On lit mieux la topographie de l’arène politique rd congolaise depuis les sorties officielles des coalitions électorales en vue de toutes prochaines échéances, le Regroupement des Nationalistes Congolais (RENACO) de Jean-Pierre Bemba Gombo et Jonas Mukamba Kadiata Nzemba et l’Alliance de la Majorité Présidentielle (AMP) du président de la République candidat à sa propre succession, Joseph Kabila Kabange. En un mot comme en mille, le Chef de l’Etat sortant accuse une nette avance par rapport à tous ses concurrents sans exception, si l’on s’en tient aux seules données objectives actuellement les prétentions chiffrées des uns et des autres à rafler les 500 sièges de la prochaine assemblée nationale. C’est connu depuis samedi 24 juin 2006, l’Alliance de la Majorité présidentielle dame le pion à ses concurrents en engrangeant la bagatelle de 2.561 candidats députés issus des 31 partis qui font partie du regroupement, sans compter des personnalités de tout premier rang recrutées à travers tout le territoire rd congolais. A côté de l’AMP, le Renaco de Jean-Pierre Bemba et de Jonas Mukamba ne peut dissimuler les apparences naines. La plate-forme électorale portée sur les fronts baptismaux 7 jours avant regroupe une « vingtaine de partis politiques » dont les plus connus sont, en dehors du MLC de JPBG, l’Alliance des Démocrates Congolais (ADECO) de Jonas Mukamba Kadiata Nzemba et le MDD de l’ex MPR Kisombe Kiaku Muisi, pour autant qu’il puisse être considéré comme un parti connu. Car, sur le plan des chiffres, le MDD qui a longtemps flirté avec le RCD Goma semble ne pas avoir tiré grand profit de ce rapprochement avec les tombeurs de feu le Maréchal Mobutu.

En tout et pour tout, Kisombe Kiaku Muisi et son parti n’alignent qu’une vingtaine de candidats députés, dont 14 pour la seule ville de Kinshasa et 7 pour la province d’origine du leader Ne-Kongo. Ce n’est même pas assez pour faire contrepoids à un allié de Joseph Kabila dans les deux régions pris au hasard comme l’Opeka (Organisation des Kasavubistes et alliés) de Marie-Rose Kasavubu !

Le CRD de l’autre ex. MPR et ex allié RCD Goma, Mboso Nkodia, ne vaut pas mieux que MDD de Kisombe, même si son géniteur s’affichait pompeusement candidat à la présidentielle avant la création du RENACO. Le CRD compte une cinquantaine de candidats députés dont seulement 7 en provinces, plus précisément dans la seule province natale de Mboso, le Bandundu. Le reste des candidats du CRD postulent dans les circonscriptions de la capitale. Manifestement, pour donner la fausse impression d’en compter des dizaines à travers tout le pays. Mais il n’en est rien, Si l’on s’en tient aux listes disponibles à la Commission Electorale Indépendante (CEI).

Avec le CCD du député FPC (Forces Politiques du Conclave, regroupement de mobutistes de triste mémoire, créé pour saboter la Conférence Nationale Souveraine dans les années ‘90) Lisanga Bonganga et le Model du Dr Bwassa, Jean-Pierre Bemba semble encore plus mal loti. Les deux gaillards sont plus braillards que réellement représentatifs de qui que ce soit en dehors de leurs propres personnes. Le CCD aligne une bonne dizaine de candidats députés qui attendent financement de leur campagne électorale par le Chairman JPBG, sans plus. Sans doute autant que le Modèles du Dr Bwassa, ex FPC lui aussi, dont la carrière politique semble avoir été totalement compromise par son absence aux négociations de Sun City où il n’avait pas réussi à se faire admettre.

Le plus grand apport au RENACO vient sans aucun doute de l’Alliance des Démocrates Congolais du Mobutiste kasaien bien connu, Jonas Mukamba Kadiata Nzemba, même si cela ne pèse guère face à l’armada de Joseph Kabila. L’ancien PAD de la Minière de Bakwanga compte une centaine de candidats à la députation nationale, dont près de 40 pour la seule capitale rd congolaise, Kinshasa. Ce qui permet au RENACO de revendiquer quelques 800 candidats. Pas assez pour faire le poids face à l’AMP qui mesure près de 4 fois la plate-forme de Jean-Pierre Bemba.

Le leader du MLC accuse donc, à quelques semaines des présidentielles, un retard plus que sérieux. L’homme s’est manifestement mal adapté aux exigences d’une vie politique civilisée au sortir de la rébellion MLC qui l’avait aidé à conquérir, avec l’aide de troupes ougandaises, de vastes pans du territoire national. Arrivé aux affaires au 2ème semestre de l’année 2003, Jean-Pierre Bemba Gombo semble avoir mis plus de temps à imposer sa personnalité à la tête de l’ex mouvement rebelle converti en parti politique qu’à préparer la présidentielle.

Dans cet exercice plus politique que militaire, le Chairman du MLC n’a pas gagné au change puisqu’il a perdu les piliers de son équipage. Les Lunda Bululu, José Endundo Bononge, Olivier Kamitatu… n’ont pas tardé à quitter le navire en quête d’espaces où il fait mieux vivre. Les deux derniers cités ont emportés des partisans et créé des partis politiques qui rassemblant près de 600 candidats dont le MLC aurait pu ne pas faire l’économie.

A Kinshasa, certains analystes pensent que c’est pour rattraper ce retard irrattrapable que Jean-Pierre Bemba et le MLC ont rejoint le camp des partis politiques qui prônent le report des élections. Moins d’une semaine après la sortie officielle du RENACO, le MLC a convolé en noces opportunes et pour le moins populistes avec l’Udps/Tshisekedi, l’ULD de Katebe Katoto, le RCDN de Roger Lumbala et les Fonus de Joseph Olenghankoy dans le Front pour la Défense du Congo.

Une plate-forme qui s’est fixé l’objectif de tenir les concertations politiques inclusives d’une courte durée avant le 30 juin 2006, confirmer la fin de la transition au 30 juin à minuit et constater le vide juridique au 1er juillet 2006 et en tirer des conséquences, permettre aux Congolais de se réapproprier le processus électoral afin de donner à tout le monde la chance de participer aux élections dans les mêmes conditions, établir par consensus un calendrier électoral réaliste pour des élections inclusives, démocratiques, transparentes, crédibles et apaisées.

L’exact contraire de la position de l’ex rébellion armée il y a un an, lorsque le Vice-Président de la République en charge de la Commission Economique et Financière du Gouvernement de Transition fustigeait l’appel à l’apocalypse et au boycott des opérations pré-électorales lancé par l’Udps/Tshisekedi.

Jean-Pierre E. Mukuna/La Tribune de la Nation