Il a suffi que la Commission électorale indépendante (Cei) annonce l’ouverture de dépôts de candidatures pour la présidentielle 2006 pour que l’on assiste à un véritable déferlement de candidatures. Les unes plus farfelues que les autres, mais toutes participant de la dévalorisation de la fonction présidentielle !
Sollicité, Eugène Diomi Ndongala de la DC a refusé net de se joindre au groupe des Onze

« Trop risqué, dit-il au « Soft International ». Demander la révocation de l’abbé Malumalu c’est repousser encore les scrutins. Ce serait déraisonnable. Puis, qui est derrière cette mystérieuse plate-forme Union sacrée... des candidats ? Qui a rédigé le texte ? »
Depuis Bruxelles où il trône, le porte-parole de l’Udps dénonce des « candidats escrocs », ceux qui invoquent l’opposition et disent vouloir battre Joseph Kabila ! Sans blague ? « Nous sommes tous des alimentaires », répond comme en réaction à Mgr Monsengwo le Lumumbiste Diongo. Hormis trois ou quatre formats politiques en mesure de mener campagne, nombre de candidats déclarés sont fauchés comme des rats d’égout et chercheraient la première occasion pour se tailler à bon compte. La politique a un coût. L’Etat peut rembourser des frais engagés à certaines conditions. Nos hommes politiques sont peut-être trop bêtes comme Wade l’a dit un jour, mais nos alimentaires - le terme est de Mende au « Soft » - savent encore compter.
On connaît l’homme qui introduisit le mot coterie dans le vocabulaire politique national : c’est Marcel Lihau. Originaire de la province de l’Equateur, co-fondateur de l’Udps, le professeur de la célèbre Université américaine d’Harvard, qui présida la Cour suprême de Justice du Congo au lendemain de l’Indépendance brocardait, lors d’une sortie télévisée restée mémorable, son ancien parti traité de... coterique – textuel ! - pour dire tribal, sinon pire, et s’en prenait à Etienne Tshisekedi wa Mulumba, de même qu’à sa cour politique qualifiée de... « tribalo-cotérique ». Qui connaît en revanche le nom du père-fondateur du mot « alimentaire » dans le discours politique national ? Un ancien rédacteur en chef du « Soft » - Cyrille Kileba Pok-a-Mes aujourd’hui patron du « Post » - se souvient au « Soft International » que le mot fut utilisé pour la toute première fois par le Lumumbiste Lambert Mende Omalanga - le même ! - alors que d’aucuns pourraient croire qu’il le fut par le Dcf Nyamwisi Muvingi, célèbre star des années transition mobutiennes. Mende revenait d’un long séjour d’opposant exilé en Belgique et recourut à cette expression dans une interview au « Soft ». L’homme s’en prenait à « ceux qui tiennent un discours politique de type alimentaire ». A tout Seigneur…
Mende faisait référence aux partis politiques créés de toutes pièces - notamment par l’Aumônier mobutiste Tshimbombo Mukuna - pour les besoins de la cause et à leurs représentants qui avilissaient la classe politique nationale, la même qui sera par la suite durement traitée par l’opposant et futur président du Sénégal, Me Abdoulaye Wade. Toute honte bue, il se trouva même sur la scène pour reconnaître publiquement : « Il n’y a aucune honte, moi, je suis un Alimentaire ; j’ai créé mon parti pour survivre matériellement ».
En d’autres mots, « j’existe en politique non pour mes idées qui seraient des valeurs à défendre - et d’ailleurs, je n’en ai point -, mais pour faire face aux besoins de mon tube digestif ». Tube digestif, autre mot qui fit fortune lors des années transition mobutistes.
Ces hommes et ces femmes dont les partis ne comptaient ni permanence, ni liste de militants, ni une vieille machine à écrire Remington, et qui n’apparaissaient que dans les médias - de préférence à la télé, - animant la vie politique par ce seul biais, avaient un salaire à la fin de chaque mois payé par l’alors « Aumônier de la République » qui fut tour à tour ministre, maire de la ville de Kinshasa et chef des services secrets civils, l’Agence nationale des renseignements - ANR - la même.
TOUT FAUX
Des années plus tard, la vulgarité de la classe politique nationale rattrape celle-ci dans un texte aseptisé prononcé par un haut dignitaire de l’Eglise catholique Romaine, Mgr Laurent Monsengwo Pasinya, président de la vénérable CENCO, la Conférence Episcopale Nationale R-d Congolaise.
« Le peuple et l’opinion nationale autant qu’internationale ont le droit de savoir s’il y a des « candidats alimentaires », qui sont de simples figurants ou prête-noms et dont la candidature ne sert qu’à induire l’électeur dans l’erreur », déclarait Mgr Laurent Monsengwo Pasinya, le 1er mai 2006, faisant part des candidats - au nombre de 33 - déclarés par la CEI à la Magistrature suprême, déclaration dont les commentaires animent - c’est peu - particulièrement ces derniers jours la vie politique nationale.
« Dites-moi, où voyez-vous un leader politique dans ce pays ? », lance, pathétique, Franck Diongo, comme une réplique au président de la CENCO. Dans une interview au « Soft International », Diongo, un autre Lumumbiste, du même terroir que Mende, fait un aveu poignant : « Nous faisons tous la politique dans une situation de carence morale et matérielle. Il y a une crise d’identité et lorsqu’il y a crise d’identité, les gens vont là où ils espèrent trouver de quoi vivre ».
Faux partis politiques et faux hommes politiques ? Ils ont toujours existé et c’est peut-être ce qui explique la fin de l’idéal politique dans notre pays. Appauvris ou chosifiés par des années d’exil d’après-Afdl ou de braise du « Mzee », poussés par l’instinct de survie biologique, ces dernières années, les alimentaires ont fait irruption sur la scène lors du Dialogue inter-congolais - à Gaborone au Botswana d’abord, à Addis-abeba en Ethiopie ensuite et à Sun City en Afrique du sud enfin. Pour la plupart, ils vinrent dans les bagages de l’ex-richissime homme d’affaires atypique Raphaël Katebe Katoto Soriano. Depuis la Belgique flamande où il réside dans un château cossu, classé dans la banlieue de Bruges, au nord de Bruxelles, Katebe, avant l’heure, candidat déclaré Président de la République, réussit, grâce à des comptes bancaires alimentés par une filière zambienne représentée par l’ancien président zambien Frédéric Chiluba, à embrigader des groupes d’activistes politiques dont d’anciens ministres de Mobutu et de Kabila Père et d’anciens dignitaires de l’UDPS qui n’auraient certainement autrement jamais rejoint la lointaine capitale botswanaise.
Ils venaient de France, de Belgique, d’Allemagne et des
Etats-Unis : Contre un ticket d’avion aller-retour et un honorable viatique, ils reçurent mission d’aller travailler au Dialogue inter-congolais afin que Dieu fasse que Raphaël Katebe devienne Chef de l’Etat de l’ex-Zaïre.
Ils ne seraient sans doute jamais entrés dans les salles de réunion et nombre ne seraient certainement devenus dignitaires de la transition post-Sun City n’eut été la demande de révision à la hausse du format sollicitée et obtenue de haute lutte par la composante ex-Gouvernement.
Celle-ci avait-elle, elle aussi ses « alimentaires » ? Comment en douter ? Ceux-ci débarquèrent en masse soit dans des délégations des partis politiques, soit sous l’habit des groupements de la Société civile - des ONG de tout acabit - voire des Eglises de Réveil.
L’histoire rapporte que même de hauts dignitaires reconnus des Eglises nationales - Kimbanguistes, Catholiques, Protestantes ou Musulmanes – étaient « traités » par certaines officines politiques du régime. Et qu’une prise de parole publique avait toutes les chances d’avoir une origine alimentaire…
JOSEPH OLENGHA NKOY
Un homme politique en vue à Kinshasa signe et persiste au « Soft International » : « S’il faut m’acoquiner avec le Diable, je le ferais sans le moindre état d’âme. Telle est ma conception de la politique : la défense d’abord de mes intérêts ».
Depuis, il fait et défait des regroupements politiques… Katebe - toujours lui - ne recrutait pas seulement dans les milieux d’exilés. Il poussait ses tentacules jusque dans le saint des saints des membres de l’opposition politique rescapée. Comme à l’époque de Mobutu qui vit le Léopard accueillir nuitamment dans son village de Gbadolité des spécimens de la faune politique et qui repartaient des cartons d’argent pleins sous les aisselles, Katebe fut l’un de ceux qui firent montre d’une réelle « magnanimité » à l’égard de la classe politique post Mobutu.
(Yes)
Last edited: 08/05/2006 15:14:58