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Wendo devenait ainsi la figure emblématique de sa génération, sans oublier les autres non moins méritants, nous avons cité Bowane, Adou Elenga, Lucie Eyenga, D’Oliveira, Feruzi… La grande spécificité de ces musiciens, c’est qu’en réalité ce sont des chanteurs guitaristes ou chanteurs accordéonistes

Ils déplacent des foules innombrables. Ils dérangent la sécurité des passants lorsqu’ils se déplacent. Ils mettent en branle-bas de combat les forces de l’ordre ŕ chacun de leur retour de voyage. Ce sont les nouveaux princes de la chanson congolaise. Pour tenter une approche sémiologique de ce formidable phénomčne de société qu’est l’engouement de toute une frange de la jeunesse qui s’agite autour de ces princes et qui ne jurent que par eux, nous allons procéder par étapes.

En effet, l’analyse des grands tournants de l’histoire de notre musique peut éclairer la lanterne de nos lecteurs. Dans un premier temps, nous allons évoquer la période allant de Wendo ŕ l’orchestre Zaďko Langa Langa ; en deuxičme lieu, nous parlerons de la qualité des musiciens et chanteurs d’aujourd’hui. Dans un troisičme temps, nous nous pencherons avant de conclure, sur le phénomčne qui constitue les chroniqueurs de musique qui font les relations publiques des musiciens et chanteurs en devenant eux-męmes des vedettes qui crčvent les écrans de télévision.

1. De Wendo ŕ Zaďko Langa Langa

Une chanson de la premičre moitié des années, 60 composée et chantée par feu Mujos (Mulamba Joseph) de l’Ok Jazz fut fureur ŕ l’époque. Elle est restée longtemps dans nos mémoires dans la mesure oů elle déterminait, désormais la premičre génération de la musique congolaise dite moderne. Il s’agit de « Tango ya ba Wendo » dans laquelle la guitare magique de Franco se lance dans des envolées mémorables en męme temps que l’on découvre de pus en plus le guitariste accompagnateur Simaro Lutumba.

Wendo devenait ainsi la figure emblématique de sa génération, sans oublier les autres, non moins célčbres, non moins méritants, nous avons cité Bowane, Adou Elenga, Lucie Eyenga, D’Oliveira, Feruzi etc. La grande spécificité de ces musiciens c’est qu’en réalité ce sont des chanteurs guitaristes (excepté Lucie Eyenga) ou chanteurs accordéonistes. Ils peuvent se produire en solitaire dans des manifestations publiques, lors des fętes ou des deuils. A leur époque, on ne parle pas des orchestres. Quand ils enregistrent, c’est au studio qu’ils se font accompagner. Leur musique s’inscrit dans le cadre populaire avec beaucoup d’éléments traditionnels.

Adou Elenga joue et chante « Ata Ndele », D’Oliveira fait de męme avec « Wumbanzanga » ou « Cherie Bondowe ». Il faudrait attendre le début des années 1950 pour voir Joseph Kabasele intellectuel ŕ l’époque monter le premier orchestre moderne composé d’instruments électriques et un instrument traditionnel, le tam-tam, qui a une structure monophonique.

Sa musique s’inspire de beaucoup des rythmes latino-américains qui font fureur ŕ l’époque. Kabasele connaît le solfčge ŕ la différence de Wendo, le batelier et ses compčres ci-haut cités. Le solfčge c’est donc la portée musicale, les notes, les dés, les valeurs des notes etc. Ni la ronde, la blanche, la noire ou les croches ne lui échappent.

Il connaît les signes d’altération (dičse, bémob ou bécarre). Kallé produit une musique ŕ intervalle mélodique avec une succession de notes séparées (les arpčges). Docteur Nico Kassunda en sera le maître patenté, sans oublier Damoiseau ou Papa Noël et d’autres.

A l’opposé, Luambo Franco, le leader de l’orchestre O.K Jazz fondé en 1956; ne connaît rien de la théorie musicale. Il a appris ŕ gratter la guitare dans la rue. Comme Wendo ou Adou Elenga, il chante. Mais, ŕ la différence de ceux-lŕ, Franco fait partie d’un ensemble qu’il va incarner jusqu’ŕ sa mort.

Il n’est pas romantique comme Kallé ou Nico. Il tire la substance de ses chansons dans la population, la rue, les milieux tumultueux. Sa guitare est tumultueuse. C’est la société qui fait l’artiste. Son rythme saccadé se démarque nettement des envolées allégoriques de l’Africain Jazz de Kallé.

Le jeu de Franco est spécialement ŕ intervalle harmonique, c’est-ŕ-dire avec des notes émises simultanément des tierces ou des sixičmes. Les six derničres années de sa vie, il va d’ailleurs, maîtriser les sixičmes (quelquefois, les octaves ou les dixičmes) que la plupart de nos guitaristes appellent des quintes par ignorance, avec une dextérité qui forcera l’admiration et le respect des connaisseurs.

Voilŕ les deux grandes écoles de la musique congolaise moderne : l’African Jazz, mélodique (style fiesta) et l’OK Jazz, harmonique. Les jeunes de Negro-Succčs, Thu-Zaďna vont marier les deux styles en vrais précurseurs.

Mais si Bella-Bella demeure fidčle au rythme dit fiesta, le Zaďko Langa Langa, qui débute sur des mélodiques, va emballer les mélomanes avec un rythme si époustouflant que son soliste, Pépe Felly Manuaku, passe pour le prodige de son époque. Zaďko Langa Langa perfectionne l’union des rapports entre les Sons mélodiques et harmoniques…



Last edited: 07/05/2006 02:16:51

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