Le professeur John Francis Mbala, apporte en tant que analyste politique, une pertinente réflexion se référant à la situation de l’heure,  en vue d’aider la population à bien cerner certains contours de la marche de la politique de notre pays. Il traite un aspect des actions à entreprendre dans le cadre de la reconstruction du pays, notamment au bénéfice de la communauté congolaise de la diaspora dont il devient urgent de rechercher les voies et moyens d’une meilleure restauration de ses liens avec la mère patrie. Voici, ci-après, le texte de la réflexion en question.
 
Osons imaginer le Congo de demain ! Mon propos ici tentera d’esquiver la polémique naissante sur la régularité du scrutin électoral pour le deuxième tour de l’élection présidentielle. Néanmoins, l’on ne peut s’empêcher d’éclairer l’opinion publique afin que celle-ci ne tombe point dans une sorte d’angélisme. Ma réflexion tournera essentiellement autour de deux axes :

1- Face à la légalité :  Deux hommes d’Etat ou deux « politiciens ?»
2- Quel est l’apport de la diaspora pour un Congo, «Chine» de demain ?

I. Face à la légalité : Deux hommes d’Etat ou deux « politiciens » ?

Eu égard à l’effort de concision qui s’impose dans ce type d’exercice, rappelons rapidement ceci : Le 29 novembre 2006 a eu lieu le deuxième tour de l’élection présidentielle, deuxième tour opposant le Président sortant Joseph Kabila d’une part et le Vice-président en charge de l’économie et des finances, Jean-Pierre Bemba d’autre part.

Anticipant sur la date butoir, la Commission électorale indépendante a, le 15 novembre 2006, annoncé officiellement les résultats provisoires. Les prétendants à la magistrature suprême obtiennent pour Joseph Kabila 58,05% des suffrages exprimés et pour Jean-Pierre Bemba 41,95%. Et c’est ici qu’il faut saluer la maturité du peuple congolais qui n’a pas versé dans la violence en accueillant dans la sérénité les résultats annoncés et ce en dépit de quelques accrochages entre des jeunes abandonnés à eux-mêmes et les forces de l’ordre. C’est ici qu’il faut saluer, contre toute attente la carrure d’homme d’Etat qu’est en train de revêtir Jean-Pierre Bemba dès lors qu’il a décidé d’emprunter la voie légale pour contester ces résultats en déposant auprès de la CEI ses requêtes.

 En effet, au-delà de la contestation qui est une donnée inhérente, même aux principes démocratiques, le risque d’une escalade de la violence était redouté, fort de la leçon désormais connue à savoir ; les violences meurtrières au lendemain de l’annonce des résultats du premier tour en août dernier.

Maintenant, dans l’attente des résultats définitifs que la Cour Suprême de Justice doit annoncer puisqu’elle a reçu de la CEI les résultats provisoires mais aussi les dossiers relatifs aux contestations émises par Jean-Pierre Bemba, deux options se présentent. Ou la Cour Suprême de Justice estimera que les contestations enregistrées sont de nature à repousser l’annonce des résultats définitifs et après une série de vérifications déclarera Jean-Pierre Bemba plutôt élu, ou elle considèrera que certes, il y a quelques irrégularités mais qu’elles ne sont pas de nature à remettre en cause le processus électoral enclenché pour le second tour, auquel cas, cette institution déclarera – non plus provisoirement mais définitivement – Joseph Kabila, président de la République démocratique du Congo, élu.

En lisant entre les lignes, quelques recherches nous poussent à retenir que c’est cette seconde option qui va l’emporter. En effet, les déclarations du secrétaire général Kofi Annan, celles de son représentant au Congo, William Swing, sinon celles des observateurs étrangers notamment ceux de la Fondation Carter sont unanimes pour souligner que globalement, les opérations électorales pour le deuxième tour se sont déroulées sans incidents majeurs, du moins des incidents de nature à remettre en cause l’ensemble des opérations de vote et de compilation.

Mais, allant plus loin dans la réflexion, Eric des Paillères, adjoint du chef de la Mission d’Observation de l’Union Européenne (MOE), le général Philippe Morillon bien que prudent, relève que les contestations portent essentiellement sur les listes omises et les registres de dérogation. Or estime-t-il à ce sujet, il y a eu des irrégularités qui ont bénéficié aux deux camps, mais poursuit-il : « même en supposant, -hypothèse absurde - que toutes les dérogations aient bénéficié au même candidat dans tous les bureaux de vote du pays, cette incidence, au regard des résultats obtenus, ne pourrait dépasser les 650.000 voix. » Et c’est ici qu’il faut relever que Joseph Kabila possède 2.616.957 voix d’avance.

Joseph Kabila est le président de tous les Congolais

C’est donc logiquement, en ayant recours à une arithmétique élémentaire que la Cour Suprême de Justice déclarera fort probablement définitivement élu Président de la République, Joseph Kabila. Ceci dit, il convient de souligner immédiatement que l’analyse émise par Eric des Paillères n’est qu’une analyse parmi tant d’autres et qu’il convient de rester légaliste en laissant à la Cour Suprême de Justice le soin de rendre sa décision qui est du reste, sans appel. Il ne faut pas être sorti d’une grande école pour réaliser que le Président élu selon les résultats provisoires affichés, sera confirmé. Même vu de l’extérieur, analysant les dépêches des médias et les félicitations des chancelleries occidentales, le peuple a choisi.

Dès lors, deux options se présenteront  à Jean-Pierre Bemba qui faut-il le souligner, n’a pas démérité au vu du score réalisé. Soit, il va se présenter comme le leader incontesté de l’opposition politique, soit se mettant en marge de la loi, il va créer une zone d’instabilité et/ou une zone de non droit. Dans ce dernier cas, il se mettra à dos outre la communauté internationale, ses aspirations politiques pour la prochaine échéance de 2011. Il y a gros à parier qu’il optera pour le respect des institutions et de l’attitude légaliste affichée de nouveau récemment, attitude qui lui confère une stature d’homme d’Etat.

De son côté, le Président élu, Joseph Kabila ne devra pas afficher un quelconque triomphalisme ni « fermer » la porte à l’opposition et dès à présent ses déclarations vont dans le sens de l’ouverture. Mieux il se veut être le Président de tous les Congolais. Plusieurs priorités et/ou chantiers ont été relevés par le Président Joseph Kabila qui dès le début de la IIIème République s’attellera aux problèmes d’ordre social. Dans la mesure où il se présente comme le Président de tous les Congolais et donc même de ceux-là qui ne l’ont pas élu, il s’inscrit d’emblée dans la phase de reconstruction, celle-ci ne pourra se faire sans l’apport de la diaspora.

II. Quel est l’apport de la diaspora pour un Congo, «Chine » de demain ?

Le paradoxe de l’Etat congolais réside dans le fait qu’il s’agit d’un pays extrêmement riche où l’on rencontre une pauvreté inadmissible dès lors que la République démocratique du Congo figure parmi les Pays les Moins Avancés (PMA) et espère être admis parmi les Pays Pauvres Très Endettés ( PPTE). Dès lors, on se pose spontanément la question : Quelle solution y a-t-il à ce paradoxe ?

La réponse qui vient à l’esprit est : la bonne gouvernance. Pour que celle-ci ne fasse partie d’un catalogue de bonnes intentions, un autre paramètre et pas des moins négligeables doit être immédiatement pris en compte : éduquer, pour changer les mentalités ! Au-delà de cette approche morale, soyons pragmatique et osons imaginer le Congo de demain. A l’aube de la IIIème République, la reconstruction suppose aussi l’apport de la diaspora, autrement dit les Congolais de l’extérieur.

D’emblée, relevons que l’économie congolaise dans laquelle des pans entiers subissent l’influence grandissante du secteur informel est en deçà de ses réelles potentialités et c’est en particulier grâce aux importations des biens, voire des services, que le circuit économique tente de fonctionner. Ces importations sont aussi et surtout possibles grâce à la contribution des Congolais expatriés dits « diaspora ». Cette contribution va de l’importation des produits alimentaires, électroménagers, pharmaceutiques, automobiles aux services (fret, transfert d’argent…)

Qu’il y ait un blocus sur les importations et ce sera un drame et il ne faut même pas envisager quelques mois d’autarcie ; la production étant quasi-inexistante en raison du délabrement des infrastructures héritées de la colonisation, détruites graduellement mais aussi par les guerres chroniques récentes.

Nous devons donc comme les Chinois, apprendre à produire mais encore à consommer «local» ou valoriser la production nationale. Les Congolais de l’étranger doivent donc investir et ceux vivant sur le territoire national à travers le micro-crédit et les projets de développement, réapprendre à promouvoir le travail car à terme, en dépit de la mondialisation des échanges, il conviendra de savoir compter d’abord sur nous mêmes. En effet, ne dit-on pas : « Si tu me donnes un poisson, je mangerai un jour mais si tu m’apprends à pêcher, je n’aurai plus faim », un proverbe chinois aussi, me semble-t-il.

Demande à la diaspora de rentrer au pays

La référence à la Chine par le Président Joseph Kabila tombe à propos. Dans une interview accordée au journal belge Le Soir, à la question : Comment voyez-vous l’avenir du Congo ? il a répondu ceci : « Pour moi, le Congo c’est la Chine de demain : d’ici 2011, l’exemple pour moi viendra des pays asiatiques, que l’on appelle les « Dragons ». Le Congo va surprendre, car il se redressera beaucoup plus vite que prévu. A mes compatriotes de la diaspora, je dis de rentrer au pays ! Venez participer à la reconstruction, il y a de la place pour tout le monde, et la liberté d’expression, la sécurité de tous seront garanties. »

Je suis également d’avis que le Congo va surprendre, que nous allons nous relever plus vite que les prévisions annoncées car il existe une volonté de reconstruction et l’attitude de la population après le 15 novembre 2006 à l’annonce des résultats provisoires du deuxième tour de l’élection présidentielle, illustre l’évolution vers une maturité politique. Maintenant, je suis moins certain que les Congolais de l’extérieur vont se précipiter s’il n’est pas mis en place assez rapidement, un cadre viable pour le respect des droits de l’homme, la liberté d’expression…Mais aussi, il y a lieu de doter l’Etat congolais d’une institution ministérielle en charge de la diaspora à l’instar de certains pays d’Afrique.

Au-delà de l’Afrique, faut-il rappeler que l’Etat d’Israël est l’œuvre de la diaspora juive à travers le monde ? Dès le démarrage de la IIIème République si ce n’est dans les prochaines semaines, le Président élu doit donner un signal fort en direction de la diaspora et les premières mesures économiques du gouvernement formé doivent mettre en confiance outre les Congolais de l’extérieur, les investisseurs étrangers.

Ces mesures incitatives pour n’en citer que quelques unes sont: Allègement des frais de dédouanement des véhicules utilitaires, tarifs modiques pour les produits pharmaceutiques et divers dons, meilleure coordination des services en charge des migrations, sécurisation des biens investis par les particuliers et/ou les entreprises membres de la diaspora. Au final, cela dépend en partie de la stabilité politico-économique et par ricochet, de la stabilité sociale susceptible d’être établie. La méfiance sera de mise dans les premiers mois et la confiance ne résultera que de la mise en œuvre effective d’un organe en charge de la diaspora mais encore de la sécurisation des membres de cette diaspora tout autant que de leurs biens.

Je terminerai mon analyse sur un conseil : Participons à la promotion de la valeur « travail ». Rien ne tombera du ciel. Nous devons certes ne pas cracher sur l’aide extérieure mais par le travail nous devons nous impliquer dans la reconstruction. Je me veux résolument optimiste et il m’est difficile de penser qu’après autant d’efforts, le Congo bascule à nouveau dans un cycle de violence. Et de dire, que même si je suis un fervent défenseur de la laïcité, j’émettrai cette pensée. Que Dieu soit avec le Congo ! Oui que Dieu soit avec le Congo car ainsi qu’il est écrit dans Romains, « Si Dieu est avec nous, qui sera contre nous ? » J’ai dit !

John Francis Mbala/MMC