Les participants au dernier Forum des médias ont débattu sans passion des derniers sujets d’actualité en République démocratique du Congo.
La dernière émission de « Forum des médias » enregistrée la semaine qui vient de s’écouler, entre sans doute mercredi 7 et vendredi 9 juin 2006, a permis aux nombreux téléspectateurs qui l’ont suivir dimanche 11 juin de se faire une opinion plus objective des questions d’actualité qui agitent actuellement le microcosme congolais.
Qu’il s’agisse du périple du Chef de l’Etat Joseph Kabila Kabange au Nord-Katanga que de la crise qui secoue l’Office national des transports (Onatra), de la succession Dokolo, que des chances des équipes représentatives à la 18ème édition de la Coupe du Monde de football qui se déroule en Allemagne et dont le match d’ouverture s’est joué vendredi 8 juin 2006, les hôtes multiformes de Noël Kalonda et de Mme Josette ont donné des avis certes divergents, mais qui ont suffisamment levé d’épaisses zones d’ombre autour des différents points soumis à l’analyse des participants.
Il y a eu quelques étincelles dans le feu des répliques des uns et des autres, mais les esprits partisans n’ont pu enrayer la manifestation de la vérité objective entourant les principales questions soulevées. D’entrée de jeu, les participants à cette émission ont été invités à se prononcer sur la descente dans le Nord-Katanga du Président de la République la semaine dernière. Noêl Kalonda et Josette qui assurent la modération dans les débats ont ainsi demandé à leurs hôtes de s’exprimer sur le caractère que revêt cette pérégrination. A-t-elle une connotation de campagne électorale, ou faut-il la situer dans un contexte normal de voyage d’inspection routinier dévolu à celui que l’on considère comme le conducteur n°1 de la Nation ?
L’occasion a été donnée aux habituels négateurs des activités du Chef de l’Etat d’affirmer que le présent voyage du Chef de l’Etat au Nord-Katanga est une entrée en campagne électorale avant terme. Ce qui, ont-ils affirmé, défavorise les candidats qui ne disposent guère des moyens de l’Etat pour battre campagne de la même manière que lui. Les objecteurs ont fait observer que ce point de vue ne reflétait nullement la vérité objective de la situation et que l’on assiste ni plus ni moins qu’à un procès d’intention sur cette tournée nord-katangaise du Président de la République dans la mesure où ce déplacement ne s’inscrit pas dans le contexte électoral, quand bien même il se situe à une période qui nous rapproche des échéances électorales. De même, ils ont fait observer que le Nord-Katanga, qui vient de sortir d’une longue période de turbulences créées par les exactions commises sur les populations de cette région par des chefs de guerre cruels actuellement mis sous éteignoir a eu grand besoin de manifester sa gratitude envers celui qui s’est investi corps et âme pour faire revenir la paix dans cette région.
Dans ces conditions, ont-ils conclu, il n’est que normal que le Président de la République estime qu’il entre dans ses attributs de souveraineté d’aller leur apporter un réconfort moral. Et, faisant d’une pierre deux coups, il a pris soin de vulgariser la loi électorale auprès de ces populations, sans à proprement parlé battre campagne. Du reste, ils situent dans la même optique le déplacement effectué récemment à Mbuji-Mayi par le vice-Président de la République Jean-Pierre Bemba. Ce faisant, les deux personnalités se sont substitués utilement aux chefs des partis politiques qui passent le clair de leur temps à pleurnicher sur la tenue des négociations politiques qu’à se préparer à affronter le verdict des urnes.
Le second point sur lequel les participants ont échangé de vue est celui relatif à la crise qui secoue l’Onatra, crise caractérisée par la grève déclenchée au sein de cette entreprise publique à la suite de la suspension pour mégestion du Comité de gestion placé sous la présidence d’Alexis Gisaro par le ministre des Transports et Communications. En réalité, c’est moins la décision de suspension de ce comité qui est cause de grève, que les instructions données par le ministre du Portefeuille Célestin Vunabandi au Comité de gestion suspendu de ne pas procéder à la remise et reprise avec le comité de gestion provisoire mis en place.
Invités à émettre leurs points de vue sur cette situation, les participants éternellement bipolarisés en deux courants antagonistes ont situé, d’un côté, les tenants de la thèse de la tribalisation de la crise qui secoue l’Onatra, et de l’autre, ceux qui réfutent cette dernière. Entre les deux courants, deux intervenants ont préconisé que l’affaire soit portée à la saisine des juridictions judiciaires, dans la mesure où des rapports d’audit précédemment effectués dans cette entreprise avaient déjà conclu, il y a quelques temps, à l’existence effective des indices de mégestion avérée. Seuls les avis de la justice peuvent apporter la lumière dans cette affaire pour faire taire les passions inutilement et intentionnellement allumées autour d’elle.
Les partisans de la thèse de tribalisation de la crise qui ont pointé l’index sur les agents et syndicalistes Ne-Kongo accusés d’être à la base de l’agitation devant le siège administratif de l’Onatra et dans les installations portuaires et ferroviaires ont été sèchement rabroués dans leurs thèses par Mankenda Voka. Celui-ci a réfuté les allégations exprimées dans ce sens et les a rejetées en bloc. Un autre intervenant, le sénateur Gervais Chiralwira, philosophe et professeur de son état, s’est fort bien à propos appesanti sur les critères de nomination qui prévalent présentement dans le choix des dirigeants des grandes entreprises publiques nationales. Il a opportunément rappelé à ses pairs que du temps colonial, compte tenu de l’importance capitale que représente la direction de l’Onatra, seuls d’anciens gouverneurs généraux du Congo belge étaient promus à la tête de l’Otraco, devenu aujourd’hui Onatra, étant entendu que ces hauts fonctionnaires de l’Etat avaient une vue extrêmement fluide de toutes les questions liées à la marche de la Colonie. « De nos jours, a-t-il renchéri, c’est n’importe qui est nommé Adg, Adga, Adf et Adt à l’Onatra, fût-il dépouillé de connaissances géographiques, historiques ou autres élémentaires nécessaires pour mériter toute nomination à ces postes élevés de responsabilité dans une entreprise de cette envergure.
Bref, l’idée de confier l’affaire Onatra entre les mains de la justice a prévalu au cours des débats de cette session.
L’affaire relative à la succession Dokolo, du nom du fameux banquier congolais Dokolo Augustin Sanu, initiateur et propriétaire de la défunte Banque de Kinshasa créée dans les années 1970 et contrainte politiquement à la faillite, a fait l’objet d’un débat houleux entre deux tendances opposées : les partisans de la faillite du banquier qu’ils ont qualifié « d’homme qui s’était ruiné outre mesure après des endettements répétés auprès de la Banque centrale et qui a cédé ses immeubles en dation à l’Etat » se sont alignés derrière les vues et la décision prise par le liquidateur indépendant de la Nouvelle Banque de Kinshasa -NBK–- née sous les cendres de la BK. Pour eux, la Succession Dokolo n’a aucune prétention sur les biens immobiliers cédés en dation à l’Etat, afin d’éponger les dettes dues par le promoteur de la BK.
La réponse du berger à la bergère a été cinglante, et étayée par des documents juridiques. « Il n’y a eu de faillite que dans le chef de l’entourage de Mobutu, a rétorqué la partie opposée qui a précisé, dans le souci d’éclairer l’opinion, que toute faillite en affaires doit être constatée par un tribunal et non relever du simple fait du prince. Puisque jusqu’à ce jour aucune décision de justice n’a établi l’état de faillite dont on accuse Dokolo, il va de soi que la décision que vient d’arrêter le liquidateur constitue ni plus ni moins qu’un cas de spoliation des biens d’un citoyen qui, le premier en son genre, a eu le courage de créer une entreprise bancaire qui a utilisé plus de 3.000 salariés » !
Dans cette affaire comme dans la précédente, le recours aux juridictions judiciaires a été préconisée, afin de remettre la Succession Dokolo dans ses droits. C’est-à-dire, d’amener les juges à donner la preuve que Dokolo avait réellement failli dans son entreprise, et si, de ce fait, on est en droit de priver sa Succession de la jouissance des biens lui appartenant. Surtout qu’il est avéré que ce dernier avait donné en gage quelques-uns de ses immeubles pour éteindre ses dettes vis-à-vis de la Banque centrale.
Enfin, sur le tout dernier sujet débattu, celui ayant trait aux chances de succès des cinq équipes africaines engagées dans l’actuelle édition du Mondial 2006 qui se dispute en Allemagne depuis vendredi 8 juin dernier, les avis des membres du Forum des médias n’ont divergé que sur les aspects liés au climat, à l’expérience mitigée de la plupart sinon de toutes ces équipes : Togo, Tunisie, Ghana, Angola et Côte d’Ivoire. Tous ont reconnu une évidence, à savoir que : les cinq ambassadeurs africains à cette 18ème édition de la Coupe du Monde de football y sont allés tellement avec des fortunes diverses que l’on ne peut attendre de grands résultats de leur part.
Last edited: 12/06/2006 14:33:09