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Entre la grčve des enseignants et les élections en vue, voici les enfants et adultes de la rue. Ils sont de plus en plus nombreux ces enfants qui ne sont pas nés dans la rue, mais qui habitent dans la rue

Aprčs seulement une semaine d’accalmie, le centre des affaires est ŕ nouveau investi par les enfants de la rue - les fameux « Shegués ». Plus de 400 d’entre eux avaient été interpellés, samedi 5 novembre, par la police sur ordre du gouverneur limogé, Jean Kimbunda Mudikela. Puis détenus ŕ l’ex-Circo devenue Inspection provinciale de la police de la ville de Kinshasa. Sous la pression de l’Unité de la MONUC chargée des droits de l’homme et de la protection des enfants, environ la moitié de ces enfants ont été libérés.

« Jusque lŕ, on ne nous dit pas ce que le gouvernement congolais ou le maire de la ville de Kinshasa comptent faire de ces enfants. Mais nous constatons que la garde ŕ vue a dépassé le délai légal de 48 heures. Cela nous inquičte », déclare, sous forme d’accusation, Sonia Bakar, responsable de la structure.

Ceux qui ont quitté le milieu carcéral ont aussitôt réinvesti le Marché central, plus que jamais menaçants ŕ l’égard des commerçants. Dans la foulée, d’autres ONGs de défense des droits des enfants donnent de la voix, exigeant du gouvernement un « encadrement adéquat », dans les centres de rééducation et d’apprentissage professionnel pour tous ces enfants de la rue, happés, samedi 5 novembre, par la police descendue tôt dans les rues.

L’opération policičre « trčs musclée », dit-on - a été principalement menée dans le périmčtre du Marché central de Kinshasa. On note que cette chasse aux enfants de la rue est intervenue quelques jours seulement aprčs la manifestation bruyante des vendeurs de ce Marché devant l’Hôtel de ville. Des « Shegués » avaient passé ŕ tabac un des leurs avant de dévaliser son bazar. Une véritable razzia qui a provoqué l’ire des petits commerçants de l’avenue Kato, extension du Marché central dans la commune de Kinshasa. Ils avaient décidé de châtier les enfants de la rue si les pouvoirs publics ne font rien face ŕ leur délinquance grandissante.

Coup d’éclat

Ce coup de filet spectaculaire rappelle la rafle, tout aussi musclée, de 2001 aprčs que les « Shegués » aient mis en émoi la Capitale ŕ la suite de la mort d’un des leurs, fauché dans une altercation avec un policier, toujours au Marché central. Alors maire de la ville, Christophe Muzungu, ex-ministre de la Culture et des Arts, décréta une opération des représailles baptisée « Kanga vagabonds » qui se solda par un échec faute d’appui du gouvernement et des męmes ONGs qui revendiquent aujourd’hui un bon encadrement pour ces enfants.

Des milliers d’enfants de la rue furent déportés ŕ Nsele dans les installations en ruines de l’ex-Domaine agricole et industriel présidentiel, DAIPN. L’opération encouragée par la population buta au manque de moyens financiers pour assurer la rééducation et l’apprentissage professionnel de ces enfants. Le plan Muzungu prévoyait la réhabilitation du centre de Mbenseke-Futi dans la banlieue Ouest de Kinshasa ainsi que celui de Madimba dans la province du Bas-Congo. Entre-temps, les milieux de vie des « Shegués », du reste bien identifiés, ont proliféré dans la Capitale au point de se transformer en zones rouges abritant des délinquants.

Les « Shegués » ont acquis une renommée, voire un statut social. Le rapport 2004 de l’ONG belge Alternatives Nouvelles tire la sonnette d’alarme : « si le gouvernement congolais ne prend pas les mesures draconiennes, les enfants de la rue ou Shegués deviendront des criminels de grand chemin dans dix ans. Alors qu’ailleurs le phénomčne est combattu comme un fléau social, en RDC, au contraire, on a tendance ŕ l’institutionnaliser ».

Ce rapport met en cause les vedettes musicales et les dirigeants politiques. « Ils donnent une certaine légitimité aux Shegués qui se vautrent aux abords des grandes avenues quémandant l’obole. L’inaction des pouvoirs publics est ŕ l’origine de la délirante prolifération des milieux des Shegués dans le pays », explique le sociologue Augustin Bwamanda, auteur d’un livre intitulé « la République des Shegués ».

« A Kinshasa comme dans les principales villes du pays, les Shegués font la loi sur la place publique. Ils vivent en groupes constitués comme des vrais Etats avec une organisation sociale et un systčme de pouvoir autour d’un chef supręme », souligne Augustin Bwamanda.

(FP)



Last edited: 07/05/2006 01:56:12

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