Le chemin qui conduit au 2ème tour de la présidentielle du 29 octobre 2006, semble plein d’embûches.
Des hommes non armées non autrement identifiés ont détruit, jeudi 12 octobre 2006 à Lubumbashi (Katanga) un émetteur de CCTV, une chaîne de télévision appartenant au vice- président Jean Pierre Bemba ; après avoir ligoté trois policiers préposes à la garde des installations.
Cet événement, rapporté le matin par RFI captée à Kinshasa, est survenu 1a veille du démarrage de la campagne électoral pour le 2ème tour de l’élection présidentielle en République démocratique du Congo.
Pour les trois échéances électorales (présidentielle, législatives et provinciales), la Commission électorale indépendante (CEI) a identifié et enrôlé 25.603.079 électeurs.
Le chemin, qui conduit au 2éme tour de la présidentielle du 29 octobre 2006, semble plein d’embûches, à l’analyse des événements apparemment isolés qui se multiplient au pays.
Dans la ville Katangaise de Lubumbashi, des voix s’élèvent déjà pour dénoncer et condamner les violences faites à certains candidats par des va-t-en guerres. Quoique identifiés par l’autorité provinciale, ces extrémistes et leur commanditaires vaquent librement à leurs occupations.
L’attaque armée sur l’émetteur de CCTV au Katanga vient ainsi renforcer le « doute grave », relevé par l’Eglise catholique, sur la volonté des deux candidats au 2éme tour de la présidentielle d’abandonner la logique des armes après les affrontements meurtriers entre leurs gardes du 20 au 22 août 2006 à Kinshasa.
Ce que le mouvement de libération du Congo (MLC) a qualifié de « provocation » pourrait, si l’on n’y prend garde, provoquer de sa part une réaction de même nature.
Or, cet acte isolé soit-il présentement survient au moment où le sous-secrétaire général de l’Onu, Ibrahim Gambari, séjourne en République Démocratique du Congo, UO l’a précédé en début de semaine une forte délégation de l’Union européenne conduite par le ministre finlandais des Affaires étrangères, Erkki Tuomioja. Les deux délégations sont venues s’enquérir des assurances que les deux challengers donnent avant d’aller au second tour de l’élection présidentielle dans un climat apaisé.
« Il est essentiel que les parties et les candidats prennent toutes les mesures nécessaires pour que la campagne électorale se déroule librement dans l’ensemble du pays, que les élections se tiennent en toute sécurité et que celles-ci soient crédibles et transparente », recommande le secrétaire général des Nations Unies dans son rapport de septembre sur la Monuc devant le Conseil de sécurité.
« Il convient de souligner que toute incitation à la haine ou à la violence au cours du processus électoral est inacceptable et quiconque s’y adonnera devra en répondre », menace Kofi Annan. Dans une interview accordée au Potentiel, le gouverneur du Katanga, Kisula Ngoy, reconnaît qu’il y a une « intolérance politique » et « certains compatriotes, dirigeants de certains partis politiques, qui disposent des éléments ou militants qui se comportent très mal ».
« Ils déchirent les effigies des adversaires, prononcent parfois des discours injurieux. Ils ont été mis en garde et, la prochaine fois, l’on procédera à des mesures beaucoup plus sévères », rassurait-il avant l’attaque des installations de CCTV.
C’est de la même intolérance politique qu’est tombé victime Leonard She Okitundu, directeur de cabinet du chef de l’Etat, en mission de service à Londres.
Interrogé de son lit d’hôpital par Radio Okapi, il affirme avoir été agressé par « 5 à 7 gaillards » sortis d’une voiture. « Il y a cinq messieurs, mais vraiment des brutes, qui se sont acharnés sur moi. Ils m’ont roué de coups de toutes sortes (...). Je n’ai jamais passé une telle demi-heure (...). Ils m’ont complètement déshabillé, je suis resté Complètement à poils devant tout le monde », raconte-t-il, lucide.
Tout cela résulte, selon plusieurs observateurs, de l’impunité devenue une seconde nature en République démocratique du Congo.
Si le gouvernement congolais est en droit d’engager les autorités britanniques à poursuivre les coupables identifiés de cette agression, il ne donne pas, lui-même, l’image d’un Exécutif prompt à sanctionner les infractions commises en RDC.
Le général déchu Laurent Nkunda, qui a occupé militairement la ville de Bukavu du 2 au 9 juin 2004 en compagnie d’une Brigade de mutins, continue de vivre librement dans le Masisi (Nord-Kivu) ; alors qu’il est sous le coup d’un mandat d’arrêt international.
Les auteurs présumés d’un coup d’Etat, mis aux arrêts au début de la même année, ne sont pas encore passés devant les juges. Toujours en 2004, il y a eu aussi l’épopée du colonel Eric Lenge qui, après un message radiodiffusé sur la radiotélévision publique, a disparu dans la nature avec hommes et biens. Sans procès.
Plus près de nous, les rapports d’enquête sur les événements tragiques consécutifs au meeting du président du MLC le 27 juillet et à la proclamation des résultats du 1ér tour de la présidentielle (20-22 août 2006), qui ont fait des dizaines de morts à Kinshasa, sont annoncés pour être remis au gouvernement issu des élections...
Quant aux seigneurs de guerre, le milicien en chef Kyungu Gédéon n’est toujours par passé devant les tribunaux, tandis que certains de ceux de l’Ituri sont promus officiers supérieurs de l’armée nationale, au nom de l’intérêt supérieur de la nation.
Angelo Mobateli/LE POTENTIEL
Last edited: 14/10/2006 15:48:49