Les chanteuses dans la musique “profane”, une race en perdition
Kinshasa, 18/08/2006 / Musique
les femmes qui se sont consacrées à la chanson aux côtés des hommes, ont fait valoir leurs qualités artistiques avec un tempo et un accent particulier le mérite de faire évoluer la musique congolaise, mais la tendance s’est renverser par la suite lorsqu’on commença à enregistrer une forte ruée des jeunes chanteuses vers la musique chrétienne.
L’histoire de la musique congolaise moderne a été aussi écrite, dans ses grandes lignes, par des femmes qui se sont consacrées à la chanson. Elles ont apporté à cette musique la touche féminine qui lui manquait assortie de cette douceur légendaire qui symbolise la femme africaine, elle-même muse inspiratrice. Aux côtés des hommes, ces femmes ont fait valoir leurs qualités artistiques avec un tempo et un accent particulier qui eurent le mérite de faire évoluer la musique.
Lucie Eyenga symbolise la rupture avec des préjugés qui maintenaient encore les femmes dans les méandres du discrédit par rapport à leurs capacités artistiques. Elle réalisa des tubes à succès qui renversèrent les donnés en détruisant tous les clichés négatifs au travers desquels on représentait la femme artiste. Elle ouvrit, pour ainsi dire, la voie pour l’éclosion de nouvelles vocations. Toutes celles qui lui succédèrent reconnaissent en elle, le mérite d’avoir démystifié une profession jadis considérée comme l’apanage des seuls hommes.
Et lorsque les Etisomba, Abeti, Mpongo Love, Vonga Aye et autres vont à leur tour expérimenter la donne artistique, elles trouveront un chemin déjà balisé. Elles n’ont pas eu de peine à s’intégrer dans la chanson surtout à un moment où les murs de méfiance ont commencé à s’écrouler un à un.
Certaines d’entre elles eurent le temps de perfectionner leurs talents aux côtés des virtuoses tels Sam Mangwana, Seck Bedean’s, Tabu Ley, Empompo, etc. Cette disponibilité des collègues hommes à venir à la rescousse de leurs consoeurs pour leur apprendre les rudiments du métier était révélatrice de larupture avec un passé teinté de suspicion et de méfiance. D’autres parmi les femmes, eurent la chance de patronner leurs groupes musicaux à l’image de Abet Masikini avec « Les redoutables ». Cette dernière est venue révolutionner toute une conception bâtie sur la femme chanteuse. Elle a non seulement réussi à gérer son ensemble avec succès, mais aussi, imposer son label à l’échelle internationale. Son passage au zénith de Paris peut être considéré comme l’apothéose d’une carrière fulgurante précocement interrompue suite à son décès.
L’émulation entretenue vers les années 80 avec Mpongo Love eut le mérite d’avoir davantage aiguillé leurs talents respectifs au point de supplanter les autres musiques. Ces deux dames de la musique congolaise étaient tellement pétries de talents qu’elles ont su rendre avec efficacité les textes dont elles étaient gratifiées de la part de leurs paroliers. « Ba kake » de Mpongo Love, écrit par M. Diabanza, peut être rangé parmi les classiques de la congolaise moderne en raison de sa haute facture artistique.
Les deux chanteuses ont modernisé leur art avec des sonorités d’ailleurs, fruit de l’ingéniosité de leurs maîtres respectifs. Elles se sont faites leaders de leurs groupes en glanant autant de monde dans leurs productions que leurs collègues masculins.
Alain Diasso/Uhuru
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