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Les blocages se situent au niveau des directives données tant par nos dirigeants que par les animateurs du système extérieur. Et il reste que toute la petite industrie du cinéma africain bénéficie à la France. A votre avis, entre l’Afrique du Sud, le Burkina Faso, le Cameroun et le Sénégal, quel est le pays émergeant au niveau du septième art ?

Même s’il y a de réelles potentielles, je pense qu’il y a également toujours des menaces sur les cinématographies de ces pays. Par exemple, j’étais présent en Afrique du Sud en 1995, à l’époque où Mandela venait d’être libéré. Et il y avait plein d’espoir. Mais en même temps, j’avais vu que cela allait mal se passer pour le cinéma. Parce que dix ans après, je suis revenu et il n’y a pas grand-chose qui ait changé. Et cette expression africaine, on ne la voit pas. Les cinéastes locaux copient l’Amérique dans ses moindres productions.

Cela traduit une fois de plus le manque de confiance aussi bien de l’Africain en lui-même que de l’Occidental qui ne sent pas cette créativité africaine. Aujourd’hui, je cherche encore les cinéastes sud africains. Et je ne les vois pas. Alors que l’histoire de l’Afrique australe est tellement chargée. La volonté des Sud africains d’être libres a été plus forte que dans beaucoup de pays.

A mon sens, les cinéastes devraient être ceux qui protègent le plus cette liberté. Mais je ne vois pas cet engagement dans le cinéma Sud africain. Pour ce qui est du Burkina Faso et des autres pays africains en général, il faut dire que la relation avec la France a été souvent nocive.

Qu’entendez-vous par « relation nocive » ?

La France a toujours choisi des cinéastes ayant très peu de personnalité pour pouvoir mieux continuer à faire ce qu’elle faisait à l’époque coloniale, c’est-à-dire des films sur l’Afrique. Ce qui permet à la France d’imposer son image à l’Afrique. Le fait de pousser de manière artificielle certains cinéastes africains s’est beaucoup développé. Et cela constitue un gros handicap. Mais je souligne encore qu’il n’y a pas de doute sur le potentiel des acteurs. L’autre élément de taille est que chez les jeunes, il y a beaucoup de volonté.

Le problème est que c’est encore très dur pour eux. Ils doivent faire face à un système en place. J’ai eu avec mon premier film, Quartier Mozart, un prix au festival de Cannes, alors que je n’avais que 24 ans. Mais, je l’avoue, ce n’était que la chance. Aujourd’hui, les jeunes doivent apprendre à braver cette machine administrative française quelque part qui finalement décide de beaucoup de choses dans ce domaine. Et quand on est seul, ce n’est pas évident d’affronter tous ces obstacles. Il y a plein de talents en Afrique.

Mais le problème, c’est comment traverser tout cet appareil en place. Dans la vie, ce sont ceux qui survivent qui s’en sortent le mieux. Mais je demeure convaincu que, dans tous les domaines, l’Afrique n’a jamais manqué de potentiels et de capacités. Les blocages se situent plus au niveau des directives données tant par nos dirigeants que par les animateurs du système extérieur. Et il reste que toute la petite industrie du cinéma africain bénéficie à la France.

Mbagnick Ngom/Potentiel

Last edited: 29/07/2006 14:27:05

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