Le phénomčne ne date pas d’aujourd’hui. Il est męme séculaire pour ne pas dire caractériel de la musique congolaise moderne. Il s’agit de ce que le commun des mélomanes appčlent « Mabanga » ou encore, « cailloux ». C’est une forme de dédicace d’un genre particulier qui consiste ŕ faire un clin d’oeil ŕ un ami ou ŕ un proche en le citant nommément dans une chanson. Déjŕ, dans les mélodies d’Afric’an Jazz ou d’autres groupes de l’ancien temps, on retrouve ces genres de citations sans savoir qu’ŕ l’avenir, rapproche allait dicter la marche de toute une musique.

Dans « indépendance Chacha », Kallé Jeef et compagnie rendent un vibrant hommage au courage des pionniers de l’indépendance cités dans un refrain devenu classique. A cette époque, la dédicace était le fait de l’artiste lui-męme qui se plaisait ŕ immortaliser ses proches loin de tout marchandage. Cette perception dénuée de tout mercantilisme a longtemps persévéré jusqu’au moment oů la musique congolaise s’est vue gangrenée par le gain. L’approche qui consistait ŕ faire de l’art pour fart s’est vue brisée au contact d’une autre réalité, celle du business. Les années 70 et 80 ont consacré l’avčnement d’une autre Catégorie d’artistes mus par l’esprit du lucre.

La troisičme génération dite génération Zaďko peut ętre considérée comme le porte étendard de ce phénomčne męme si les Rochereau et Kabasele s’y sont aussi trempés sans trop d’engouement. Tous les mécčnes et autres bienfaiteurs qui gravitaient autour du groupe se sont vus immortalisés ŕ travers des tubes ŕ succčs ŕ défaut de se voir abondamment cités dans des chansons. Les titres des chansons sont évocateurs et personnalisés parce que renvoyés ŕ des personnages bien connus. Betito, Ngoss, Muvaro, Etape et nous en passons.

Entre les artistes musiciens et leurs bienfaiteurs s’établissent alors des liens d’affectivité matérialisés par un achat de conscience. Dans ses oeuvres, l’artiste fait l’apologie de son bienfaiteur qui en retour; le gratifie d’espčces sonnantes et trébuchantes. Toutes les célébrités du pays font la cour aux artistes musiciens pour se faire chanter. Zaďko, Viva la Musica, Afriza, Ok Jazz et tant d’autres groupes se mettent alors aux pas de cet épiphénomčne.

De la génération Zaďko, Papa Wemba aura été l’artiste qui aura porté aux nues ce phénomčne prisé par la diaspora congolaise. Koffi Olomide avec Quartier latin fui emboîtera le pas en se démarquant par sa façon de dédicacer. Koffi Olomide y met du charme et la douceur de sorte que la personne citée par lui est vite propulsée au firmament de la célébrité. Et les chansons qu’il dédicace aux tiers s’avčrent des tubes ŕ succčs. Avec Quartier latin, Koffi Olomide aura révolutionné cette approche en misant sur de gros montants. Une simple citation dans une de ses chansons pouvait facilement se négocier autour de 1000 dollars Us voire 2000 dollars us ! Il n’existe toutefois pas une tarification précise ŕ ce sujet car, tout est négocié ŕ la tęte du client au regard de ses moyens financiers.