L'industrie minière au Katanga, dans le sud-est de la République démocratique du Congo, "reste en proie aux pratiques frauduleuses, aux abus et à des actes d'ingérence politique" qui menacent la paix dans l'ex-Zaïre, selon un rapport de l'ONG Global Witness, paru mercredi.

Dans un communiqué rendu public par Patrick Alley, directeur de l'ONG britannique, il est déclaré qu’à l'approche des élections en République démocratique du Congo, les hommes politiques et les entreprises tentent de manière effrénée de s'emparer d'une part toujours plus importante du commerce lucratif des minéraux, en se souciant peu, voire pas du tout, du bien-être de la population congolaise.
Les scrutins présidentiel et législatifs prévus le 30 juillet en RDC, qui seront suivis d'élections locales, doivent mettre un terme à une délicate transition politique initiée après une guerre régionale de près de 5 ans qui a laissé le pays exsangue.
"Le pillage des ressources naturelles de la RDC continue de mettre en péril les opportunités de paix, de stabilité et de développement du pays", prévient M. Alley.
Le nouveau rapport de Global Witness, intitulé "Une corruption profonde: fraude, abus et exploitation dans les mines de cuivre et de cobalt du Katanga", repose sur des enquêtes menées sur le terrain au Katanga et en Zambie, pays voisin de la RDC, en 2005 et 2006.
Il dénonce "un comportement quasi-systématique reposant sur l'exportation illicite de minéraux par la frontière entre la RDC et la Zambie", accusant les représentants du gouvernement et des forces de sécurité "soit de fermer les yeux sur les certificats d'exportation faux ou inexacts, soit d'agir de connivence avec les sociétés de négoce pour les aider à se soustraire aux procédures de contrôle".
Le rapport décrit comment ces représentants des pouvoirs publics "prélèvent une +commission+ à chaque étape du processus, extorquant de manière systématique des paiements aux mineurs artisanaux qui gagnent souvent 2 ou 3 dollars par jour tout au plus". Global Witness souligne aussi "l'ingérence des acteurs politiques basés à Kinshasa, surtout en matière de négociation de contrats miniers".
"Plusieurs gros contrats ont ainsi été conclus à la va-vite en 2005, signés par un gouvernement de transition qui n'a pas été élu et qui a lui-même été responsable du pillage des ressources naturelles à grande échelle", affirme l'ONG.
Autrefois poumon économique du Congo, la société publique Gécamines dont la production de cuivre est passé de 470.000 tonnes dans les années 80 à moins de 9.000 tonnes en 2003, a ainsi été littéralement dépecée. Une trentaine de joint-ventures se sont partagé ses plus riches concessions profitant de contrats très avantageux au plan fiscal (exonérations sur plus de 20 ans) et dont un rapport parlementaire congolais a réclamé en juin 2005 la renégociation ou la résiliation.
Alors que les prochaines élections "pourraient représenter une opportunité unique de lancer une réforme fondamentale", Global Witness recommande la "mise en oeuvre de mesures destinées à éradiquer la corruption", le "renforcement des contrôles des exportations", l'"amélioration des conditions de travail dans les mines artisanales" et plus de "transparence et d'équité" dans la passation des contrats miniers.
MMC/Jeune Afrique
Last edited: 08/07/2006 17:22:36