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Réagissant à la proclamation des résultats provisoires de l’élection présidentielle qui le classe en seconde position derrière le Président de la République sortant, JP. Bemba a saisi la Cour suprême de justice d’une requête en annulation du scrutin présidentiel. On se perd en conjectures sur le sens de cette requête. Jeudi 16 novembre 2006, soit 24 heures seulement après que le Président de la Commission  électorale indépendante a rendu publics les résultats provisoires du second tour de l’élection présidentielle, Jean-Pierre Bemba, le candidat perdant qui a obtenu 41,95 % des suffrages exprimés contre 58,05 % au Président sortant Joseph Kabila s’est pourvu en contestation de ces résultats auprès de la Cour suprême de justice, instance habilitée à examiner et à trancher les litiges électoraux.

A première vue, le leader du Mlc qui a péché par légèreté en confiant son marketing politique – et, partant son destin national - entre des mains inexpertes de quelques personnalités qui n’avaient en partage que leur commun dénominateur d’avoir connu eux-mêmes un retentissant naufrage au premier tour, mais aussi et surtout de nourrir une acrimonie morbide contre Joseph Kabila, doit regretter au plus profond de lui-même cette méprise qui le place aujourd’hui dans une position inconfortable.

Certes, la Cour suprême de justice a commencé depuis hier lundi 20 novembre 2006 à examiner tous les contours de la requête du malheureux perdant, mais on peut se demander si cette contestation n’est pas plutôt un sursaut d’orgueil destiné à atténuer les aigreurs résultant d’une défaite pourtant avérée inéluctable par les sondages qui ont précédé ce scrutin. Ou si, en réalité elle ne constitue pas l’arbre qui cache la forêt, le leitmotiv qui va justifier l’irrépressible coup de sang qui va le pousser à retomber dans la tentation de reprendre le maquis pour conquérir par les armes ce qu’il n’a pu obtenir par les urnes. On peut vraiment se poser la question.

Il est à espérer que le dossier soumis à l’appréciation des hauts magistrats contient toutes les preuves tangibles des méfaits qui ont entaché le déroulement de ce scrutin accusations, de façon à rétablir l’impétrant dans son droit. Mais si, à contrario les accusations alignées dans cette requête se bornent à énumérer sans plus des cas plutôt qu’à les asseoir par des preuves palpables, il est à craindre que l’intelligence et la sagesse des juges concluent à des non-lieu, et renvoie par conséquent le perdant à ses illusions. Tant il reste vrai qu’en justice, il appartient au plaignant d’apporter les preuves de l’accusation, afin d’éclairer la religion des juges, et d’arracher leur assentiment à la requête formulée.

Or, dans le cas d’espèce, d’aucuns pensent et non sans raison qu’il sera difficile aux juges de faire droit à la requête de J. Bemba. Plusieurs indices tendent à confirmer cette assertion.

Le premier a trait aux fameuses preuves : celles-ci paraissent inexistantes, du moins matériellement. Car on ne prouve pas un bourrage d’urnes par des discours. Et la contestation de l’accusation portée contre la Commission électorale  indépendante sur l’absence du fichier électoral est passée de mode : cette exigence tombe comme un cheveu dans la soupe alors que le repas se trouve en phase de digestion avancée, si bien qu’elle ne saurait donc être cause valable d’une annulation de scrutin, comme le souhaite ardemment l’impulsif leader de l’Union pour la Nation (UN).

Quant à la soi-disant fraude imputée aux gonflements de listes électorales à la suite des votes par dérogation, les hauts magistrats sont instruits d’ores et déjà que les cas les plus patents et les plus nombreux ont été enregistrés dans la province de l’Equateur : avec 254.000 cas de personnes ayant voté dans les différents bureaux de vote de cette province, le record a été scandaleusement battu dans la province d’origine de Jean-Pierre Bemba.

Dans ce même chapitre, d’éminents observateurs qui ont scrupuleusement suivi le déroulement du scrutin à travers le pays ont donné un avis formel : quand bien même tous les cas litigieux – ils concernent exactement 1.481.291 sujets qui ont voté par dérogation – pourraient être imputés au seul candidat vainqueur, cela ne saurait avoir un impact sur l’écart séparant les deux candidats. Tel est l’avis de la Mission d’observation de l’Union européenne formulé par le général Philippe Morillon chef de cette Mission et son adjoint Eric de la Palière. Tandis que la Fondation américaine Jimmy Carter opine du même bonnet. Pour leur part, les observateurs de l’Union africaine, de la Sadc, des confessions religieuses et ceux de la Société civile congolaise abondent dans le même sens.

De plus, que dire du point de vue du représentant spécial en République démocratique du Congo du Secrétaire général de l’Onu, l’ambassadeur Lacy William Swing qui, pour être en possession des rapports fiables lui communiqués par ses services sur la situation exacte qui a prévalu, peut attester sans crainte d’être contredit – sauf mauvaise foi manifeste – que nulle ne peut douter de la crédibilité et de la transparence des élections qui viennent de se dérouler, mises à part les « quelques irrégularités  constatées, mais qui ne sont pas de nature à dénaturer les résultats de ce scrutin », a affirmé le n° 1 de la Monuc qui est, rappelons-le utilement, est l’œil et l’oreille du Conseil de sécurité des Nations unies en République démocratique du Congo depuis le début du processus de transition dans ce pays.

Certains observateurs se perdent en conjectures sur les deux faits majeurs-ci : la proclamation par anticipation, mardi 14 novembre, des résultats du second tour par la plate-forme de l’Union pour la patrie ( UN) de Jean-Pierre Bemba, déclarant ce dernier vainqueur par le même score que celui rendu public le lendemain par la Commission électorale indépendante. Une manifestation d’imposture outrageuse qui a couvert de honte les auteurs de cette manigance grotesque signée par tous ceux qui, répertoriés dans l’association avec but lucratif hâtivement créée avant le déclenchement de la campagne électorale et dénommée pour la circonstance « Tous sauf Kabila –TSK », poussent dans l’ombre JP. Bemba à aller plus loin dans la contestation, aussi bien des résultats de la CEI que de la décision attendue de la Cour suprême de justice.

Après avoir eux-mêmes raté le coche, on peut comprendre que ces anges du mal investissent les dernières énergies dans cette entreprise, quitte à égarer l’impétueux fils de Saolona Bemba dans les dédales des complications qui peuvent en découler pour sa carrière politique. Jean-Pierre Bemba sait au moins qu’il a derrière lui un électorat sur lequel il peut remiser ses chances après ce quinquennat perdu, mais eux, ce sont des demandeurs d’emplois impatients aussi bien qu’impertinents. Faute d’avoir prouvé leur prétendue assise populaire sur la base d’un électorat palpable, la plupart d’entre eux se retrouvent devant un vide politique qui va durer pendant cinq ans. Pénible attente que celle qui va être la leur durant les 1.825 jours à venir qui constituent le premier mandat de cette Troisième République qui a pratiquement commencé en les laissant sur le bas-côté de la rue. Comment pourront-ils encore amuser la galerie et faire le pitre comme on les a vus faire tout au long de la longue transition qui vient de s’achever ? Trouver une réponse à cette appréhension, c’est comprendre du même coup ce qu’il y a derrière la contestation des résultats introduite par le « chairman ».

Sauf à se faire hara-kiri, au propre comme au figuré, Jean-Pierre Bemba, dont on sait qu’il a plutôt les deux pieds sur terre ne se leurre pas sur l’issue de la démarche qu’il a initiée auprès de la Cour suprême de justice. Le sort, son sort est d’ores et déjà scellé dès lors que la communauté internationale et africaine ont avalisé les résultats provisoires rendus publics par la Commission électorale indépendante. L’hommage mérité que les uns et les autres ont rendu à cette institution ainsi que, particulièrement à son Président l’abbé Apollinaire Malu Malu Muholongu est un signe des temps. Il a tout intérêt, pensons-nous, à se passer des avis de ces va-t-en guerre qui veulent sa perte. Ces gens n’ont plus rien à perdre, for l’honneur !

Encore leur faut-il prouver qu’ils ont une once d’honneur à faire valoir par les temps qui courent, maintenant que tout le monde sait qu’ils ne représentent plus que leurs propres ombres ! Ils ne seraient du reste pas mécontents de le voir rejoindre au plus tôt un certain Thomas Lubanga à La Haye. Surtout qu’ils savent qu’il ne peut, pour se mettre à l’abri de poursuites judiciaires, exciper d’aucun mandat du peuple. Jean-Pierre Bemba tomberait dans le panneau s’il s’obstine à les écouter. Prendre le parti de mettre de l’eau dans son vin après le verdict de la Cour suprême de justice serait une bien salutaire sortie de tourmente que persister à écouter les chants de sirène de ces oiseaux de mauvais augure.

MMC

Last edited: 21/11/2006 14:18:03

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