Remarquable bonne tenue de la situation sociale du Centre d’Orientation Boyeka de la Conader, le premier du genre dans la province de l’Equateur, grâce ŕ la délicate gestion des services alimentaires et de santé par deux femmes dynamiques, tout comme l’aspect sécuritaire dans lequel intervient l’entreprise de gardiennage Delta
La vie au Centre d’Orientation Boyeka de la Conader (Commission nationale pour le désarmement, démobilisation et réinsertion) prčs de Mbandaka dans la province de l’Equateur s’organise de façon remarquable en dépit de difficultés multiples qui caractérisent les services de cette sorte de foyer d’hébergement des ex-combattants congolais démobilisés et conviés ŕ choisir entre la fin de carričre militaire et la poursuite du service sous le drapeau. Plus d’un millier de ces ex-combattants provenant des anciens groupes des belligérants de l’Equateur sont actuellement concentrés ŕ ce centre. La Conader a confié l’encadrement social de ces éléments désarmés ŕ un de ses partenaires dans l’humanitaire, en l’occurrence l’Ong Asodev (Association pour la solidarité et le développement) dont l’animateur principal est l’Abbé Bagaza.
Quand on accčde au site du CO Boyeka, ŕ quelque 8 kilomčtres de Mbandaka, sur la route du Grand Séminaire Bamanya, on découvre un camp fort animé oů sont érigées une quarantaine de grandes tentes dans lesquels sont logés les pensionnaires que sont les ex-combattants désarmés qui y sont emmenés dans le cadre de leur identification pour leur démobilisation totale ou leur affectation dans les camps de brassage pour l’armée intégrée.
Le personnel de l’Asodev se démčne avec une courageuse abnégation pour assurer l’encadrement humanitaire des pensionnaires dont le séjour au centre n’est entaché que du sombre ŕ côté de l’impatience au regard de la prolongation du temps d’attente de la prime de sortie. Deux personnalités féminines se remarquent dans le service alimentaire et sanitaire, en l’occurrence Mme Patricia et Dr Nelly qui expliquent ci-aprčs l’organisation de leurs respectifs services.
Tranquillité au camp pour la bonne alimentation
Parmi les dames que l’on voit s’affairer au C.O., on peut épingler l’une d’elles en la personne de Mme Patricia, responsable du service alimentaire. La concernée, toujours alerte, est réguličrement en navette entre la ville de Mbandaka et le site situé prčs du village Bokala. Abordée, le temps d’une petite pause, entre les incessantes instructions qu’elle donne ŕ ses collaboratrices, Mme Patricia confie ce qui suit : « Dans notre service de l’assistance alimentaire, nous avons 32 femmes comme cuisiničres, 14 personnes (femmes et hommes) chargées de la distribution. Nous avons aussi trois nutritionnistes qui contrôlent la qualité de nourriture que nous serons. A côté de ce personnel, il y a aussi des manutentionnaires et des nettoyeuses ».
« Chaque jour nous nous organisons pour assurer l’alimentation des ex-combattants en leur servant deux repas : un bouilli composé de semoule de maďs mélangé au lait avec du sucre pour le matin, tandis qu’est servi dans l’aprčs-midi un deuxičme met plus consistant généralement appelé repas du soir, un plat variablement composé tantôt de viande servi avec du riz, tantôt du poisson préparé avec des légumes accompagné de la pâte de manioc (fufu) fort prisé par l’ensemble des ex-combattants. Pour assurer ce double service, nous recourons ŕ des équipes des femmes qui viennent aussi bien de Mbandaka que de la localité voisine de Bokala. Une entreprise de sous-traitance nous fournit le bois de cuisine. Quant ŕ la quantité de nourriture que nous préparons, nous l’évaluons suivant le nombre des pensionnaires ŕ servir. Actuellement nous avons au centre 1.290 ex-combattants. Il y a eu auparavant des vagues de 480, de 760 démobilisés. Tout dépend du nombre des ex-combattants ŕ nourrir ».
« L’approvisionnement ne pose pas tellement de problčme, parce que nous sommes suffisamment fournis. Notre dépôt est préparé en conséquence pour contenir tout ce qu’il faut pour assurer un service d’alimentation sans failles. Il y a, il est vrai, quelques difficultés que nous rencontrons quant ŕ l’approvisionnement en aliment local comme les légumes, la farine de maďs et de manioc. Ce que nous trouvons sur le plan local ne couvre pas totalement nos besoins. Nous sommes ainsi contraints de recourir aux approvisionnements venant de Kinshasa pour le cas, par exemple, du riz, des haricots, éventuellement męme de la viande. L’Asodev est organisé ŕ cet effet en mettant ŕ contribution ses représentations de Kinshasa et de Mbandaka pour la coordination de ces approvisionnements ».
Quelques caprices sont toutefois exprimés par certains pensionnaires signalant n’ętre pas satisfaits des plats leur offerts en souhaitant une nourriture plus variée tandis que d’autres boudent notamment le riz auquel ils préfčrent la pâte de manioc. Face ŕ ces désagréments, Mme Patricia déclare ce qui suit : « Les ex-combattants ne veulent jamais exprimer de satisfaction parce qu’ils exigent toujours plus, mais en fait ils sont satisfaits, puisque nous n’enregistrons pas de problčme. Nourrir des militaires, c’est toujours se buter ŕ ce genre de caprices de leur part ».
« En fait, poursuit Mme Patricia, un militaire, si vous ne le nourrissez pas convenablement, vous n’allez pas avoir cette tranquillité que vous trouvez au C.O. Boyeka. Cette tranquillité est d’ailleurs la preuve qu’ils sont bien nourris et bien encadrés. Vous connaissez les militaires, s’ils étaient mal nourris et mal encadrés, vous trouveriez des attroupements, des agitations. Je pense qu’ils sont satisfaits, mais comme c’est souvent le cas avec les Congolais peu habitués ŕ apprécier le service reçu, les ex-combattants se disent que si on remercie, les encadreurs de l’Asodev vont avoir la tęte haute, et voilŕ ! ».
Pour confirmer sa maîtrise de la situation, la responsable du service alimentaire révčle qu’il y a męme des combattants qui se plaisent ŕ retourner se servir deux ou trois fois. « Ils sont, en fait, tellement gâtés, en effet, et puis nous prenons en charge les dépendants des ex-combattants, c’est-ŕ-dire leurs enfants et leurs épouses qui viennent ici parfois pour se faire soigner. Nous nourrissons les enfants, parce que nous avons, par exemple, ŕ l’Espace femme du camp, actuellement 33 femmes militaires qui sont en męme temps épouses de plusieurs militaires, de męme que 33 enfants. Voilŕ des situations que nous sommes en train de gérer, et je crois que s’il y a avait des failles dans ce service, vous n’alliez pas trouver la tranquillité qui rčgne ici ».
Un service de santé irréprochable
S’agissant du service de santé ŕ garantir pour ces importants groupes sociaux d’ex-combattants, une autre personnalité féminine en assume la responsabilité en la personne de Dr Nelly, une jeune dame congolaise formée en Europe et qui s’est pręté ŕ servir dans le C.O. avec un charisme particulier ŕ lui reconnaître l’admirable mérite. Dr. Nelly śuvre avec un collčgue masculin, tous les deux assistés d’une équipe d’une demi-douzaine de prévenantes infirmičres. Tout ce personnel médical relčve aussi de l’Asodev. Beaucoup de cas de malades sont traités dans le service médical concerné qui est logé dans une tente.
« Par jour nous recevons entre 150 et 200 malades, déclare Mme Nelly. La plupart des cas que nous traitons concernent le paludisme, les infections sexuellement transmissibles, les dermatoses, les parasitoses, les cas de diarrhée. Ce sont-lŕ les cas les plus fréquents. Il y a aussi des cas de malnutrition. Comme nous n’avons pas ici un centre de malnutrition, et comme nous faisons partie de la zone de santé de Mbandaka, nous envoyons les malades concernés ŕ la structure de la zone de santé. Par exemple, pour la malnutrition, on envoie ŕ l’hôpital général de Wangata. S’il y a des cas qui nous dépassent, nous envoyons directement ŕ l’hôpital de référence, parce que nous sommes comme un centre de santé qui se réfčre toujours ŕ l’hôpital général ».
Pour le cas du Sida également suspect dans une province qui a vu défiler le plus grand nombre de groupes de belligérants internes et étrangers, Dr Nelly confie ce qui suit : « Nous avons ce problčme aussi, parce qu’il y a beaucoup de malades avec Ist, et, comme vous le savez dans le cas des malades avec Ist, l’Ist étant le boulevard du Sida, ŕ ces malades-lŕ on essaie aussi d’administrer les petits soins appropriés, mais il faut prendre du temps pour qu’un malade puisse aller se faire dépister. Nous avons pensé faire un Cdv (Conseil de dépistage volontaire). On est en train de voir dans la mesure du possible comment réaliser ce service ici chez nous ».
« Nous avons des cas (du Sida) pour lesquels nous avons vu le médecin chef de zone de Mbandaka. Nous devons pour ces cas contacter le Pnls, parce qu’il y a le programme national de lutte contre le Sida ici. Nous allons parler avec le médecin chargé de la lutte contre cette pandémie. On va voir dans la mesure du possible comment organiser ce service-lŕ au sein de notre centre de santé ».
Une particularité du secteur de santé sur laquelle Dr Nelly s’est ensuite prononcée est le cas des femmes victimes des violences sexuelles que l’on signale souvent dans les milieux des groupes armés. « Pour le moment nous n’avons pas eu des cas pareils, a-t-elle déclaré. Mais nous avons des femmes militaires qui sont lŕ avec des cas de grossesses. Nous avons, par exemple, deux femmes enceintes ici, une est męme ŕ terme et va donc accoucher bientôt. Il y a męme une qui a accouché il y a une semaine. C’est ŕ deux jours avant qu’elle n’entre au centre que cette femme a eu son enfant ».
Une autre réalité du męme secteur de santé reconnue par Dr Nelly est celui des enfants accompagnant des soldats et des femmes militaires non mariés. « Oui, il y a des parents qui ont perdu leurs épouses et qui sont ici avec leurs enfants. Ce ne sont pas des enfants abandonnés, mais ils accompagnent leurs papas. Ils viennent ici parce que la maman n’est pas lŕ. Ou c’est la maman qui est ici avec ses enfants. Il y a męme des mamans qui ont deux enfants ou plus ».
La question enfin de l’approvisionnement et du stockage des médicaments dans le recoin du CO Boyeka a été présentée comme suit : « L’approvisionnement se fait ŕ partir de Kinshasa essentiellement. Mais nous recourons aussi ŕ l’approvisionnement local et nous allons voir comment nous organiser en ce sens. Quant au stockage et ŕ la conservation de ces médicaments, un problčme réel se pose, « parce que, a reconnu Dr Nelly, ici il fait trčs chaud, mais nous avons un local que la Conader nous a donné pour ce stockage. Nous avons des médicaments que nous stockons dans un magasin approprié ŕ Mbandaka sous de meilleures conditions de conservation. C’est au fur et ŕ mesure que nous amenons ces médicaments ici pour les besoins des soins journaliers. Quand on emmčne, par exemple, une boîte de paracétamol de mille comprimés, on ne va utiliser les mille comprimés en un jour, évidemment il a rester quelques médicaments que nous sommes obligés de conserver ici au site du Centre d’orientation de Boyeka ».
Interrogé finalement sur le genre de contrat de travail qui lie Dr Nelly au service médical du CO Boyeka, la responsable du secteur de santé du centre concerné a indiqué que : « Nous avons signé un contrat de trois mois renouvelable. Nous sommes au terme du contrat en cours et on va voir si on va le renouveler ou pas, mais cela ne dépend pas de nous. La question est de savoir si nous allons continuer, ou est-ce que Asodev va continuer le projet ou pas ? Si Asodev continue, nous allons renouveler nous aussi, du moins en ce qui me concerne ».
Last edited: 07/05/2006 01:59:05