La démocratie a ceci d’exaspérant pour ceux qui l’assimilent mal qu’elle ne s’accommode pas de prétentions des soi-disant guides éclairés, de grands combattants, des timoniers ou des vaillants guerriers invincibles. Beaucoup des Congolais vont devoir l’apprendre à leurs dépens, en réalisant enfin que dans la pratique démocratique, il n’y a plus de place aux auto-proclamés leaders autocratiques.

Ceux qui croient que des autorités du genre Mobutu peuvent encore revenir se faire déifier en Rdc doivent déchanter et coller à la réalité actuelle sans plus se tromper d’époque. Or c’est dans cette optique que voulait se faire considérer parmi les siens l’ancien chef rebelle de l’Equateur contraint pourtant par la force des choses à se soumettre au processus de paix de la transition restaurant l’irréversible ère de la démocratie en Rdc.
Pendant la rébellion on a vu beaucoup de jeunes gens de l’Equateur mobilisés et fanatisés pour le leader du Mlc à la gloire duquel ils chantaient les hauts faits de guerre de leur héros. Lors on scandait à tue-tête, par exemple, le cri de guerre « Baimoto, Baimoto ! Abundaka na nkoi sambo! ». C’est-à-dire que le leader du Mlc était un vaillant conquérant combattant avec la force de sept léopards !
C’est dans l’assurance de cette bravoure chantée du chef du Mlc qu’une bonne partie des populations de l’Equateur, du reste réputées de tradition guerrière, se sont ralliés à leur auto-proclamé dirigeant appelé à les mener à la victoire. La mobilisation visait ce but ultime, même s’il n’était pas clairement présenté. Tout était permis sous sa bannière. Destructions et pillages pouvant procurer quelque factice subsistance. La belle cité présidentielle de Gbadolite en fit les frais, après avoir été saccagée auparavant par les éléments de l’armée expéditionnaire rwandaise. Entre-temps, les dures et précaires conditions sociales étaient supportées stoïquement, d’autant que le discours du leader promettait toujours monts et merveilles après la victoire.
L’organisation sociale dans les territoires contrôlés par le Mlc laissait à désirer, mais personne ne pouvait contester l’autorité du guide du mouvement de libération qui se permettait même de s’en prendre aux autorités coutumières soumises sous sa loi. A Gbadolite, par exemple, la population a assisté béate à la mise au cachot du chef traditionnel Lite en personne, et à toutes autres séries des brimades de la soldatesque du mouvement libérateur.
Les fonctionnaires et agents de l’Etat ont, pour leur part, été abandonnés à la pire débrouillardise sans prétendre à la moindre pitance rémunératrice de leurs service du reste livré au laxisme le plus déconcertant. Il n’y avait même plus de sens à leur fonction puisque on ne pouvait pratiquement plus parler de service administratif public.
De Mbandaka jusqu’à Zongo, l’ordre de l’occupation rebelle rimait avec la perdition totale de l’ordre social. La population a vécu les pires privations tant sur le plan de la santé, de l’éducation, qu’également de l’habillement avec l’extrême nudité déplorée à son temps dans la majorité des localités. Tout cela n’avait pas tempéré, pour autant, l’ardeur des fanatisés partisans du mouvement rebelle berçant toujours le rêve d’être conduits à la victoire.

La province de l’Equateur fut trouvée dans cette déplorable situation par le processus de la réunification entamée à la reprise du dialogue intercongolais relancée par le président Joseph Kabila. Le leader adulé sous la rébellion regagna Kinshasa pour partager le pouvoir au sommet de l’Etat dans le cadre du système 1+4 de l’après dialogue. Le chef de l’Etat s’impliquera dès lors dans la recherche des voies et moyens pouvant tant soit peu améliorer la crise sociale réelle qui sévissait. On se rappellera du premier payement des salaires des fonctionnaires et agents de l’Etat qu’il ordonna dans ce contexte. Mal lui en prit, puisqu’il s’avèrera que ces salaires n’atteignirent pas les malheureux fonctionnaires concernés. On a parlé de détournement des fonds leur envoyés.
La réunification se poursuivit malgré ces aléas et c’est à la faveur de ce changement que progressivement les populations recouvrèrent peu à peu de tant soit peu moyens de subsistance. La vie reprendra effectivement, même si cela devait s’effectuer dans une certaine lenteur. Seulement le mouvement rebelle mué en parti politique maintenant son ascendant autocratique dans la population, en régentant tous les secteurs. Il était difficile pour d’autres formations politiques de pénétrer le fief de l’Equateur on eût dit très réservé au seul Mlc.
Engager une ouverture démocratique dans la province de l’Equateur s’est révélée une entreprise illusoire dans laquelle se sont jetés certes de brillants esprits de ce terroir tels les Nzege Alaziambina, Koyagialo, Mme Gerengbo, Bomboko, Engulu et beaucoup d’autres leaders aspirant au changement, mais c’était sans compter avec l’embrasement des populations fanatisées pour la victoire leur annoncée par le leader de leur mouvement chéri.
C’est dans ce contexte que les élections se dérouleront, les sbires du Mlc poursuivant leur œuvre de manipulation des populations. Il ne pouvait y avoir des surprises dans ces emballements de l’électorat au prix des brutaux et tragiques désaveux de tous ceux qui ne ralliaient pas ces positions. Des leaders tel Nkanga Boongo y laisseront leur peau. Les suffrages électoraux à l’Equateur seront massivement favorables à Baimoto !
Les partisans avaient oublié la réalité suivante que la conquête démocratique du pouvoir dans le pays ne se limitait pas seulement à l’Equateur mais l’ensemble du territoire national. Jusqu’en dernière minute les populations fanatisées ont cru que le contrôle de l’Equateur était aussi celui du pays entier. C’est seulement maintenant, au vu et à la réalisation, enfin, des tendances des résultats électoraux actuels, qu’on semble se rendre compte que le combattant dompteur de sept léopards était bien loin de confirmer des assises nationales pouvant le créditer vainqueur de l’élection présidentielle au suffrage universel en Rdc.

La désillusion s’avère lourde pour bien des fanatiques du Mlc contraints maintenant de s’écarquiller les yeux. C’est sans doute face à cette brutale compréhension de la dure réalité démocratique que certaines populations notamment de l’Equateur sont tombés dans le désarroi au point de redouter une revanche qui ne viendra même pas du concurrent qu’elles ont désavoué dans leur fourvoiement avec l’ancien chef rebelle qui ne leur avait vendu tout le temps que du vent.
Des échos en provenance de Gbadolite font état, rapportent certaines sources, d’un mouvement de panique qui se serait emparée des populations de cette cité présidentielle jusqu’à les pousser au réflexe de la fuite devant l’échec de leur poulain. Des prétextes fallacieux sont avancés par d’aucuns selon lesquels de mouvement de fuite serait justifié par un flux de soldats venus de Kinshasa à ce terme du processus électoral dans le but de soumettre ceux qui n’ont pas soutenu le concurrent du Mlc. Encore une fois, il faut que les fanatiques cessent de rêver et collent à la réalité de la paix et de la réconciliation restaurées résolument par Joseph Kabila.
Rien de tel qu’une chasse aux sorcières ne sera jamais engagé par lui qui a tout misé sur la démocratie jusqu’à consentir à partager le pouvoir avec ses anciens ennemis. Pourquoi devrait-il changer et en vouloir à qui que ce soit, maintenant que l’objectif de la démocratie est en train de s’accomplir, puisqu’il ne peut trahir ni sa mission, ni son idéal, ni encore moins sa détermination à reconstruire un Congo démocratique, fort et prospère.
Le changement qu arrive doit seulement être comprise comme le rejet à jamais des stigmates du passé avec notamment les légendes des autocratiques qui fanatisent aveuglément les populations en les distrayant des voies réelles du développement. Il suffit dès lors de bannir les légendes à proscrire désormais du genre Baimoto pour que l’on vive en harmonie dans le pays. C’est à cela que tout le monde, surtout à l’Equateur, doit se remettre.
DN/MMC
Last edited: 09/11/2006 17:37:42