Ces derniers temps, les Congolais qui sortent par l’aéroport international de Ndjili se heurtent ŕ des tracasseries impossibles. Ces tracasseries qui ne sont pas uniquement administratives découragent beaucoup les voyageurs
Désormais, pour les Congolais, rentrer au pays est devenu aussi périlleux qu’en sortir et męme y vivre. Ils ne savent littéralement plus oů donner de la tęte.
Alors qu’ŕ l’approche des élections, la tension politique, brusquement ravivée par des rumeurs d’un possible nouveau report de la date du scrutin, ne cesse de monter, une vague d’insécurité galopante laisse les autorités congolaises totalement impuissantes et la population entičrement livrée ŕ elle-męme.
Le cas de notre malheureux confrčre Franck Ngyke, abattu avec sa femme, d’une rafale de Ak 47 ŕ la fin de l’année derničre par des hommes en uniforme, devant la porte de sa maison alors qu’il regagnait son domicile dans la soirée est encore frais dans les mémoires.
Les Congolais qui tentent de s’éloigner du pays par l’aéroport de N’djili, principale porte de sortie, se heurtent désormais ŕ une barričre de tracasseries, qui ne sont plus uniquement administratives, et qui en découragent plus d’un. C’est pratiquement un « no pasaran (on ne passe pas) qui est leur est opposé.
Le cas le plus récent et le plus édifiant est celui d’un émissaire du vice-président JP Bemba, dépęché il y a quelques jours avec un important viatique destiné ŕ motiver les joueurs de Simba engagés dans la récente coupe d’Afrique des Nations de football d’oů ils viennent d’ailleurs d’ętre éliminés.
Tombé dans une véritable embuscade ŕ l’aéroport de N’djili, en pleine journée, devant des centaines de témoins, Pélé Mongo a eu maille ŕ partir avec les services opérant ŕ l’aéroport de Ndjibi. Désormais, l’aéroport international de N’djili est devenu une chausse-trappe pour tout voyageur embarquant.
L’accomplissement des différentes formalités de contrôle ŕ la douane et auprčs des agents du service de l’émigration prend généralement les allures d’une série d’humiliations et d’outrages, des questions insolentes, des regards courroucés des préposés aux services, des sollicitations insidieuses et męme des fouilles au corps, sans la moindre délicatesse, par des mains graisseuses, aux doigts durs comme les serres d’un aigle, terminés par des ongles ŕ la propreté douteuse.
Outrepassant largement le cadre et le champ de leurs activités, les agents de ces services mčnent la vie dure aux voyageurs qu’ils soumettent parfois ŕ des interrogatoires de police non justifiés, histoire d’intimider le voyageur pour le délester de quelques billets de dollars. Certes, de telles pratiques ŕ l’aéroport international de N’djili ne datent pas d’aujourd’hui.
Déjŕ sous la Deuxičme République, elles étaient męme érigées en rčgle d’or au point que, plusieurs fois, l’autorité politique a été obligée, suite aux plaintes des voyageurs, de réduire sensiblement le nombre des services appelés ŕ oeuvrer dans les périmčtres de l’aéroport. Chasser le naturel et il revient au galop. La IIe République, effondrée depuis le 15 mai 1997, on pouvait raisonnablement espérer, avec le temps, une amélioration de la situation. Tout indique, au contraire, que les choses ont empiré. Les agents qui travaillent dans l’enceinte de l’aéroport ont vite fait, aujourd’hui, de retrouver leurs vieux réflexes pour exaspérer, intimider, menacer, rançonner et męme tabasser les voyageurs embarquant. Malheur, dans un tel climat, ŕ ceux qui oseraient se présenter devant eux avec des faux documents de voyage.
Mais la situation est encore plus corsée pour les compatriotes de la diaspora qui décident de rentrer au pays afin, soit d’y apporter leur pierre ŕ l’śuvre de reconstruction et du développement national, soit d’étudier le marché congolais en vue de fonder une société, soit d’investir dans un secteur quelconque de l’économie ou, simplement, pour rendre visite ŕ des parents. La diaspora de l’axe Paris-Bruxelles-Londres n’est toujours pas la mieux traitée.
A l’approche des échéances électorales tant attendues par la population congolaise, les Congolais en provenance des pays de l’Union européenne et de retour au pays, aprčs un assez long séjour sont l’objet d’un accueil « particulier » ŕ leur arrivée ŕ l’aéroport de Ndjili. Dčs qu’ils posent leur pied sur le tarmac, ces compatriotes sont exactement traités, non pas seulement comme des étrangers, mais véritablement comme des terroristes venus perpétrer quelque attentat contre les autorités du pays.
Tout commence par la confiscation de leur passeport national ainsi que de leur titre de transport pour le retour ŕ Londres. Quant ils se présentent devant les guichets derričre lesquels sont assis les agents des services d’immigration aux mines peu avenantes, ces deux documents ne leur sont pas restitués.
Ils vont, en réalité, s’égarer dans le labyrinthe des couloirs et des innombrables bureaux de l’aéroport. Et lorsque aprčs avoir tant bien que mal réussi ŕ retrouver leurs bagages grâce ŕ quelques livres sterling glissés entre les mains de bagagistes envahissants, les voyageurs congolais en provenance de l’Union européenne, surtout lorsqu’ils sont jeunes, tentent de récupérer leurs pičces d’identité et leur billets d’avion.
C’est en ce moment-lŕ qu’ils se rendent compte qu’ils sont pris dans un engrenage administratif qui, parfois, peut les conduire dans l’anti-chambre des services de sécurité, soit ŕ l’aéroport męme, soit en ville, dans l’un des nombreux cachots oů il est si facile de disparaître sans laisser de trace et si difficile pour des amis ou des parents de retrouver un des leurs. Discuter avec ces policiers ne sert en général qu’ŕ aggraver « son cas » alors qu’on ne se reproche de rien. D’autre part, l’argent peut, certes, apporter une voie de salut pour se sortir du guępier mais pas toujours.
Le voyageur débarquant, qui ne comprend rien, et qui bute ŕ chaque fois contre un mur lorsqu’il tente de comprendre ce qu’on lui reproche, est vite gagné par un sentiment d’abandon. Commence alors pour lui un véritable chemin de la croix lorsqu’il essaye d’entrer en possession de ses documents confisqués…
Last edited: 07/05/2006 02:08:12