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Bonjour | 05/12/2008 9:54 | English Make DC Home page | RSS feed

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“L’expression artistique, c’est quelque chose de typiquement africain. En plus, il faut être décomplexé face à toutes ces formes d’art qui sont intimidantes par le budget, le financement et la technologie” Cela symbolise-t-il pour vous un autre regard du cinéma africain ?

J’avoue qu’on parle beaucoup sur le cinéma africain. Et cela ne sert à rien de parler, puisque le cinéma pane déjà. Nous avons tellement d’influence aujourd’hui, qui est à notre avantage. Nous avons la culture africaine, même si les gens n’attendent rien de nous. Parce qu’ils se disent que, « ces gens-là sont mal barrés ». Et puis, nous avons une société qui mélange tout. Une société un peu surréaliste. Et finalement, c’est un avantage pour faire du cinéma.

Mais nous ne prenons pas cette liberté. A part Djibril Diop Mambéti, sur qui j’ai fait un petit film: « La grammaire de grand­-mère », où il demande justement d’aller changer la grammaire du cinéma. C’est-à-dire qu’il faut tout le temps être en conflit avec le langage du cinéma. Parce que, c’est comme cela qu’on redéfinit ce qu’on est. Et l’espace dans lequel on veut évoluer. C’est ce qu’on appel1e faire du cinéma.

Autrement dit, il y a des règles établies et qu’il faut respecter...

Aujourd’hui, le cinéma a, à peine, cent ans et queues sont les rè­gles que nous respectons ? Et puis, quand nous respectons les règles d’un cinéma occidental, je ne vois pas ce qu’il y a d’excitant en termes de cinéma dedans. Ce n’est pas parce que c’est ration­nellement fait que c’est excitant. Face à un poste téléviseur vous pouvez aujourd’hui zapper sur plus de 200 chaînes. Il vous ar­rive de tomber sur des films qui sont très bien faits, mais vous ne vous arrêtez pas pour autant sur ces films.

Cela veut dire qu’à un moment donné, ce que l’on croit être le cinéma en fait, avec sur­tout une approche occidentale, je crois qu’au fond l’Afrique doit se l’approprier. Comme elle devrait s’approprier tout le reste à sa manière. Sans forcément être dans un traditionalisme pour s’en­fermer, ou être dans une copie de quelque chose d’occidental. Mais juste être soi-même, être libre.

A mon avis, l’expression, notamment artistique, c’est quel­que chose de typiquement afri­cain. En plus, il faut être décom­plexé face à toutes ces formes d’art qui sont intimidantes par le budget, le financement ou la technologie.

Cela veut dire que vous voyez un avenir positif pour le ci­néma africain ?

Je l’ai même dit dans un film, que le cinéma est né en Afrique. Faire du cinéma, c’est raconter une his­toire. Et rien qu’avec la manière de raconter, on peut tenir en ha­leine son public. Si on revient à ces stratégies propres à l’Afrique, il y aura un avenir pour le ci­néma. Mais le vrai problème est que le cinéma africain est trop entouré. On nous conseille trop. Et c’est n’importe qui, en plus. (...) Nous autres acteurs du milieu, nous suivons ces conseils parce que nous sommes aliénés. Nous prenons systématiquement en compte toutes les choses que les autres nous disent.

Pourtant, au fond il n’y a pas de raison que quelqu’un vienne nous dire ce que nous devons faire. Pour la bonne et simple raison que nous nous ex­primons depuis des siècles.

C’est donc à nous de nous approprier d’abord cet outil (le cinéma) et de le rendre performant. Il faut plus faire confiance à cette énerg­ie à cette créativité africaine.

Wal Fadjiri/Le Potentiel

Last edited: 28/07/2006 18:00:19

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