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Bonjour | 01/12/2008 17:33 | English Make DC Home page | RSS feed

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Rebondissement de l’affaire des stocks d’or, de diamant et d’ivoire entreposés ŕ la succursale de la Banque du Congo ŕ Stanleyville aujourd’hui Kisangani et que les anciens rebelles Simba défaits dans cette ville avaient convoyés dans leur fuite jusqu’au Soudan oů ce butin aurait été saisi par les autorités de ce pays. Le dossier de la récupération de ce trésor congolais estimé ŕ 1 milliard de dollars est relancé aujourd’hui en suscitant beaucoup de convoitises

En 1964, des rebelles congolais ont pris la fuite avec des camions bourrés d’or, de diamant et de défense d’éléphant. Leur fabuleux butin vient d’ętre retrouvé. Et il attise les convoitises.

Lorsque, le 24 novembre 1964, des paras commandos belges sautent sur Stanleyville, aujourd’hui Kisangani, prennent le contrôle de la ville et libčrent les otages européens, une page se tourne dans le Congo d’aprčs l’indépendance: La rébellion de l’Est, demeuré fidčle au souvenir du Premier ministre Patrice Lumumba, est définitivement vaincue.

Et cependant, depuis janvier jusqu’ŕ novembre 1964, le Conseil national de libération, dirigé par Gaston Soumialot, Christophe Gbenye et Laurent-Désiré Kabila, avait réussi ŕ prendre le contrôle de plus de la moitie du pays et de sept villes importantes, tandis que Pierre Mulele avait établi dans le Kwilu un mouvement paysan fortement inspiré par la Chine. Dans la presse de l’époque, les combattants, les Simbas, étaient qualifiés de rebelles. Pour en venir ŕ bout, l’Occident aligna contre eux des paras commandos, des avions T-28 déjŕ testés ŕ Cuba lors du débarquement de la baie des Cochons, et des mercenaires, qui épaulaient l’armée nationale congolaise ou plutôt qui combattaient ŕ sa place.

Images et récits de l’époque évoquent des maquisards aux pieds nus, dépénalisés, des Simbas féroces, couverts d’amulettes, qui prenaient les Européens en otages, les tuaient et parfois les mangeaient. Cependant, lorsque aprčs la reprise de Stanleyville par les troupes gouvernementales les Simbas et leurs chefs fuient vers le nord et traversent la frontičre soudanaise, ils ne sont pas aussi désorganisés ni aussi démunis qu’on se l’imagine dans le camp d’en face. Ils se replient en bon ordre et, dans leurs camions, emportent un lourd trésor de guerre, un butin composé de lingots d’or et d’argent, de caissettes de diamants, de sacs de cassitérite et autres métaux précieux, des devises, dont des francs belges.

Ils emportent aussi des défenses d’éléphant, des peaux de léopard, des véhicules et des armes qui leur ont été données par les Chinois. L’or a été saisi dans les banques locales, mais surtout dans les sičges d’exploitation des mines d’or de Watsa et de Kilo Moto. Lorsque l’armée vaincue, dirigée par le général Nicolas Olenga, arrive ŕ Juba, la capitale du Sud-Soudan, elle est accueillie par le commandant soudanais de la place, le général Bechir, un officier promis ŕ un brillant avenir puisqu’il est aujourd’hui président du Soudan.

Ce dernier enregistre les avoirs de ses hôtes et les aide ŕ les transférer par avion vers la Banque nationale du Soudan. Un avocat soudanais, Me Anwar Adham, assiste ŕ l’opération et le gouverneur de la Banque, M. El-Sid El-Fid, délivré aux rebelles un reçu en bonne et due forme, attestant qu’il a bien reçu un premier lot de 27 tonnes d’or. D’autres livraisons suivront, dont 8 tonnes d’or, déposées en 1965. Le trésor transféré au Soudan s’élčvera au total ŕ 36,6 t d’or fin sous forme de lingots, 37 kilos de diamants de joaillerie ainsi que 66 défenses d’éléphant.

A la męme époque, 9 tonnes d’or sont également déposées en Egypte. Il serait faux de croire que ces dépôts ont été effectués en vrac par des rebelles analphabčtes des documents d’époque montrent que, de sa fine écriture, le général Olenga notait soigneusement sur un cahier d’écolier les quelques retraits opérés sur des avoirs soigneusement répertoriés : « Douze malles d’une valeur de 9 880 000 francs pour achat de vivres des Simbas » ou : « Deux caissettes d’argent pour les rations des Simbas »...

Malgré ce trésor de guerre, 20.000 combattants Simbas vécurent au Soudan et en Egypte comme des réfugiés, parcimonieusement aides par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. De nos jours encore, tous ręvent de rentrer au pays, dans un Congo pacifié. Quant aux chefs de la rébellion, ils connurent des destins divers: Pierre Mulele fut assassiné en 1965, dčs son arrivée ŕ Kinshasa, oů il avait été attiré sous prétexte d’amnistie; le général Olenga fut assassiné au Caire; Laurent-Désiré Kabila, aprčs un bref passage au Caire, fonda un maquis sur la frontičre tanzanienne, dans le lieu dit Hewa Bora, qui figure sur l’acte de naissance de son fils Joseph, et connut le destin que l’on sait. (A la tęte d’une rébellion partie de l’est du Congo et soutenue par le Rwanda, il a renversé le régime de Mobutu en mai 1997. Au pouvoir ŕ Kinshasa, il a été assassiné en janvier 2001) Quant ŕ Christophe Gbenye, le président du Conseil national de libération, en froid avec ses compagnons de lutte, il finit par céder ŕ Mobutu et regagna Kinshasa, de męme que Gaston Soumialot, le redoutable leader des Simbas.

Aprčs son retour, Gaston Soumialot fut confié aux bons soins d’un citoyen suisse, Martin Hoffmann, installé au Congo. C’est qu’il fallait ŕ la fois surveiller et protéger le vieux chef rebelle, qui ne dormait que d’un oeil. Et qui refusa toujours de confier ŕ quiconque - et surtout pas aux autorités mobutistes - les dčs de son trésor : seule sa signature pouvait permettre d’accéder aux coffres de la Banque centrale de Khartoum. Pour rien au monde il n’aurait voulu que le « Zaďre » de Mobutu et surtout le chef de l’Etat et son clan, considérés comme des usurpateurs, aient accčs au trésor du Congo révolutionnaire. Menées en 1967 et en 1995, des tentatives de récupération échoučrent. En 1997, Laurent-Désiré Kabila, devenu président ŕ Kinshasa, n’eut pas plus de succčs.

Mais, en 2002, Soumialot, avançant en âge, estima que le temps était venu de récupérer le trésor des Simbas, pour l’utiliser au bénéfice de la population. Toujours méfiant ŕ l’égard de l’autorité étatique, il autorisa Martin Hoffmann, devenu son homme de confiance, ŕ tenter de mettre sur pied une fondation basée en Suisse, l’Association pour le développement sanitaire et social de la République démocratique du Congo, cette derničre étant chargée de récupérer les biens des anciens rebelles et de les utiliser tout d’abord pour permettre le retour au pays des Simbas exilés et ensuite pour lancer des projets sociaux et éducatifs.

Depuis, Hoffmann et son ami, l’avocat valaisan Pierre-André Bonvin, se battent. A Kinshasa, le président Joseph Kabila les a autorisés ŕ poursuivre les démarches et il a financé leurs déplacements. Les deux hommes, malgré leur allure de Suisses bien tranquilles, se sont transformés en détectives. A Mascate, dans le sultanat d’Oman, ils ont retrouvé Anwar Adham, l’avocat soudanais qui avait réceptionné le trésor du général Olenga. L’homme de loi a témoigné de la réalité de ce transfert et produit l’accusé de réception signé ŕ l’époque par le gouverneur de la Banque du Soudan.

A Khartoum, la délégation, grossie par Nestor Diambwana, vice-gouverneur de la Banque nationale du Congo, et par Leonard Beleke, conseiller personnel du président Kabila (limogé depuis), fut reçue par le président Bechir ainsi que par le gouverneur actuel de la Banque du Soudan. Ce dernier feignit d’abord l’étonnement et assura que les dossiers de la banque avaient été détruits par un incendie. C’était sous-estimer la ténacité des deux Suisses: ils se rendirent ŕ la Banque d’Angleterre, qui con servait dans ses archives des doubles des opérations bancaires menées ŕ l’époque au Soudan. Il apparut que le Soudan avait effectué d’importantes ventes d’or et que, fin 1964, de l’or, pour une valeur de 3 millions de francs suisses, avait été transféré vers l’Union des banques suisses pour y ętre transformé en barres et vendu.

Autrement dit, les autorités soudanaises de l’époque s’étaient appropriées en douce les avoirs des rebelles congolais. Aujourd’hui, confrontées aux preuves brandies par les Suisses et par le témoignage de l’avocat soudanais, elles ont reconnu la réalité de ce dépôt d’or et miraculeusement retrouvé une grosse enveloppe « Top secret – Gold from Congo »... Selon Hoffmann, un comité interministériel a été constitué ŕ Khartoum avec pour mission d’étudier cette délicate question. Le Soudan, en effet, est régi par la charia, la loi musulmane, qui énonce clairement que les dépositaires de biens d’autrui sont tenus de les restituer quel que soit le temps écoulé depuis la date du dépôt ou de céder des biens de valeur équivalente. Et la valeur de ce trésor de guerre est aujourd’hui estimée ŕ 1 milliard de dollars...

Colette Braeckman

Tiré de Courrier International n°795

du 26 janvier au 1er février 2006,

repris du Le Soir Bruxelles



Last edited: 07/05/2006 02:07:04

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