La société nationale d’électricité compte parmi les entreprises du portefeuille qui traversent des moments particulièrement difficiles. Cette entreprise est devenue la cible de certains pêcheurs en eau trouble. Elle n’est pas non plus à l’abri des critiques qui fusent toutes parts venant des abonnés qui ne lui pardonnent pas la moindre erreur ou plutôt la moindre défaillance. Tout est dit comme si c’était de gaieté de coeur que la SNEL s’emploierait à pénaliser ou à priver volontairement population de l’énergie électrique dont elle a pourtant droit. Les gens oublient que tout, ne dépend pas de la simple bonne volonté des dirigeants de cette société ni de ses techniciens. Il y a tellement des contraintes pour le bon fonctionnement de la SNEL que sans moyens conséquents, ses dirigeants ne peuvent pas chose. La production de l’énergie électrique suppose des grands moyens financiers et un support matériel important sans oublier un personnel qualifie qui doit faire le travail.

Or au stade actuel, la SNEL détient l’expertise technique nécessaire pour bien tenir l’entreprise. Et les preuves ne sont pas à chercher loin parce que pendant les deux dernières décennies où le pays souffrait de la rupture de la coopération d’avec les bailleurs de fonds, les techniciens ont pu, par leur ingéniosité tenir le coup malgré la vétusté des équipements.

Les difficultés de la SNEL sont de différents ordres. D’abord, le manque d’investissement pendant prés de 15 ans dû à la rupture de la coopération structurelle avec les institutions financières internationales et autres partenaires étrangers.

Deuxièmement, le non-paiement de ses factures aussi bien par certains privés que par les services publics pendant plusieurs années.

Le troisième écueil, et non de moindre, c’est le caractère social des prix pratiqués par la SNEL qui ne correspond pas au coût réel qu’elle devrait normalement faire payer à ses abonnés.

La SNEL qui jusque-la, offre du courant à crédit non seulement ne se fait pas payer le service au coût réel, mais les abonnés s’obstinent honorer leurs factures pour des raisons difficiles à expliquer.

Mais comment voulez-vous bénéficier de services de quelqu’un sans en retour payer la note ? C’est tout à fait paradoxal d’autant plus que même dans la vie courante, il y a un prix à payer pour tout travail. Et pire encore, les abonnés de plusieurs quartiers s’amusent à opérer des raccordements pirates, oubliant que la surcharge est préjudiciable tant pour eux-mêmes que pour l’entreprise qui subit un manque à gagner important.

L’exigence de payer 100% des frais à la commande

La quatrième difficulté est due au fait que la grande partie du matériel utilisé par la SNEL est importée de l’étranger. Il faut absolument le commander à l’extérieur auprès surtout des pays européens. Or ces fabricants sont tellement sévères envers la SNEL qu’elle est obligée de payer les 100% de la facture à la commande, contrairement aux sociétés d’électricité d’autres pays qui payent 10 à 30 % seulement du prix à la commande pour être servies.

Mais à cause du discrédit du pays à l’extérieur, beaucoup de sociétés congolaises dont la SNEL payent le prix fort de ce manque de confiance envers l’Etat congolais. C’est une situation ignorée de beaucoup d’abonnés qui se plaisent à critiquer sans être informés au préalable des dures contraintes auxquelles cette société est confrontée au quotidien.

Or pour réunir l’argent nécessaire en devises pour payer la note de matériel commandée cela fait déjà problème. Et s’il faut ensuite prendre en compte le temps que le fabricant met à acheter les intrants et fabriquer l’outil, le temps de l’expédier à Kinshasa via le port de Matadi, fait que pour un travail qui aurait pu être fait en un mois ou en quelques semaines, il va falloir attendre plusieurs mois.

Tout ce processus fait que la SNEL, malgré la bonne volonté de ses dirigeants s’en trouve bloquée et pratiquement impuissante d’agir vite comme elle le souhaite.

L’état de dégradation et de vétusté fort avancé d’une bonne partie de son équipement, demeure parfois inchangé à cause entre autre de cette situation pour le moins déplorable.

Que faire pour s’en sortir ?

Selon des spécialistes, la SNEL devra pour sortir du bourbier, actionner un certain nombre de mécanismes. Le premier, c’est l’installation des compteurs auprès des abonnés pour facturer au prix réel la quantité d’énergie qu’ils consomment. Et selon des milieux proches de la haute direction de cette entreprise, la SNEL a déjà démarré un projet pilote dans ce sens qu’elle expérimente auprès de 130 entreprises de la capitale. Et les choses, nous dit-on, ne se passent pas aussi facilement qu’on le croit.

La commission des experts affectée à cette tâche a toutes les peines du monde de mener à bien sa mission. Elle se bute à des incompréhensions et autres difficultés qui ne lui facilitent pas la tâche. Pourtant, c’est la voie obligée à suivre si la SNEL veut rentabiliser ses services. Parce qu’avec le compteur, les abonnés sont facturés au prix réel. Mais comme ils sont habitués aux prix forfaitaires, auxquels ils s’étaient familiarisés, la pilule parait un peu amère à avaler.

Instaurer le système de pré-payement

Une autre possibilité que la SNEL peut explorer, c’est l’instauration du système de pré-payement des factures. Beaucoup de pays comme l’Afrique du Sud, le, Burundi, le Botswana,... l’ont expérimenté à la grande satisfaction de leurs sociétés nationales d’électricité.

C’est un système qui va discipliner les abonnés qui ne pourront plus s’amuser à utiliser n’importe comment le courant à leur disposition comme le font déjà les sociétés de téléphonie cellulaire à travers les cartes prépayées.

Avec ce système, la SNEL gagnerait à deux titres. D’abord, elle va augmenter ses recettes puisqu’elle facturera au coût réel, et les charges d’exploitation baisseront. Le salut de la SNEL passe par là. Quitte à la SNEL à réactiver le projet.

(FP)