Les sensibles dossiers de l’armée font exploser les tensions au Conseil supérieur de la Défense avec les révélations des scabreuses manigances dans lesquelles s’illustre notamment l’ancien chef rebelle du Mlc revendiquant des paiements des dettes de guerre par l’Etat. L’attaque frontale sur la question a fait fulminer de colère le concerné voulant corriger pour outrecuidance le ministre de la Défense pour ses désobligeantes révélations.

Lorsque le Conseil supérieur de la Défense rend public son communiqué un certain lundi 22 mai 2006, le commun des mortels est loin de soupçonner l’ambiance qui a prévalu lors de sa réunion marathon de ce jour. Selon des sources recoupées, une bagarre a failli éclater entre le vice-président en charge de l’Ecofin, Jean-Pierre Bemba Gombo et le ministre de la Défense, Adolphe Onusumba, n’eut été la maîtrise dont a fait montre celui-ci.
Lors de La 21ème réunion ordinaire du Conseil supérieur de la défense, les débats ont tourné notamment autour du contrôle des effectifs militaires et du matériel de guerre que détenaient les ex-belligérants. Onusumba, le premier concerné et qui travaillait déjà sur le dossier annonce qu’une mission de son ministère dépêchée sur le terrain, notamment à Gbadolite et à Gemena a trouvé une situation qui contrastait avec les informations reçues du V/P Bemba, l’ex-chef rebelle qui contrôlait cette partie du territoire national. Onusumba a affirmé que le vice-Président aurait exigé que la République lui verse 30 millions de dollars américains au motif que tout le matériel de guerre dont-il disposait à Gemena ou à Gbadolite a été pris à crédit auprès des firmes étrangères. Etant donné que ce lot avait été utilisé, ces firmes exigeraient du vice-Président la somme évoquée.
La mission dépêchée par Onusumba fait suite à des recommandations du Conseil qui voulait que les ex-belligérants restituent matériels et munitions à l’armée en gestation pour constituer la logistique de celle-ci. L’Etat congolais qui veut récupérer ce matériel devient le débiteur de ces firmes et est obligé de payer cette bagatelle somme de 30 millions, selon Jean-Pierre Bemba cité par Onusumba au Conseil. La mission d’Onusumba a levé un autre coin de voile dans cette affaire. Il s’est avéré que tout ce matériel appartenait plutôt à l’Etat congolais, par exemple des mortiers découverts à l’aéroport de Moanda à Gbadolite. En effet, tout au long de la crise armée, les ex-Forces armées congolaises, FAC, encore sous les ordres de Kinshasa abandonnaient armes et munitions quand il s’agissait de battre en retraite. Aussi, la mission révèle que leur valeur était loin des chiffres avancés par l’ancien chef rebelle. Moins d’un million contre 30 millions selon Jean-Pierre Bemba Gombo.
Protestation du V/P en plein conseil qui dément. Onusumba, l’un des anciens présidents de l’autre mouvement rebelle, le RCD/Goma, est loin de se résigner. Il dévoile l’existence des correspondances échangées entre le vice-Président et lui qui attestent la véracité de ses affirmations. La réplique est inattendue. Il les brandit même pour confondre son contestateur. Et il aurait fait savoir à son ancien homologue qu’il doit cesser de prendre les autres pour des enfants.
L’incident avec l’intervention de Kabila qui joue au Ponce Pilate. Bemba n’en revient pas. L’incident est passé, mais Bemba a encaissé un coup. Le communiqué final est laconique.
Communiqué lourd de sens dans ses non-dits
Palais de la Nation, Kinshasa vendredi 19 mai 2006.
Réuni en sa 21ème réunion ordinaire sous la présidence du Chef de l’Etat, Son Excellence Joseph Kabila, le Conseil Supérieur de la Défense a émis les avis ci-dessous :
- L’acceptation du principe de déployer urgemment les six nouvelles brigades ayant terminé leur brassage ;
- La mu1tiplication par la CONADER de Centres d’Orientation en vue d’accélérer la sélection des militaires devant constituer la 3ème vague d’intégration ;
- L’amélioration par la CONADER de son système de prise en charge des démobilisés pour une meilleure réinsertion ;
- Suivant le rapport de la commission dépêchée à Gbadolite et Gemena, pour le contrôle des armes et munitions, le Conseil a demandé que ces armes soient récupérées par l’Etat-Major Général et que l’opération soit étendue sur tout le territoire national afin de déceler toutes les armes non inventoriées par l’Armée.
Etant donné le contrôle partiel des hommes et matériels commis à la sécurisation des Autorités de la Transition, le Conseil a opté pour :
- Continuer ce contrôle sur tout le territoire national ;
- Respecter les effectifs prévus pour chaque Autorité ;
- Tout surnombre devra être orienté vers les Centres de brassage ;
- Tous les militaires commis à la garde des Autorités de la Transition seront confiés à la seule gestion administrative du Chef d’Etat-Major Général des Forces Armées.
Le Conseil attend le rapport final du contrôle des effectifs commis à la sécurisation des Autorités de la transition pour le lundi 22 mai 2006.
Pour le Conseil Supérieur de la Défense
Dr Onusumba Yemba Adolphe
Ministre de la Défense
Last edited: 02/06/2006 17:01:02