Kevin Watkins, le principal auteur de ce rapport, indique que plus d’un milliard d’êtres humains sont privés d’un accès régulier à l’eau potable. Et que ce fléau silencieux tue principalement les pauvres
Chaque année, 1,8 million d’enfants meurent de diarrhées, facilement évitables si certains enfants avaient eu accès à un verre d’eau potable et à des toilettes. C’est ce qui ressort du rapport Mondial sur le développement humain 2006, publié mercredi 29 novembre dernier au salon Congo, Grand hôtel Kinshasa par le Programme des nations unies pour le développement (Pnud).
Présents à cette cérémonie le Représentant résident du Pnud en Rdc, M. Ross Mountain, du Secrétaire exécutif du comité national de l’eau et de l’assainissement (Cnea), M. Katende Muya ainsi que du directeur programme « Antenna technologies Grands lacs », M. Zacharie Kasongo.
Le secrétaire exécutif du Cnea, Katende Muya a articulé son intervention autour de la « problématique de l’accès à l’eau et à l’assainissement en Rdc ». L’eau salubre et l’assainissement figurent, en effet, parmi les moteurs les plus puissants du développement humain car ils génèrent des opportunités, renforcent la dignité et soutiennent la création d’un cercle vertueux au sein duquel la santé s’améliore pour à son tour engendrer des richesses.
De son coté, M. Zacharie Kasongo a fait savoir que le « Handy chlorinator device » (Hcd), permet de produire du chlore actif à un prix au moins trois fois inférieur au chlore importé. Pour produire un litre de solution concentrée de chlore actif (6000 mg/I), il suffit d’un litre d’eau, d’une cuillère à soupe de set de cuisine (25 grammes) et d’un courant continu de 3 ampères et de 12 volts pendant une heure. Sous l’effet combine de l’électrolyte et de l’électricité, l’eau salée se transforme en chlore actif.
D’après les normes de l’Oms, l’eau destinée à la consommation humaine doit contenir au moins un milligramme de chlore par litre. En clair un litre de chlore peut potabiliser jusqu’à 6000 L d’eau. « Selon nos calculs, avec un euro, il est possible qu’une famille de trois personnes ait de l’eau potable pendant trois ans », a-t-il expliqué.
Selon ce rapport, le manque d’accès à de l’eau potable et à une hygiène élémentaire constitue un frein au progrès humain. Ce fléau silencieux tue principalement les pauvres et ce, de manière plus massive que les guerres ou les catastrophes naturelles.
Pour M. Ross Mountain, la RDC occupe sur base des statistiques de 2004, la même place que l’année passée, soit le 167ème rang, à dix places du Niger, la lanterne rouge. « Ce classement signifie tout simplement que des efforts énormes en matière de développement humain restent encore à fournir. La communauté internationale travaillera avec les nouveaux dirigeants pour mettre en place des programmes de développement cohérents, visant une amélioration tangible des conditions de vie des populations les plus démunies », a-t-il ajouté.
Le principal auteur de ce rapport Kevin Watkins, a indiqué que plus d’un milliard d’êtres humains sont privés d’un accès régulier à l’eau potable et 2 ,6 milliards n’ont toujours pas accès à des systèmes d’assainissement. Pour lui, c’est une façon pour lui de dire que les gens puisent dans les rivières, les lacs, les fossés et les canaux de drainage souillés par des excréments, l’eau dont ils ont besoin pour boire, cuisiner et se laver ».
En Afrique subsaharienne, l’impact de ce stress hydrique sur les économies coûterait 5% du PIB, soit environ 28,4 milliards de dollars US chaque année. Ce chiffre excède le montant de l’aide internationale et de l’allègement de la dette allouée à la région en 2003. Bien plus, ces pertes sont, dans leur majorité, supportées par les ménages vivant en dessous du seuil de pauvreté, ce qui diminue encore plus leurs chances de sortir de la misère.
Ce rapport indique également que si les tendances actuelles se confirment, en 2015, le club du milliard de personnes souffrant d’un manque d’accès à de l’eau potable verra le nombre de ses membres augmenter de 800 millions d’unités.
Quant aux 2,6 milliards de personnes privées aujourd’hui de structures d’assainissement, elles seront 4,4 milliards en 2015. Bref au lieu de s’approcher des objectifs du millénaire, on s’en écarte. Selon ces mêmes estimations, l’Afrique atteindrait son objectifs relatifs à l’accès à l’eau potable en 2040 et, en 2076, pour l’assainissement.
Quelques recommandations
Ce rapport constate, en outre, que contrairement au Sida et au terrorisme qui affectent toutes les nations et les différentes couches sociales, la crise de l’eau et de l’assainissement constitue la menace la plus immédiate et directe à l’encontre des personnes défavorisées vivant dans les pays pauvres ». En d’autres mots, ce problème ne concerne ni les riches ni les pays riches.
Face à ce tableau, le PNUD recommande de faire de l’accès à l’eau (un minimum de 20 L d’eau par jour et par personne) un droit de l’Homme à part entière et de l’inscrire, tel quoi, dans les législations nationales, voire dans la constitution.
Le Rapport recommande qu’un pourcent (1%) du PNB soit consacré à l’établissement renforcement du réseau de distribution, tant dans les villes que dans les zones rurales. Outre cet accent particulier sur les problèmes liés à l’eau et à l’assainissement, le Rapport du PNUD dresse un classement des pays selon leur degré de développement humain. L’indicateur du Développement Humain croise des critères tels que l’espérance de vie, le niveau d’instruction et le niveau de vie mesuré par le revenu en parité de pouvoir d’achat.
Le Congo voisin occupe la 140 place et le premier pays africain (la Libye), la 64ème place. Des neufs pays limitrophes, seuls le Burundi (169) et la République Centrafricaine (172) réalisent un score inférieur. La RDC occupe la même place que l’année passée, soit le 167ème rang, à dix places du Niger.
Clara Luntala/Uhuru
Last edited: 01/12/2006 11:07:11