Si le début de la campagne électorale a été timide, elle est devenue agitée depuis ces derniers jours. Appel est lancé à tous les états-majors des candidats en lice pour que cesse toute provocation d’où qu’elle vienne. Leur responsabilité est engagée pour éviter tout dérapage.
La police a dispersé mercredi des partisans du président Joseph Kabila qui ont attaqué à coups de pierres le cortège d’un proche du vice-président Jean-Pierre Bemba à Lubumbashi, dans le Sud-Est de la République démocratique du Congo, a constaté un correspondant de l’AFP. La Police d’intervention rapide (PIR, anti-émeute) a dispersé dans le calme plusieurs dizaines de militants de l’Union des nationalistes et fédéralistes du Congo (Unafec), parti qui soutient la candidature « la présidence de Kabila. Ces jeunes militants assiégeaient un hôtel du centre-ville où se trouve le pasteur Théodore Ngoy, directeur adjoint de campagne de M. Bemba.
Plus tôt dans l’après-midi, les militants de l’Unafec avaient criblé de pierres le cortège du pasteur Ngoy, alors qu’il arrivait dans le centre de Lubumbashi, capitale du Katanga. Les agresseurs, qui arboraient des T-shirts à l’effigie du président de l’Unafec au Katanga Gabriel Kyungu et pour quelques uns à l’image de M. Kabila, ont enfoncé la carrosserie et brisé les vitres de plusieurs véhicules du cortège du pasteur Ngoy, tout en hurlant des slogans hostiles à M. Bemba.
« Cet acte barbare est la preuve de l’instauration par M. Kabila d’un régime de terreur pour empêcher la bonne tenue du second tour qui l’opposera à notre candidat », a déclaré à l’AFP à Kinshasa Roger Lumbala, un des porte-parole de Union pour la Nation ( UN, plateforme de M. Bemba).
« Les partisans de M. Kabila veulent nous empêcher de battre campagne en toute liberté. Nous pensons que cela n’est pas la voie emprunter car nous voulons la paix, que les choses se passent dans le calme », a-t-il ajouté. A Lubumbashi, plusieurs responsables du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD, pro-Kabila) ont regretté ces incidents.
« Je déplore cette situation. Nous ne prônons pas la violence au PPRD. Les fauteurs de trouble sont les partisans de Kyungu », a déclaré Stella Ilunga, maire d’une commune populaire de Lubumbashi et candidate aux élections provinciales, combinées au scrutin présidentiel du 29 octobre.
De son côté, le président national de l’Unafec, Honorius Kisimba Ngoy a affirmé à l’AFP que ces violences n’avaient pas été organisées « par le directoire politique du parti basé à « Kinshasa », assurant être totalement étranger à « ces actes déplorables ».
Le calme est revenu en fin d’après-midi dans le centre de Lubumbashi, où un important dispositif de police a été déployé. « Nous ne pouvons pas accepter qu’à Mbandaka (fief de Jean-Pierre Bemba en Equateur Nord-Ouest) il n’y ait aucune effigie de Kabila. Pourquoi on laisserait faire Bemba ici, chez nous », a déclaré à l’AFP Bamoina Mboka, le directeur de campagne de M. Kyungu, candidat à la députation provinciale à Lubumbashi.
LA MONUC PREOCCUPEE
La Mission de l’Onu en République démocratique du Congo (Monuc) a relevé une hausse « préoccupante d’incidents violents » depuis le lancement de la campagne pour le second tour de la présidentielle, a indiqué mercredi la Division droits de l’homme (DDH) de la Monuc. Depuis la mi-octobre, « de nombreux rapports reçus par la DDH font état d’une croissance préoccupante d’incidents de violence ou d’intolérance politiques », a déclaré Fernando Castanon, chef de la DDH de la Monuc, au cours d’un point presse à Kinshasa.
« A Lodja (centre), à Mbuji-Mayi (centre,), à Lubumbashi (Sud-Est,) et à Kindu (centre-Est) », a-t-il poursuivi, des actes de violence ont été posés contre des militants qui battaient campagne ou qui portaient des T-shirts à l’effigie de leurs candidats préférés », le président sortant Joseph Kabila ou le vice-président Jean-Pierre Bemba qui se retrouveront le 29 octobre au second tour de la présidentielle.
Les « actes d’intolérance » signalés vont « de l’arrachage de banderoles à la destruction, par un groupe armé, d’une antenne relais d’une station de télévision » appartenant à M. Bemba à Lubumbashi, a indiqué M. Castanon. Lundi, six personnes ont été blessées à Lodja, au Kasaï oriental (centre) lors de heurts entre partisans des candidats, deux ex-belligérants de la dernière guerre sur le sol congolais (1998-2003).
Samedi, des incidents similaires avaient fait un blessé à Mbandaka, capitale de l’Equateur (Nord-Ouest) et fief de M. Bemba. Le même jour à Kinshasa, des militants du Parti lumumbiste unifié (Palu), qui soutient la candidature de M. Kabila, ont été pris à partie par des jeunes gens non identifiés.
La DDH « invite instamment les états-majors des deux camps, tant dans la capitale que dans les provinces, à apposer leur signature au bas de l’Acte d’engagement » pour le respect « des principes et normes en matière d’organisation des manifestations publiques », déjà signé par le ministère de l’Intérieur et de nombreux partis politiques.
Cet acte rappelle aux autorités politico-administratives « qu’elles ont l’obligation de respecter le droit d’organiser des manifestations », aux forces de police « qu’elles n’interviennent pour disperser le rassemblements qu’en cas de débordement ou de trouble grave » et aux organisateurs « qu’ils ont la responsabilité première d’encadrer les participants et de veiller au bon déroulement des rassemblements ».
AFP/Le Potentiel
Last edited: 19/10/2006 14:05:49