La campagne électorale n’avait pas encore officiellement démarré samedi dernier 14 octobre 2006 que les médias du candidat Jean-Pierre Bemba avaient mis le cas sur le mensonge, donnant ainsi une orientation de ce qu’allait être la vraie campagne appelée à convaincre un plus grand nombre d’électeurs à jeter son dévolu sur le président de l’Union pour la nation (UN).

William Swing, le très respecté Représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies en République démocratique du Congo et patron de la Monuc (Mission des Nations Unies au Congo) a beau s’arracher les derniers cheveux qui lui restent encore sur la tête en interpellant les acteurs politiques congolais à s’abstenir des discours d’incitation à la haine et à la violence ; le Comité international d’accompagnement de la transition (Ciat) composé des cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité de l’Onu (Chine, Urss, Etats-Unis, Royaume-Uni et France), de la Belgique, de l’Angola, de l’Afrique du Sud, du Canada, du Gabon, de la Zambie, de l’Union africaine), de la Monuc et de l’Union européenne a beau déploré vivement les attaques physiques, les menaces de mort et les atteintes à l’intégrité physique dont ont été victimes nombre d’acteurs politiques du camp présidentiel : tout indique que la campagne électorale pour le second tour ressemblera comme une sosie à ce qu’a été le premier tour.
Et, si l’on n’y prête guère attention, elle risque même de déraper et de déboucher sur des affrontements autrement plus meurtriers que ceux qui ont secoué la capitale du 20 au 22 juillet dernier, lors de la publication officielle des résultats du premier tour de la présidentielle.
Les mêmes thèmes ressassés utilisés par l’ancienne plate-forme de Jean-Pierre Bemba au premier tour, la Renaco (Regroupement des nationalistes congolais) pour briguer la magistrature suprême sont revenus dans la bouche des « marketteurs » de l’Un (Union pour l’union) dans cette ultime quête des suffrages populaires. A se demander si dans ce camp on ne fait pas carrément fi de l’adage qui dit que : « les mêmes causes produisent les mêmes effets », à moins que l’on n’y appréhende pas le côté saltimbanque de cette vacuité qui, comme l’avait si bien dit un jour un certain Joseph Olenghankoy, s’apparente à des scènes du « Théâtre de chez nous ». Ce disant, le leader des Fonus ainsi Jeran-Pierre Bemba dont il est aujourd’hui devenu le directeur de campagne. Si le ridicule pouvait tuer, ni Olenghankoy, encore moins celui qu’il avait brocardé par son propos n’aurait survécu à cette passe d’armes politique de bas étage qui fit monter Jean-Pierre Bemba sur ses grands chevaux ne tue pas le directeur de campagne aujourd’hui, et qui ne pu trouver une issue honorable que grâce à l’intervention de Joseph Kabila qui ramena les deux pugilistes à la raison.
Déjà à cette époque pas si lointaine, l’opinion congolaise s’était fait une idée approximative sur les deux personnalités, promptes à dégainer pour un oui ou pour un non, et particulièrement marqué par le sceau de la susceptibilité, pour Jean-Pierre Bemba, et de l’insulte facile pour son contradicteur d’hier. Maints observateurs de la scène politique congolaise ne se retiennent pas de penser que si Jean-Pierre Bemba a confié à Olenghankoy la direction de sa campagne électorale pour le second tour, c’est assurément parce qu’il a retenu de lui qu’il possède un art consommé de débiter sans discernement les injures les plus insensées, quand bien même cela pourrait le rendre ridicule.
Par les temps qui courent et en raison de la conjoncture électorale, Olenghankoy pourrait se révéler d’une efficacité providentielle, avec ses allures d’esbroufe et de montreur d’ours, ne voilà-t-il pas le saltimbanque tour rêvé pour amuser la galerie et galvaniser les électeurs contre le concurrent Joseph Kabila? On peut penser que c’est cet objectif qui est assigné à Joseph Olenghankoy. On peut souhaiter que cela porte bonheur à son maître et à tout son camp, même si certaines personnalités de l’Un n’y croient pas un seul instant, ne se doutant pas, comme un grand nombre de personnalités bien pensantes qui confessent leur répugnance sur ce troubadour qui a ramassé une véritable raclée électorale au premier tour de la présidentielle, que Jean-Pierre Bemba ne pourra tirer de son directeur de campagne que ce qu’il a lui-même tiré de ce premier tour, c’est-à-dire un échec patent.
Et il ne s’en prendra alors qu’à lui-même, en avouant le manque de clairvoyance dans ses choix. Un choix qui n’est pas exempt du reste de sa propre propension à la violence. Car si l’audiomètre pouvait être consulté, celui indiquant le désintéressement du grand public aux médias du patron du Mlc révèlerait une baisse d’intérêt remarquable. La raison est à rechercher essentiellement dans les mensonges et les montages grossiers que les sympathisants de l’Un ont pris goût à distiller dans l’opinion chaque soir. L’intoxication et la manipulation de l’opinion sont devenues si outrancières qu’elles ne plaît plus : l’opinion s’est comme vaccinée contre ces blabla, menteries et impostures étourdissantes de mauvais goût indignes d’une campagne électorale pour briguer la magistrature suprême ! On entendrait les bourrages de crâne et autres crétinismes de ce genre dans une campagne pour enlever un poste de chef de quartier que cela pourrait passer comme une lettre à la poste, mais alors, ce serait à la limite de l’acceptable.

Mais, mobiliser des rabatteurs de camelote dans une vaste entreprise d’intoxication dans le but de décrocher le fauteuil présidentiel, c’est ni plus ni moins que dévaluer la fonction présidentielle à laquelle on aspire avec une frénésie qui frise la démence. Il faut craindre qu’à l’arrivée la montagne accouche d’une souris, et que, incapable de digérer cet échec, on plonge le pays dans un cycle de violences sans nom.
Le Comité international des sages dirigé par l’ancien Président mozambicain Joachim Chissano, William Swing, la Monuc, le Ciat, la Haute Autorité des médias, les responsables des confessions religieuses et la Société civile ne vivent pas dans une autre planète que nous: ils sont aujourd’hui les témoins privilégiés des dérives et des dérapages que prend la campagne électorale trois jours à peine depuis qu’elle a été lancée. Dans la rhétorique des sympathisants de l’UN : peu ou prou d’invitation à la paix et à la réconciliation nationale du côté des partisans de Jean-Pierre Bemba, sinon des insinuations au refus de l’acceptation des résultats du second tour au cas où ceux-ci ne seraient pas en faveur du candidat de leur plate-forme.
Si l’on n’ose pas encore claironner d’ores et déjà la victoire de leur candidat avant même que n’ait lieu le scrutin, comme cela a été le cas au premier tour, on soutient cependant que toutes les stratégies fignolées en fonction de cette réussite qui, y affirme-t-on, ne saurait leur échapper! Vanité, fatuité ou arrogance légitime,ou alors simple sous-estimation des ruses de pénétration déployée en sous main par l’adversaire déployée? On se risque de poser la question, quand bien même à posteriori l’on se rend à l’évidence qu’aucune logique ne peut, à l’allure où tendent les esprits dans le camp du candidat JPB, à une issue apaisée du processus électoral.
Tant et si bien que l’on redoute que le train ne déraille en vue de la gare, en dépit de tous les investissements humains, matériels et intellectuels consentis par la communauté internationale et une partie de Congolais qui ont tourné le dos à toutes solutions de force pour conquérir le pouvoir. Il reste à espérer qu’un sursaut de patriotisme et de nationalisme finira par donner des bourgeons dans la conscience de ceux qui ne rêvent que de violences, et que les excès de langage qui embellissent platement leurs discours de campagne ne dépassent pas leurs intentions réelles, ce qui n’est qu’une vue de l’esprit de notre part.
Et la nomination, dans l’état-major de campagne de JPB de certaines personnalités connues pour être des va-t-en-guerre et des fieffés menteurs tels les Gabriel Mokia et les Bomanza pour ne citer que ces deux noms nous conforte dans un pessimisme qui se confirme chaque jour sans cesse, à chacun de leurs passage à la radio et sur les petits écrans : si ces hérauts de la victoire plus que programmé de JPB ne changent pas de discours et ne visent dans leurs propos qu’à traîner dans la boue Joseph Kabila, il y a gros à parier qu’ils sont en train de passer à côté de la plaque, et que, s’ils persistent dans leur myopie politique, JPB n’aura plus que ses larmes pour se consoler du peu de cas qu’il s’est fait dans la composition de son équipe de campagne. Et, partant, au soir du 29 octobre prochain, il se devrait d’épargner au peuple congolais les affres d’inutiles violences consécutives à ses propres erreurs d’appréciation.
MMC/Correspondance particulière
Last edited: 16/10/2006 17:42:03