Le représentant résident de la Banque mondiale à Kinshasa tient un point de presse ce vendredi 21 juillet 2006, au cours duquel il va apporter des précisions sur l’affaire 500 millions de dollars américains dilapidés par les agences locales.
Cet article avait été abondamment exploité par la presse locale, écornant au passage la crédibilité et l’image de cette institution qui a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille. En raison des commentaires et rumeurs en diverses sens distillés sur cette « affaire », cette fois l’heure des explications a sonné par le n°1 de la mission résidente à Kinshasa qui a décidé de donner des précisions sur cette affaire.
Dans tous les cas, c’est depuis la mi-février 2006 que des rumeurs persistantes circulent à Kinshasa depuis le passage d’une importante mission dépêchée en RDC par le Département d’intégrité institutionnelle (INT) de la Banque mondiale. En effet, ce Département avait été saisi par des plaintes sur la corruption et des pratiques douteuses devenues monnaie courante dans certaines agences d’exécution des projets financés par la Banque mondiale en RDC.
Il faut attendre les conclusions de l’enquête
Contrairement aux missions de suivi et d’inspection réalisées par des chefs de projets et des consultants qui dépensent des opérations, la mission des enquêteurs de l’INT n’a des comptes à rendre qu’à ce département qui dépend directement du président de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz. C’est donc une structure de contrôle qui est indépendante de la direction des opérations.
A la faveur d’une interview accordée en mars dernier à la presse congolaise, Xavier Devictor alors chef des projets PUSPRES et PUAACV basé à Washington (siège de la Banque mondiale) avait donné quelques explications. « Quant à savoir les mobiles qui expliquent la descente de cette mission de l’INT en RDC, je dirai que le département a une ligne verte à partir de laquelle n’importe quel membre de la Banque ou une personne extérieure peut appeler pour dénoncer des faits de corruption. De manière générale, ce département enquête sur toutes les accusations qui peuvent apparaître fondées. Ce qui a motivé des enquêtes, c’est que des accusations ont été portées et qu’elles méritent d’être vérifiées par des investigations. Il s’agit alors de quoi genre d’accusations ? Je ne suis pas en mesure de le dire car le Département de Intégrité Institutionnelle travaille en dehors des structures des opérations pour garantir l’indépendance des conclusions et des recommandations. Donc à ce stade, nous des opérations n’avons pas encore été saisis des griefs portés. Il faut attendre la publication des conclusions de ces enquêtes pour répondre à cette question ».
Des accusations graves
En ce qui concerne la journaliste Caroline Dumay du Figaro, elle écrit le 8 juillet 2006 que plus de 500 millions USD des caisses de la Banque mondiale sont partis en fumée en cinq ans. « Si l’on avait jetés les billets par les fenêtres d’un avion, on aurait eu plus de chances d’atteindre les pauvres. La réflexion vient d’un ex-responsable de la Banque mondiale. Avec certains de ses collègues, il a prévenu le département de Déontologie Institutionnelle de Washington. Des dizaines de plaintes d’opérateurs économiques sont venues grossir le dossier. La Direction de la Banque mondiale a ordonné une enquête. La mission d’experts, qui s’est déroulée en RDC du 17 févier au 23 mars, n’a toujours pas rendu ses conclusions... Conflits d’intérêts, délits d’initiés, fraude. L’affaire est de taille ».
Citant un responsable qui a requis l’anonymat, Caroline Dumay explique que les dispositifs de contrôle ont été rapidement neutralisés dans les agences d’exécution de projets, la voie a été ouverte à tous les abus. « Dans l’attribution des marchés de construction de routes, par exemple, on a assisté à toutes sortes d’irrégularités. Un marché de 18 millions de USD a ainsi été attribué à une société ivoirienne, TPZC, dont la principale activité était la boulangerie ! Ses bilans portaient de faux tampons de l’administration fiscale ivoirienne, ses renseignements bancaires étaient erronés et le chèque de garantie qui lui a été demandé est revenu impayé... »
Luttes pour le pouvoir, recrutements biaisés de personnes n’ayant ni le profil ni l’expérience requise, conflit d’intérêts, pressions sur les indécis et sur ceux qui refusent de jouer le jeu lors du renouvellement de leur contrat, récompense des complices, népotisme, la mise à l’écart des gêneurs,... autant d’accusation portées contre les agences d’exécution par ce confrère français et la presse locale. Jean-Michel Happi va demain, au cours de sa conférence de presse, apporter la lumière sur cette affaire.
Didier Munsala Buakasa/L’Observateur
Last edited: 20/07/2006 17:50:02