Il est observé un relâchement assez remarquable dans le fonctionnement des entreprises publiques, après les élections du 30 juillet dernier.
Depuis le 29 juin 2006, date du début de la campagne électorale pour les élections présidentielle et législatives, la République Démocratique du Congo est entrée dans une « petite transition » à durée indéterminée. Celle-ci a pour caractéristique principale, au plan politique, l’abandon momentané par des membres de l’espace présidentiel, du gouvernement, du Sénat et de l’Assemblée Nationale, de leurs charges publiques. Pendant que candidats présidents et députés étaient accaparés par des activités de propagande dans un premier temps avant d’être suspendus, depuis le 31 juillet, aux tendances électorales et résultats partiels, il y a un secteur qui fait preuve d’un activisme tous azimuts.
Il s’agit de celui de la prédation au préjudice du portefeuille de l’Etat. En effet, des échos en provenance des trésoreries de plusieurs entreprises publiques font état de la privatisation de la gestion financière de la plupart d’entre elles. Ici, ce sont tantôt l’Administrateur Délégué Général et l’Administrateur Délégué Général Adjoint qui se sont constitués en organe de gestion parallèle, signant des actes comptables et décisions administratives à l’insu de leurs collaborateurs du Comité de gestion. Ce cas concerne notamment la Cohydro où le duo ADG-ADGA a marginalisé l’Administrateur Directeur Financier et l’Administrateur Directeur Technique.
En plus de ses méthodes de gestion financière qui énerve les normes universelles de comptabilité, il est allé jusqu’à suspendre des syndicalistes en violation de la procédure légale. Ailleurs, c’est le Comité de Gestion seul qui procède aux nouvelles mises en place, à la signature des contrats financiers, à la passation des marches publics sans l’aval du Conseil d’Administration et des tutelles ministérielles.
Dernière offensive des mandataires candidats ?
Ainsi qu’on le sait, beaucoup de mandataires publics se sont portés candidats à la députation sans avoir démissionné de leurs postes. Au vu des résultats affichés devant les bureaux de vote au lendemain du scrutin législatif, certains ont enregistré, avec amertume, leur cuisant échec. De retour au sein de leurs entreprises publiques, ils donnent l’impression d’avoir juré de récupérer leurs fonds de campagne perdus.
Profitant du vide institutionnel de fait que traverse actuellement le pays, ils n’y vont pas de main morte pour créer, de toutes pièces, des rubriques de dépenses faramineuses. Chaque jour qui passe, les maigres ressources destinées au fonctionnement, à la paie du personnel, aux projets d’investissement sont « pillées » sans crainte d’une quelconque interpellation ou sanction.
Les dispositions de la loi-cadre relative aux entreprises publiques conférant un certain nombre de prérogatives aux conseils d’administrations en matière de contrôle de la gestion administrative, financière et technique sont superbement ignorées. Certains administrateurs qui essayent de demander des explications aux prédateurs en cravate reçoivent des camouflets sous forme de réponses. Bref, le portefeuille de la République Démocratique du Congo est géré comme s’il se trouvait dans la cour du Roi Petaud.
La récréation a trop duré
Cela fait plus d’un mois et demi que plusieurs entreprises publiques échappent à tout contrôle de leur gestion. Si la maffia qui s’y est installée n’est pas cassée à temps, les gouvernants de la 3ème République risquent d’hériter d’un portefeuille qui n’aurait rien à envier à une coquille vide. C’est certainement suite aux anomalies financières et administratives signalées ça et là que le Chef de l’Etat vient de demander aux différentes commissions gouvernementales de reprendre du service. Le Phare a appris que sans se faire prier, le vice-président chargé de la Commission économique et financière ainsi que son collègue de la Commission Socio-Culturelle ont déjà battu le rappel de leurs ministres. Le responsable de la commission Reconstruction et Développement ainsi que celui de la commission Politique, Défense et Sécurité ne vont pas tarder à faire de même.
Il est espéré que ces différentes commissions gouvernementales, en synergie avec les tutelles ministérielles, le Conseil Supérieur du Portefeuille, la Cour des comptes, la commission économique et financière de l’Assemblée Nationale, l’Inspection Générale des Finances, vont s’organiser rapidement pour revisiter les états financiers des entreprises publiques tels qu’ils se présentent entre juin et août 2006. Il est sûr et certain que des missions d’audit croisées seraient révélatrices de l’étendue des dégâts financiers de l’heure.
Le pays traverse une période très délicate en matière politique comme des finances publiques. Il n’est pas normal que les entreprises publiques, considérées comme le patrimoine commun des 60 millions de Congolais, soit laissé à la merci des politiciens devenus mandataires publics par accident et davantage soucieux de se remplir les poches que de participer à la réduction de la pauvreté nationale. L’opinion publique serait heureuse d’assister à un nouveau feuilleton de mandataires publics traqués à cause de leur mauvaise gestion, traduits en justice et punis à la mesure de leurs turpitudes managériales.
Kimp.
Last edited: 14/08/2006 18:17:00