Digitalcongo.net 3.0

Home
Bonjour | 29/08/2008 12:04 | English Make DC Home page | RSS feed

Actualite RDC

International

Services

NEWSLETTER 'Basango'
CONNEXION Nom d'utilisateur Mot de passe Rappellez-moi | Vous avez oublié votre mot de passe? | Déjŕ inscrit?
La Haute Autorité des Médias (HAM) de Modeste Mutinga Mutishayi est de nouveau au centre d’une vive controverse avec sa décision de mettre sous embargo le secrétaire permanent adjoint et porte-parole de l’AMP Lambert Mende Omalanga et la juriste Bernadette Tokwaulu Aena, juriste et analyste politique et de suspendre sine die l’émission « Grande Question de la Rtga ». Le Dr. Jean-Robert Washu, politologue et analyste politique fait avec nous le point de cette situation. Digitalcongo : Professeur, quelle est votre lecture de la dernière décision prise par la Haute Autorité des Médias à l’encontre de la Rtga et de deux parmi les trois invités de cette chaîne à l’émission « Grande Question » de mardi 12 septembre dernier ?

Jean-Robert Washu : Je suis choqué par une certaine image d’irresponsabilité et de légèreté qu’envoie au pays et au monde entier la Haute Autorité des Médias avec cette décision. C’est de l’arbitraire à l’état pur. Tous ceux qui, comme moi ont eu à suivre de bout en bout ladite émission ne peuvent que s’étonner d’entendre la Haute Autorité des Médias affirmer qu’il y a eu des propos de nature à inciter à la haine. Je voudrais bien qu’on me dise lesquels. En parcourant la fameuse décision de la HAM à la rédaction de la Rtga, je n’ai pas trouvé la  moindre allusion du genre, ni même un début de commencement de preuve sur une quelconque incitation à la haine contre qui que ce soit.

En me remémorant la trame de cette émission qui fut, il faut le reconnaître, de très haute facture - chapeau aux journalistes et à leurs invités M. Mende et Mme Tokwaulu que je ne connais pas personnellement - , j’ai à l’esprit quelques passages dans lesquels M. Mende dit notamment que : « la paix pour laquelle le Président Kabila doit travailler c’est la paix pour tous les Congolais et pas pour ceux qui commettent des actes criminels » et que « pour sécuriser l’ensemble du peuple, l’Etat doit insécuriser ceux qui tuent, insécuriser les pillards, c’est ce qu’on attend d’un Etat ». Sont-ce là les propos incitatifs à la haine ? Je me demande pourquoi on doit ainsi condamner quelqu’un parce qu’il condamne le crime et les criminels (non autrement cités). M. Mutinga et ses amis savent-ils réellement ce qu’ils font  et ce qui doit être puni ? Je suis en mesure aujourd’hui d’affirmer que les responsables de la HAM n’ont pas suivi cette émission et n’en ont eu que la version d’un haut cadre du MLC qui a demandé et obtenu « des sanctions contre les gens de Kabila » (on peut bien imaginer avec quel type d’arguments). C’est une honte de la part d’une institution « citoyenne ».

Digitalcongo : Dans la motivation de cette décision, il est aussi fait état du fait que M. Mende et Mme Tokwaulu ont par leurs propos gêné une enquête en cours sur les événements des 20, 21 et 22 août derniers. N’est-ce pas une justification  valable des sanctions ?

J-R. W : Je ne sais pas s’il faut en rire ou pleurer. Si la HAM tenait à poursuivre et sanctionner tous ceux qui donnent leurs points de vue sur ces tristes événements, très peu de personnes seraient encore autorisées à parler dans notre pays. On peut se poser des questions sur le pourquoi des sanctions appliquées seulement à M. Lambert Mende et Mme Tokwaulu Aene ? Toute la classe politique congolaise et même les gens de la Société civile à Kinshasa et ailleurs passent le plus clair de leur temps à commenter ces événements dans tous les sens imaginables dans tous les médias. Citons parmi les derniers en date MM. Nimy, Kisombe et Boussa du MLC qui ont martelé sur Cctv et après l’émission du duo Mende-Tokwaulu sur Rtga qui semble tant émouvoir les limiers de la HAM que la Garde Républicaine avait attaqué la résidence de Jean-Pierre Bemba et tenté de l’assassiner.

Ces propos ne concernent-ils pas la fameuse enquête sur laquelle selon la HAM on ne doit pas parler au risque de  « gêner » l’enquête ? Pourquoi donc deux poids, deux mesures ?
Il faut tout de même signaler que la HAM n’a aucun mandat légal pour sanctionner les gens pour le fait d’avoir gêné des enquêtes, qu’elles soient judiciaires ou autres. Ce que Mutinga Modeste et sa cour ont fait en l’espèce relève de l’usurpation de fonctions : seules les instances judiciaires sont habilitées à punir quiconque gêne le bon déroulement d’une enquête, ce qui n’a strictement rien à voir avec le fait de parler dans les médias d’une affaire faisant l’objet d’une enquête.

Ainsi la justice, et la justice seule aurait pu frapper quelqu’un qui aurait par exemple menacé dans les médias des témoins d’une affaire en cours. Mais parler d’une affaire lorsqu’on commente l’actualité pour donner sa version des faits relève de la liberté d’expression que la HAM est appelée à promouvoir et ne gêne en rien le déroulement d’une enquête. La HAM et son tout-puissant président doivent savoir qu’il n’existe dans la loi qui organise leur institution aucune disposition réprimant l’expression d’un point de vue sur une affaire pour la simple raison qu’elle fait l’objet d’enquête. Il faut que chacun, même les institutions d’appui à la démocratie, respecte l’Etat de droit et ses règles immuables.

Digitalcongo : Quel remède préconisez-vous face à une telle dérive de cette institution citoyenne ?

Il faut que les vrais patriotes congolais se mobilisent pour mettre fin à cette dérive. A l’évidence M. Mutinga et sa HAM ont cessé d’être cette institution régulatrice qui doit rassurer toute la communauté nationale par sa rigueur. Nous, peuple congolais, nous avons le devoir de corriger les déviances et les entorses aux règles professionnelles qui se multiplient à la Haute Autorité des Médias de la Rdc. Toute honte bue, ces messieurs se comportent de plus en plus en politiciens désireux d’avoir des bons rapports avec tout le monde et surtout les gens puissants et fortunés qu’ils aident à museler leurs contradicteurs.

Pour cela, au lieu d’appliquer avec rigueur les prescrits légaux, ils se livrent à un exercice douteux d’équilibrisme acrobatique qui consiste à frapper le plus souvent aveuglément à gauche lorsqu’il a fallu sanctionner à droite. Cette conception primesautière du principe de « l’Eglise au milieu du village » a fini par rendre dérisoires et ridicules  toutes les actions même les plus nobles de la HAM. Des deux choses l’une : ou bien le patron de la HAM, politologue de formation et journaliste chevronné, ne maîtrise pas l’esprit et le texte des lois qui régissent la régulation des médias dans notre pays, ce que je me refuse à croire, ou bien, il a choisi délibérément de faire l’impasse sur la déontologie et les principes de l’Etat de droit pour se mettre au service des chapelles politiques. Dans tous les cas, il y a péril en la demeure à la HAM et nos autorités, notamment le futur parlement de notre pays doivent s’y pencher pour mettre notre fragile démocratie à l’abri de ces anti-valeurs.

Digitalcongo : Mais qu’est-ce qui vous fait croire que la situation est aussi alarmante à la HAM que vous le dites ?

J-R. W : La hargne avec laquelle M. Modeste Mutinga a appelé à la réouverture des véritables médias de la haine que sont devenus CCTV, CKTV, Molière TV et d’autres ainsi que son empressement à qualifier d’incitation à la haine les propos tenus sur Rtga par M. Mende et Mme Tokwaulu Aene qui n’avaient absolument rien de tel indiquent bien qu’il se livre à une véritable jonglerie opportuniste. Sinon comment comprendre que des stations où on a entendu des gens réclamer le plus sérieusement du monde un examen d’ADN pour savoir si le Chef de l’Etat était bien le fils de son père n’aient pas reçu la moindre admonestation de celui qui fonce comme un épervier sur des propos haineux imaginaires de M. Mende et Mme Tokwaulu ? Il faut arrêter de prendre les Congolais pour des demeurés. Ce n’est pas un hasard si ces sanctions tombent au lendemain de la mise à l’amende de Cktv pour propagande électorale prématurée, les insultes  et autres appels au meurtre contre Joseph Kabila, ses parents, son camp étant passés par pertes et profits. C’est comme si, en sanctionnant arbitrairement des membres de l’AMP  kabiliste, Mutinga tenait à faire amende honorable auprès du vice-Président Bemba.

Toujours les acrobaties équilibristes… J’ai demandé à un responsable de la HAM s’il était vrai que M. Mende et Mme Tokwaulu n’avaient été, comme ils s’en plaignent, ni convoqués, ni entendus par la HAM sur les faits leur reprochés. Il m’a répondu que des circulaires de leur institution permettaient une telle procédure en urgence « en cas de flagrance ». Qu’a-t-on fait de l’article 45 de la loi portant organisation et fonctionnement de la HAM qui oblige que les personnes physiques ou morales mises en cause devant la HAM soient entendues préalablement à toute sanction (droit de la défense) ? Je me pose la question de savoir en quoi réside la flagrance d’un acte consommé le 12 septembre dans la soirée et que l’on examine le lendemain.

Du reste, de l’avis de tous les juristes  la prétendue flagrance ne saurait en aucun cas justifier que la HAM se prive d’entendre des personnes qui sont citées dans une plainte et qui sont présentes à Kinshasa. On a l’impression qu’il y avait un « deal » avec le Mlc du Chairman Bemba et qu’il devait absolument le remplir. Dans ces conditions, respecter les droits de la défense fait perdre du temps et surtout, il y a un risque que les explications des accusés ne poussent à prendre une décision contraire à l’engagement. On connaît toutes ces pratiques de corruption et de clientélisme qui gangrènent nos institutions. On aurait bien souhaité que la HAM en fut exempte. C’est tout simplement triste…

Digitalcongo : Votre mot de la fin ?

J-R. W : Je mets à profit votre média pour dire clairement aux plus hautes autorités de la République Démocratique du Congo, à nos partenaires extérieurs, le CIAT et la MONUC ainsi qu’à tout notre peuple que nous devons développer une attitude de « Tolérance zéro » vis-à-vis de tous ceux qui corrompent nos institutions. Le cas de la Haute Autorité des Médias est flagrant. Il faut que chacune et chacun résiste à ce déraillement d’une institution citoyenne que nous avons voulu pour encadrer notre cheminement vers un Etat de droit démocratique et qui nous ramène à un passé révolu en se mettant délibérément au service du plus offrant. Les victimes des mesures aussi injustes et illégales devraient refuser de les appliquer, conformément au prescrit de notre constitution qui interdit d’obéir à un ordre manifestement illégal.

MMC/Correspondance particulière

Last edited: 16/09/2006 12:32:03

Avenue Kabasele Tshiamala No 21 (Ex. Avenue Flambeau No 4)
Kinshasa/Gombe, RD Congo
E-mail: lettres@digitalcongo.net, relapub@digitalcongo.net
Tel.: +2438941010; Fax.:+1 801 665 1067