Il apparaît clairement que les évêques du Kivu s’opposent aux concertations appelées clairement par la présidence de la Cenco.

A la veille des élections, les églises n’ont pas échappé au virus de la division qui a atteint toute la classe politique et l’ensemble de la population congolaise. Il n’y a pas longtemps, les pasteurs des églises de réveil se sont déchirés pour savoir s’il était permis aux serviteurs de Dieu d’embrasser aussi la politique. Le combat s’est terminé dans l’imbroglio, les protagonistes s’étant séparés sans trouver un terrain d’entente.
Tout récemment encore, deux gourous, le pasteur Ngalasi et l’archibishop Kutino, se sont retrouvés devant la justice des hommes pour se départager sur certains dossiers insuffisamment exploités.
Que les « binzambi-nzambi » s’entretuent, cela peut se comprendre parce qu’elles poursuivent des buts apparemment les mêmes, mais en réalité opposés. La place du Christ y est souvent occupée par les représentants légaux. Mais que le démon de la division s’introduise au sein de l’Eglise une, sainte, catholique, cela peut ne pas être compris. A la base de la division : la politique.
L’on se souviendra, en effet, au lendemain de la publication du dernier calendrier électoral, Monseigneur Monsengwo, parlant au nom de la Conférence épiscopale des évêques du Congo (CENCO), s’est opposé à la prolongation de fait de la transition. Il en a appelé à la concertation de la classe politique et des forces sociales, en vue de se mettre d’accord sur l’organisation des élections au-delà de la date du 30 juin 2006. La suite est connue. Les acteurs politiques ainsi que la Société civile se sont partagés depuis lors en partisans et en s’opposant à cette nouvelle table-ronde. Toujours la politique.
La situation en était là jusqu’à la dernière session ordinaire des évêques de la province ecclésiastique de Bukavu, le 18 juin 2006. A la grande surprise de l’opinion générale qui sait l’Eglise toujours unie, le message adressé aux fidèles de cette province vient totalement jeter l’huile au feu. Il y est dit clairement au point 12 : « En ce moment, les tergiversations et les conciliabules interminables ne sont plus de mise..
Il apparaît clairement que les évêques du Kivu s’opposent aux concertations appelées clairement par la présidence de la CENCO. Certains observateurs y voient un acte de rébellion, comme si les signataires de ce message voulaient méconnaître l’autorité du président de leur organisation. Le penser ainsi, c’est mal connaître l’organisation de l’Eglise catholique à travers le monde.
Selon le Droit Canon, un évêque est directement responsable devant le Vatican qui le nomme, l’affecte et le met éventuellement en retraite. En d’autres termes, il n’a de comptes à rendre qu’au Pape son immédiatement supérieur.
D’autre part, la CENCO, qui est une coordination pour des orientations pastorales, n’a aucun pouvoir de décision sur les diocèses. C’est ainsi qu’elle ne peut intervenir dans les nominations des prêtres. Qu’un évêque se désolidarise de la ligne tracée par cette conférence, il n’encourt aucune sanction par elle. On l’a vu lors de la grève des enseignants, quand philosophiquement le Cardinal Etsou y a mis fin sans demander l’avis des autres, malgré la position contraire de Mgr Monsengwo, en sa qualité de président de la CENCO.
Que Mgr Monsengwo conseille à la CEI et à la classe politique la voie du consensus, en vue de permettre à la classe politique et à la société civile à s’entendre sur l’après 30 juin, il n’en fait pas une règle que doivent formellement suivre tous les membres de la CENCO, dont chacun jouit de l’indépendance d’action. Que demain, un évêque du Kivu se désolidarise de ses pairs sur l’esprit et la lettre du message du 18 juin 2006, il est tout à fait libre. Encore que les fidèles catholiques peuvent ne pas suivre ces orientations sans se faire excommunier.
N’empêche que l’acte des évêques du Kivu doit être considéré comme un coup dur à l’endroit de Mgr Monsengwo qui s’est fait le champion des concertations. L’Eglise cathoíique n’en sortira pas pour autant divisée et la CENCO survivra.
Salongo
Last edited: 24/06/2006 15:22:46