Kin ou Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo a connu plusieurs dénominations qui reflétaient une certaine stabilité de la vie sociale, une certaine ambiance qui régnait dans cette ville vers les années 1960.
Kin ou Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo a connu plusieurs dénominations qui reflétaient une certaine stabilité de la vie sociale, une certaine ambiance qui régnait dans cette ville vers les années 1960. Leo, Kin-Lipopo, Kin-la-belle ou encore Kin-Kiesse (joie), tous les qualificatifs étaient collés ŕ cette capitale aux innombrables souvenirs. Aujourd'hui, ces souvenirs deviennent pieux, les conditions sociales de vie s'étant lourdement dégradées. Café Rio, Manhattan, Engels bar, Vis-ŕ-Vis, ou encore Fikin, tous ces coins d'ambiance ne vibrent plus ŕ leur rythme habituel. Certains sont devenus de lieux de pričre avec la prolifération des Eglises dites de réveil, d'autres, comme la Foire internationale de Kinshasa (Fikin), n'existent plus que de nom. Malgré tout, les Kinois se débrouillent tant bien que mat, comme ils savent le faire pour s'amuser. Et les bistrots construits en plein air les longs de principales artčres servent de lieux des retrouvailles oů l'on ne quitte pas sans se souvenir du passé. Un tour d'horizon vous retrace le film de ce qui reste encore des coins d'ambiance dans la capitale congolaise. Les causes de la dégradation de certain-train de vie des kinois sont aussi justifiées.
De coins d'ambiance ŕ Kinshasa oů se trouvent-ils ?
Kinshasa, avec ses 6 millions d'habitants, compte 24 communes: Bandalungwa, Barumbu, Bumbu, Gombe (ex-Kalina), Kalamu, Kasa-Vubu (ex-Dendal), Kimbanseke, Kinsenso, Kinshasa (ou commune mčre), Kintambo, Lemba (ou commune des intellectuels parce qu'abritant l'Université de Kinshasa, ex-Lovanium), Limete, Lingwala (ex-Saint Jean), Makala, Masina (ou Chine populaire), Matete, Maluku, Mont-Ngafula, N'Djili, Ngaba, Ngaliema, Ngiri-Ngiri, NSele et Selembao.
Toutes ces communes non seulement regorgent des sites touristiques, tels que la tombe de Selembao a Ngaliema ou le marché des artistes ŕ la Gare centrale, commune de la Gombe; des vestiges historiques comme le stade du 20 mai ex- Tata Raphaël oů il eut le tout premier combat de boxe du sičcle de la catégorie poids lourd opposant Mouhamed Ali ŕ George Foreman en 1973, mais comptent aussi des coins d'ambiance restés célčbres et qui rivalisent d'ardeur les uns des autres.
A la Gombe, le Baobab, situe aux abords du beach Ngobila le long du fleuve Congo qui sépare Kinshasa ŕ Brazzaville, deux capitales les plus rapprochées du monde, accueille chaque dimanche des mélomanes venus savourer la musique de l'orchestre Bana Ok, une formation musicale de la deuxičme génération qui aligne des artistes de talent tels que le počte Simaro Lutumba Masiya, et ses collčgues Josky Kiambukuta, Ndombe Opetum, etc.
Plus loin en aval du fleuve, toujours ŕ la Gombe, on peut admirer le restaurant Inzia, caractérise par sa cuisine typiquement congolaise, situé presqu'en face de Casino, coincé entre l'avenue Kalemie et la Caisse d'épargne du Congo. Casino a perdu sa clientčle constituée essentiellement des sujets libanais et des ex-officiers de la Division spéciale présidentielle, la garde prétorienne du feu Ic maréchal Mobutu Sese Seko. Pour toute indication, Casino est devenu le second dortoir des étudiantes de 1'Isp/Gombe, voisin.
Au coeur du centre ville, on peut bien se régaler chez Niemba, situé au rond point Forescom et au Big Malibu, en diagonale d'Air terminus. C'est un cadre Vip, repčre de grosses pointures, mais aussi des prostituées. A quelques mčtres de lŕ, se situe Plančte J, derričre un immeuble inachevé face ŕ la Banque commerciale du Congo, boulevard du 30 juin. Jadis sanctuaire des brigands et autres Shégués, Plančte J construit en plein air accueille tous les samedis, l'orchestre Wenge Musica Maison Mčre et son leader l'artiste-musicien Ngiama Makanda, alias Werrason, récemment proclamé meilleur artiste d'Afrique et meilleur artiste d'Afrique centrale au Kora 2001 a Sun City en Afrique du Sud.
Derričre Plančte J, et sur la męme avenue de l'Equateur, les « ambianceurs » peuvent se rendre au Seizičme, ŕ l'Ambassadeur, au New Aladin, tenu par un sujet expatrié, au Cassiopée, au Millénium 2000, a Le Maxim's ou encore ŕ L'imprévu, actuellement en réfection. Tous ces coins sont situés non loin des Nouvelles galeries présidentielles ou de l'ambassade de la Belgique ŕ Kinshasa.
De la Gombe ŕ Bandalungwa en passant par Lingwala, Barumbu et Kinshasa, il n'y a qu'un pas ŕ franchir. Commune d'ambiance qui rivalise d'ardeur aujourd'hui avec le célčbre quartier Matonge ŕ Kalamu, Bandal regorge aussi des lieux d'ambiance dont les plus connus sont Maďsaf, trčs prisés par des diplomates, sur l'avenue Kasa Vubu, ŕ l'arręt de bus Bakayau, ou encore Bitshilux, Bloc, Tippo Tip nom qui rappelle le célčbre marchand d'esclaves sur la route des caravanes ŕ l'Est du pays; Feu vert, Parc de princes Place Mct,... sur l'avenue Inga. Les non alcooliques peuvent trouver leur compte ŕ Patmos sur l'avenue Mgr Kimbondo.
Un pas en arričre, M16, situé non loin du Palais du peuple, ŕ Kasa-Vubu, se classe aussi parmi les coins d'ambiance de cette commune aux côtés de Kilimanjaro, une boîte de nuit select, 1.2,3, ex-Engels bar, devenu un lieu de culte, Kimpwanza bar, Vis-ŕ-Vis, chez Mčre Théthé Kazayi oů la bičre coule ŕ profusion jusqu'ŕ l'aube, Mayaza oů répčte le groupe Quartier Latin de Koffi Olomide, Titanic oů se regroupent chaque soir les fanatiques de J.B. Mpiana de Wenge Musica Bcbg et l'historique Village Molokay, site oů est né l'orchestre Viva la Musica de Shungu Wembadio alias Papa Wemba vers les années 1980. il existait aussi le Grillon oů jouait feu Kallé Jeff, auteur de indépendance Cha Cha ou encore Millhouse, actuellement Zénith bar oů joue tous les dimanches l'orchestre Zaďko Langa Langa Nkolo Mboka de Nyoka Longo.
Le bar chez Maître Torreau est resté célčbre au quartier Yolo, commune de Kalamu. Plus loin ŕ Mont-Ngafula, rien d'attrayant n'est ŕ signaler en dehors des sites touristiques tel que le lac Ma Vallée ou la chute de La Lukaya. Les Kinois de Binza Delvaux s'amusent ŕ Okinawa s'ils ne se rendent ŕ Outeniqua, sur la route de Matadi.
Changement de décor. A la périphérie de la capitale oů foisonne du monde, principalement dans les communes dites « révolutionnaires », de N'Djili, Kimbanseke et Masina oů la rébellion était stoppée nette en aoűt 1998 dans sa tentative de s'emparer de la ville de Kinshasa, l'ambiance n'a pas d'égal. A Mbuji-Mayi-Kananga, su le boulevard Lumumba qui mčne vers l'aéroport international de N'Djili oů l'on danse torse nue, sous le rythme de la musique de feu Kabasele Yampanya dit Pepe Kallé l'ambiance est multicolore ŕ l'instar de Kin-Kiesse sur la route de Mokali qui électrise les couche- tard chaque samedi.
Autant des coins qu'il serait fastidieux de les énumérer tous. Mais face ŕ la conjoncture et au coűt élevé de la vie, ces sites d'ambiance ne connaissent plus du grand monde. Certains sont désertés, d'autres ferment carrément. S'amuser ŕ Kinshasa devient une équation ŕ plusieurs inconnues. On s'y adonne tout de męme pourvu qu'on ait de sou.
Pas d'ambiance, conjoncture oblige !
Le coűt élevé de la vie prive les Kinois d'ambiance ces derniers temps. Or, il fut un temps Kin-la-belle vibrait au rythme de l'ambiance tous les week-end ŕ l'époque oů 1 zaďres valait 2 dollars américains. Aujourd'hui, le tableau est sombre. Et pour cause? Un économiste explique: Le pays a connu depuis plus de trois décennies quatre reformes monétaire: 1967, 1980, 1993 et 1998. Toutes ces réformes n'ont pas aidé l'économie ŕ se promouvoir, la production est restée moindre, le pays était obligé de tout importer.
En 1995, alors que le dollar américain se changeait contre 16.150 nouveaux Zaďres, en 1998, il se changeait contre 135.000 nouveaux zaďres. Entre le 17 mai 1997 et le 30 juin 1998, il s'est observé une stabilité relative du taux de change. Le taux d'inflation est passé de 656,7% en 1996 ŕ 13,7% en 1997 et s'est situé ŕ 1,2% au premier trimestre de l'année 1998. Le 30 juin 1998, la Banque centrale du Congo lance le franc congolais. Celui-ci se change ŕ 1 million de nouveaux zaďres pour 10 francs congolais, de quoi s'acheter trois bouteilles de bičre. L'avčnement du franc congolais a redonné confiance aux Congolais, et particuličrement ŕ la Kinois qui pouvaient encore renouer avec les boîtes de nuit. Mais c'était sans compter avec la guerre d'agression ».
A cette cause économique, il faut ajouter celle liée ŕ l'instabilité politique. Freddy K., politologue explique: De la République démocratique du Congo ŕ la République démocratique du Congo en passant par la République du Zaďre, le pays a connu quatre présidents de la Républiques Joseph Kasa-Vubu (1960-1 964), Joseph Désiré Mobutu (1964-1997,), Laurent-Désiré Kabila (1997-janvier 2001) et Joseph Kabila (De janvier 2001 ŕ nos jours). A cette allure, l'on ne peut que craindre pour la survie de la population. Et d'ajouter: Que des gouvernements connus aussi, de 1990 ŕ ces fours: Lunda Bululu (1990-1991), Mulumba Lukoji (mars 1991-juillet 1991), Etienne Tshisekedi (juillet 1991), Mulumba Lukoji (juillet 1991-ocrobre 1991), Mungul Diaka (octobre 1991-no-vembre 1991), Nguz a Karl-i-Bond (novembre 1991 ŕ 1992), Etienne Tshisekedi (aoűt 1991-décembre 1992), secrétaires généraux (décembre 1992-1993) Faustin Birindwa (1993-1994), Kengo wa Dondo (1994-1997), Etienne Tshisekedi (l'espace d'un matin) et le général Likulia Bolongo (avril 1997-17 mai 1997) sans compter les derniers gouvernements de Kabila pčre et Kabila fils qui sont ŕ la fois chefs de l'Etat et chefs de gouvernement ».
Ce n'est pas tout. Notre interlocuteur explique que l'insécurité permanente dans laquelle vivent les Kinois du fait de la guerre n'est ŕ permettre aux Kinois des sorties nocturnes. Conséquences, ŕ certaines heures de la nuit, les rues de la capitale sont désertes, les bistrots abandonnés. Les autorités s'investissent pour assurer la libre circulation des biens et des personnes dans la ville, mais des inciviques profitent toujours pour ravir des bijoux aux femmes ou extorquer de I'argent aux hommes, s'ils n'envahissent carrément les maisons d'autrui.
Beaucoup reste ŕ faire, dans le cadre de la restauration de la paix au pays et d'un nouvel ordre politique et institutionnel. Raison pour laquelle les Kinois et l'ensemble du peuple congolais croient fermement au Dialogue intercongolais.
Dans une ville oů les citadins marchent ŕ pied s'offrir un verre de bičre est un luxe, et face au Sida les kinois craignent pour leur vie
L'un des facteurs qui minent la vie des Kinois les contraignant ŕ ne plus se livrer ŕ leur ambiance habituelle est aussi lié aux difficultés de transport. Les coins d'amusement étant concentrés ŕ Matonge, explique un sociologue, un « viveur » résidant ŕ Masina ou ŕ Binza-Delvaux éprouverait des difficultés pour regagner chez-soi aprčs avoir ingurgité moult bičre.
La ville comptait en son temps une dizaine de sociétés de transport en commun dont les plus connus sont: Sotraz, Otcz, Tranzam, City Cars sans oublier les anciens Kimalu-Malu qui désengorgeaient les taxis. Actuellement, c'est une gageur que de s'offrir un moyen de transport. Son coűt n'est pas parfois ŕ la portée de toutes les bourses: 100 francs congolais du centre-ville ŕ Kintambo (magasin) contre 200 francs congolais de la Gare centrale ŕ Lemba.
Pour un fonctionnaire de l'Etat moyen qui touche 6.000 francs congolais par mois, tous les calculs faits, il est incapable de scolariser, de faire soigner et d'habiller ses enfants, et moins encore s'offrir une...bičre. Chez-lui, on mange ŕ tour de rôle et au...taux du jour. Conséquence, les enfants se livrent ŕ la débrouillardise, d'autres, les filles, ŕ la débauche. La société se désarticule et les moeurs se dépravent. La rue pullule d'enfants abandonnés, le vandalisme, le banditisme, le vol et le viol s'accentuent.
L'autre face de Kinshasa actuellement c'est sa réputation d'ętre une ville insalubre. D'oů le surnom de Kin-la-poubelle. Les aliments sont exposés en p1cm air et a męme le sol et certains bistrots sont tenus dans la saleté. A ces conditions, les nantis ne veulent pas s'exposer ŕ des maladies et préfčrent s'éloigner de la ville vers Maluku, Kinkole ou N'Sele ou alors, ils se cabrent chez-eux.
La propagation du Vih/Sida est venue mettre un frein psychologique ŕ l'ambiance. Des sources médicales estiment ŕ 10% le nombre des personnes atteintes du Sida dans la capitale, ce qui est effrayant. A ce rythme, tout le monde se suspecte et comme dans les animaux malades de la peste de La Fontaine, on craint d'ętre attrapé par le signe indien.
Last edited: 07/05/2006 00:06:07