effronterie dans laquelle elle s’est laissée coupablement entraîner. Ses pairs de l’UN ont été les premiers à donner de la voix, pour la forme ou pour se donner bonne conscience.
Ensuite, les notables Ne Kongo, eux aussi pour se donner bonne conscience ont versé des larmes de crocodile sur « leur » chère fille broyée par mégarde par la machinerie diabolique d’une plate-forme électorale obnubilée par l’obsession du pouvoir et la haine contre Joseph Kabila.
Ses enfants et ceux issus du mariage entre feu Nguz Karl-I-Bond avec sa sœur Wivine N’Landu ont inondé le web des appels pressants instrumentalisant l’arrestation de leur mère et tante, victime, prétendent-ils toute honte bue, d’avoir pris le parti de Jean-Pierre Bemba ! Toutes les grandes Ong internationales de défense des droits de l’homme ont été inondées de messages indigestes dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils escamotent les vrais motifs de cette arrestation.
Le bâtonnier Muanza Mbiye, président du Conseil de l’Ordre des Avocats du Barreau de Kinshasa-Gombe près la Cour d’appel n’est pas en reste dans le concert des actions entreprises pour dénoncer la mise en accusation de son infortunée consoeur.
Aussi, dans une prise de position publiée hier jeudi 21 décembre 2006 dans les colonnes du quotidien LE PHARE, il tait volontairement les motifs invoqués pour justifier l’arrestation de Me N’Landu tout en réclamant « la libération » de cette dernière, parce que, précise le Bâtonnier Muanza, cette libération irait en concours idéal avec, dit-il, « le climat politique et social du moment caractérisé par la détente du nouveau gouvernement » ! Tout beau ! Tout beau ! Il est dommage que le Bâtonnier n’ait pas pensé à réclamer que le bénéfice de ce climat politique et social soit étendu à toutes les personnes incarcérées pour des délits et qui attendent d’en répondre devant leurs juges. Celles-ci lui en aurait su gré d’entreprendre une pareille démarche en leur faveur ! Et puis, cette allusion au discours d’investiture du Chef de l’Etat tendant à implorer la relaxation de Me N’Landu sonne comme une supplique tacite pour reconnaissance des faits reprochés à cette dernière. Surtout que l’on veut prétendre qu’il s’agit d’un procès politique !
Question adjacente à cette prétention : est-il permis à une citoyenne qui n’en a pas qualité de trimballer des armes de guerre en toute impunité, pour se mettre ensuite à solliciter par la suite la clémence de la justice !

Et enfin, le dernier à mêler sa voix à ce tumulte incongru autour d’une affaire qui relève du domaine d’atteinte à la sûreté de l’Etat parce que comportant essentiellement un volet de détention d’armes des guerres par des personnes qui n’en ont pas qualité, est Maître Mukendi. Conseiller politique d’Etienne Tshisekedi, Me Mukendi a accepté de mettre la toge pour faire l’avocat du diable. Lui aussi développe les mêmes arguments éculés de l’innocence de Me N’Landu, non sans affirmer lui aussi, sur les ondes de Rfi ce vendredi matin 22 décembre 2006, que « le dossier est suffisamment clair, et que l’on en fasse pas une affaire politique ». Prenons Me Mukendi au mot et constatons simplement que ce sont ses amis de l’UN, les enfants de la prévenue installés en Europe, ses confrères du Barreau de Kinshasa et curieusement lui-même Me Mukendi qui s’échinent à transformer cette affaire en une affaire politique.
En tout état de cause, il est aisé de confondre les tenants de cette thèse puérile qui prétendent que cette affaire procède d’un montage et d’une machination du pouvoir en place. Nous affirmons sans peur d’être contredit que si tel serait le cas, le pivot de cette affaire aurait été choisi parmi les grosses pointures de l’UN et Dieu sait s’il y en a dans cette plate-forme. Partant de ce constat, nous pensons – et d’autres observateurs sont d’avis avec nous – que si telle serait cette thèse, les metteurs en scène de ce scénario auraient dû jeter leur dévolu sur une personnalité plus en vue dans l’entourage de Jean-Pierre Bemba que sur Marie-Thérèse N’Landu qui n’en est pas encore une politiquement parlant, même si, honnêteté intellectuelle oblige, on doit reconnaître qu’elle n’a pas volé son diplôme universitaire. Et que la toge lui sied bien au prétoire.
De toutes les façons, on en saura un peu plus au fur et à mesure que va avancer l’instruction de cette affaire entamée ce vendredi matin 22 décembre 2006. La lumière finira par jaillir et la turpitude des uns et des autres sera en fin de compte mise à nu !
En attendant, voici donc Me Marie-Thérèse N’Landu Nene devant ses juges. Côté cour drapée du voile de la présomption d’innocence, et côté jardin bardée de grenades offensives. Kafka n’aurait pas trouvé meilleur personnage qu’elle pour un dernier roman !
MMC
Last edited: 22/12/2006 16:31:45