C’est parti depuis ce samedi 14 octobre depuis les premières heures pour la campagne électorale pour le second tour de la présidentielle 2006. Pendant quinze jours, les spécialistes du marketing politique des deux candidats vont se lancer à promouvoir l’image de marque de Joseph Kabila et de Jean-Pierre Bemba. On en entendra de toutes sortes du côté des partisans de JP Bemba, où le zèle promotionnel risque de « tuer » son père !

Depuis ce samedi 14 octobre 2006, la ville de Kinshasa a repris sa parure de campagne électorale, comme cela a été il y a deux mois, à l’ouverture de la campagne électorale pour le premier tour. C’est à qui saura convaincre le plus de monde sur son projet de société que reviendront les faveurs des électeurs dans les urnes.
Dans les états-majors des deux candidats, tout est fin prêt pour cette ultime bataille des suffrages. L’argumentaire mis au point dans les deux camps tournera certes autour de la vision que les deux hommes ont sur le devenir de la nation, mais la transmission orale de cette vision différenciera les agents de campagne de deux candidats, comme cela a été le cas au premier tour.
Le camp de Joseph Kabila, fort de la notoriété de la plupart sinon de tous les poids lourds de la scène politique congolaise qui ont lié leur sort et leur électorat pour reconduire le Président sortant à son poste s’attend à essuyer de pires avanies de la part du camp adverse. A telle enseigne que toutes les inepties débitées au premier tour à travers les médias audio-visuels de Jean-Pierre Bemba sont aujourd’hui exhumées et sont remises sur la sellette, comme des antiennes ennuyeuses. Tout se passe comme si on y est à court d’arguments et d’idées positivistes. Le culte de l’insulte, qui n’a du reste pas été enterré depuis la fin des hostilités du premier tour est ravivé avec d’autant plus de vigueur que même l’opinion internationale s’en émeut et invite les deux camps à l’apaisement. La désignation de Joseph Olenghankoy en qualité de directeur de campagne de Jean-Pierre Bemba est perçue on ne peut plus comme l’indication la plus claire sur l’orientation qui est donnée à la campagne de Jean-Pierre Bemba.
En effet, le directeur de campagne de Bemba a été candidat malheureux au premier tour, en s’affublant d’un score qui n’a même pas 1 % des suffrages exprimés en sa faveur. L’homme, qui jusque-là s’auréolait de l’étiquette trompeuse de meneur d’hommes n’avait, mis de côté son penchant atavique pour l’insulte facile a reçu une raclée électorale retentissante telle que d’aucuns avaient cru qu’il ne s’en remettrait pas de si tôt, a eu – la chance pour lui ou la malchance pour Jean-Pierre Bemba ? – d’être repêché pour diriger une campagne électorale décisive pour le fils de Jeannot Bemba Saolona. Pour quel bénéfice tangible ?
La question vaut la peine d’être posée. Ne serait-ce que pour savoir si cette désignation ne serait pas prémonitoire d’un effet politique majeur caché recherché après coup. Bien des observateurs pensent en effet que Olenghankoy qui n’a strictement rien à apporter au candidat Bemba en termes électoral, a repris du service auprès de Jean-Pierre Bemba pour servir de détonateur à des violences qui pourraient être déclenchées à la suite des injures et des insanités qu’il va débiter sur Joseph Kabila ainsi que sur les grosses pointures politiques qui ont rallié et grossi le camp de Kabila : Antoine Gizenga, Joseph-Francois Nzanga Mobutu, Alexis Thambwe Mwamba, José Endundo, etc.
JP Bemba parricide par Olenghankoy !
On sait d’avance que le thème de la « congolité » sera au centre de la campagne que va mener le directeur de campagne de JP. Bemba.
Pour les besoins de la cause, il est nécessaire d’effectuer un retour en arrière sur les origines toutes proches de la « congolité ». On sait que, à l’image de la Côte d’Ivoire d’où est parti le discours sur l’ « ivoirité », les esprits féconds des Congolais en manque d’arguments valables sur le terrain du combat électoral, ont tôt fait, de copier servilement la Côte d’Ivoire en créant à leur tour la « Congolité ».
Ils pensaient, par ce raccourci farci des couleurs de la xénophobie, tirer de juteuses prébendes sur le plan électoral en faisant peser sur le candidat Joseph Kabila une hypothèque gênante sur ses origines. Et dans la foulée, mettre hors course un candidat qui mérite à n’en pas douter son surnom de « la force tranquille ».
Revenons à ce fameux concept de « congolité » qui, comme on ne peut pas s’en cacher recèle une dose d’exclusion et de xénophobie dans l’idée de leurs chantres, dont Jean-Pierre Bemba et Joseph Olenghankoy.

La nationalité congolaise, à l’instar de toute autre nationalité d’ailleurs s’acquiert presque de la même manière partout. On est Congolais soit par la naissance, c’est-à-dire par ses parents congolais; soit par adoption, c’est-à-dire en acceptant d’être Congolais, moyennant certaines conditions à remplir.
Ainsi, on peut être traité de porter une nationalité douteuse lorsque, en remontant la généalogie de l’un ou de l’autre parent, on arrive à prouver avec exactitude qu’un ascendant n’appartenait pas à la nationalité de la personne soupçonnée de détenir une fausse nationalité congolaise, par usurpation.
Il en va ainsi des accusations portées contre le Président Joseph Kabila Kabange n’ont été jusque-là que de simples affirmations sans preuves tangibles. Son père est connu et ne fait l’objet de dénégations que de la part des objecteurs impénitents qui n’ont que leur hargne pour toutes preuves. Ils ne peuvent dénier à Laurent-Désiré Kabila la paternité des jumeaux Jaynet et Joseph qu’il a eux de son union avec maman Sifa Mahania. Poursuivant la connexion généalogique de Laurent-Désiré Kabila, nous débouchons sur le géniteur de ce dernier: Kabila Taratibu, un Mulubakat pur sang reconnu comme tel par l’ensemble de la communauté des Baluba du Katanga. Et, ainsi que le veut la tradition chez les Baluba du Katanga, de même que chez les Baluba, les Bangala et les swahiliphones en général, les enfants suivent la lignée patrilinéaire. Moralité : Joseph Kabila Kabange est indiscutablement Congolais de père et de mère, et tout autre débat ne peut qu’être oiseux.
Peut-on en dire autant de Jean-Pierre Bemba, lui qui se proclame « mwana mboka » - traduisez Congolais authentique - ?
Il n’y a qu’à fouiner dans la généalogie familiale du « chairman » et d’interroger les témoins, membres et proches de sa famille pour y répondre. Cette procédure qui tient de l’investigation a le mérite de fournir des indications fiables, vérifiables et véridiques que personne ne peut mettre en doute. Et le discours sur la « congolité » va être fatal pour Jean-Pierre Bemba qui, mal lui en a pris, est tombé au piège d’un thème qui « tue » son propre père.
En effet, la mère de Jean-Pierre Bemba est issue d’une tribu Ngbaka du Nord-Ubangi, assujettie comme partout en Equateur à la tradition patrilinéaire. Des esprits plaisantins avaient voulu passer Jean-Pierre Bemba comme étant le fils adultérin de Mobutu. Fausse allégation inventée méchamment dans le cadre de la campagne de dénigrement du défunt Maréchal arrivé à l’époque au summum du mépris populaire à son endroit.
La vérité, toute simple est que Jeannot Saolona Bemba est le géniteur incontesté de Jean-Pierre Bemba. Et, à ce point de la généalogie, Jean-Pierre Bemba Gombo tient donc de son père Bemba Saolona. Mais de qui tient à son tour ce dernier, pour compléter la lignée de la filiation du « chairman » ?
En remontant le cours du temps, on cerne l’histoire qui a présidé aux origines de celui qui, connu sous le nom de Bemba Saolona Jeannot, est le fils biologique authentique d’un sujet belge répondant au nom de LIPPENS, né à Anvers de surcroît.
Travaillant dans les années trente pour le compte de la Colonie qui l’avait affecté au Nord-Ubangi comme responsable de l’entretien des routes, il logeait à l’Hôtel « Bonne Auberge » de Gemena, propriété d’un autre sujet belge, mari d’une certaine maman MBENZI avec laquelle le couple a naturellement eu des enfants métis. A cette époque lointaine qui a laissé cependant des traces, un ressortissant Ne Kongo répondant aux nom et prénom de NOKWA Félix s’était établi non loin de Gemena avec une femme du coin, dans une union légale qui leur a donné deux filles. L’aînée est décédée en 1999, mais Marie-Claire, encore vivante vit à Kinshasa, à Limete. On signale au passage que leur maman est la sœur cadette de maman MBENZI, épouse du propriétaire de « Bonne Auberge » de Gemena où elle se rendait de temps en temps pour rendre visite à sa sœur. C’est à l’occasion de l’une de ses descentes à Gemena qu’elle connaîtra – au propre comme au figuré - M. LIPPENS, et qu’il en résultera une grossesse qu’elle essaiera en vain d’évacuer. Sang-mêlé comme il devait nécessairement être, l’enfant né de cette union extra-conjugale sera élevé dans le sérail de mama Mbenzi, qui en avait elle-même dans sa maison.
Au lendemain de l’indépendance, lorsque M. Lippens manifesta le désir de prendre son fils pour rentrer dans son pays, il se buta au refus catégorique de maman Mbenzi qui décida d’élever toute seule l’enfant de sa sœur, et lui donna le nom de Bemba Saolona, le nom de son oncle.
Cette histoire, qui n’est nullement une romance et encore moins une cabale inventée de toutes pièces pour désavantager Jean-Pierre Bemba dans sa quête du pouvoir devrait pouvoir l’inquiéter au point de lui faire craindre de dangereux retours de flammes s’il persiste à manier le discours de la « congolité ». Car si les Bangala observent une coutume patrilinéaire, il va de soi automatiquement que son papa Bemba Saolona, qui tient de son père l’Anversois Lippens, devrait par voie de conséquence lui priver de la nationalité congolaise qu’il exhibe. Du coup : exit son titre de « Mwana mboka » !
MMC/Correspondance de notre bureau de Mbandaka
Last edited: 15/10/2006 14:54:54