Assiégé par le pouvoir qui ne levait pas son emprise sur lui, mis sous haute pression par des mouvements casseurs de grčve, appelé par les Evęques ŕ se tenir ŕ l’écart d’un débat légitime de syndicalistes, l’Archevęque de Kinshasa pris en étau a-t-il soudain feint la maladie pour se délester d’une charge, celle de remettre sans cause les enfants sur le chemin de l’école au risque de se faire cordialement détester par une frange de l’opinion publique ? Une hypothčse que nombre d’esprits bien pensants avancent
En tout cas, son médecin traitant est formel. Au « Soft International », il est catégorique : le cardinal a été checké. « Il se porte comme un charme ».
« Brusque dégradation »?
Alors, comment expliquer cette « brusque dégradation »? Ses proches affirment mordicus que Frédéric Etsou Nzabi Bamungwabi, qui a quitté le CMK lundi dernier, soit un jour aprčs son admission au centre médical, pourrait ętre évacué sur l’Europe pour des « soins médicaux appropriés ». Nouvelle ruse pour accréditer la thčse de la maladie ?
Il semble en tout cas que ses médecins ŕ Kinshasa lui aient recommandé beaucoup de repos. Déjŕ, ŕ Rome, il aurait glissé sur du marbre de sa salle de bains. Il aurait ensuite en Allemagne subi une opération des yeux. Mais son retour au pays a coďncide avec la situation de grčve des enseignants. A peine était-il revenu, le vice-président Arthur Z’Ahidi Ngoma lui rendait visite, mercredi 5, afin d’obtenir son implication dans le dénouement de sa crise. Etsou aurait promis de s’y investir personnellement. Et pour mettre de la solennité ŕ sa déclaration, la messe inaugurale de l’année pastorale était la parade toute trouvée. D’habitude, l’ouverture de l’année pastorale est précédée par une retraite. Le Cardinal, lui, a préféré s’en passer ! - urgence de la situation oblige !. Le pouvoir n’y est pas allé de main morte. La télévision nationale a été mise ŕ contribution en transmettant exceptionnellement cette messe en direct... sur les deux chaînes, dont la fameuse 2.
Simulation ?
Afin que le message du Cardinal soit suivi partout dans le pays. Z’Ahidi, le męme !, par qui le scandale est arrivé, était aux premičres toges. La cathédrale était pleine comme un oeuf. Tout ce que l’église catholique de Kinshasa compte comme gratin était lŕ pour revoir le cardinal et pour... suivre sa déclaration. Tout a bien commencé. Le rituel était réglé comme les aiguilles de la montre pour ne pas fatiguer le prélat malade. Mais voilŕ qu’en pleine homélie, le cardinal Etsou est foudroyé, débout. Les prętres se précipitent sur lui. C’est le chemin du CMK.
Entre-temps, Mgr Dominique Bulamatari continue l’office jusqu’au retour de Mgr Daniel Nlandu, vicaire général de Kinshasa, qui clôture l’eucharistie par la lecture du message pastoral du cardinal Etsou. Il rassure l’assistance : tout va trčs bien ! Plus de peur que de mal. Kinshasa a encore son archevęque. Mais rien n’a été dit sur la grčve des enseignants. Le plus triste de tous est Z’Ahidi, confie une religieuse proche du Cardinal. « Le Cardinal allait ordonner aux enseignants des écoles catholiques de reprendre les cours ŕ partir de lundi 10 octobre », explique un prętre. A l’en croire, « tout a été organisé lors de l’audience de Z’Ahidi chez Etsou ».
Il semble que le cardinal Etsou a écourté son séjour de convalescence ŕ Rome, ŕ la demande du chef de l’Etat pour dénouer la crise de l’enseignement. En obtenant la fin de la grčve dans les écoles catholiques, le gouvernement voulait désamorcer la bombe sociale. Cette stratégie aurait été montée par les proches de Joseph Kabila qui redoutent Mgr Laurent Monsengwo Pasinya, le quasi patron de l’Eglise catholique en R-dCongo. Reçu par Kabila, Mgr Monsengwo avait rappelé la position de l’épiscopat sur la question. Ce qui n’aurait pas plu. Il fallait donc lui opposer le Cardinal qui dans l’ordre de préséance est hiérarchiquement supérieur ŕ Monsengwo.
On sait que Etsou a toujours fait le lit du pouvoir sous Mobutu et sous les Kabila, narguant les évęques et les abbés qui appellent constamment le peuple ŕ revendiquer ses droits de citoyen. Officiellement, le cardinal Etsou a fait une dépression ŕ l’annonce de la mort de l’évęque de Bukavu, Mgr Boka. Mgr Ntandu a expliqué aux fidčles que le Cardinal venait d’apprendre la disparition de son ami en pleine eucharistie. Cela ressemblerait ŕ un feu ŕ la Cathédrale. Cela ne tient pas la route... La nouvelle de Boka avait été connue dčs la veille et diffusée par toutes les radios dčs le matin du culte... Les Catholiques, eux, n’en démordent pas. Ils mettent en cause le pouvoir qui a mis le prélat sous pression.
« Depuis qu’il est lŕ, les délégués de Kabila n’ont cessé de venir ŕ l’archevęché. Męme les gens de la coordination diocésaine des écoles catholiques et de l’APEC », fait remarquer une religieuse de l’entourage du Cardinal. Le curé d’une paroisse de Kinshasa parle plutôt de simulation. « Le Cardinal a été pris de panique en voyant la foule nombreuse et en mesurant l’effet de son message dans l’opinion et surtout auprčs des enseignants. Il fallait alors se rétracter. Voilŕ ! », dit-il. Sous forme d’exhortation, Mgr Nlandu a strictement demandé ŕ tous de respecter le temps de repos de Frédéric Etsou. « A 73 ans, il est affaibli par le « diabčte », rappelle cette religieuse. En 2004, il était quasiment contraint de céder le fauteuil de la Conférence épiscopale nationale. Plusieurs fois, le prélat serait entré en coma. Il ne dirige presque plus l’archidiocčse de Kinshasa. Ce sont ses trois auxiliaires, les évęques Daniel Nlandu, Albert Kisonga et Dominique Bulamatari qui se chargent de son administration. La santé du cardinal Etsou s’était détériorée juste aprčs l’élection de Benoît XVI. Soumis ŕ un repos prolongé au Vatican, le retour d’Etsou n’était pas annoncé avant février 2006.
Nul ne peut aller ŕ l’encontre de l’épiscopat, disent les petits abbés
Avant męme la messe de dimanche 9 octobre, la plupart des évęques et des abbés désapprouvaient l’initiative du cardinal Etsou de prendre position sur la grčve des enseignants en dehors du cadre de la conférence épiscopale nationale.
Dans l’affaire de la grčve des enseignants, que veut l’Eglise catholique ? Que veut Frédéric Etsou ?
Depuis le 11 juillet dernier, la hiérarchie catholique, les princes d’Eglise, en tęte Mgr Laurent Monsengwo Pasinya, ont fait monter la pression. En clair, « la prise en charge des enseignants par les parents d’élčves » est une page déjŕ tournée. En clair, l’épiscopat entend faire appliquer dans tous les diocčses sa décision prise ŕ son assemblée générale de juillet 2004. Quant aux revendications des enseignants, l’Eglise a décidé.
« Le gouvernement doit se montrer sérieux dans l’application des engagements qu’il a pris librement », déclare le président de la conférence épiscopale. Depuis, cette position de l’Eglise n’a jamais changé. Męme si la coordination nationale des écoles catholiques a lancé un appel aux enseignants pour la reprise des cours, dimanche 9 octobre dans la soirée, l’abbé Georges Mutshipayi, coordinateur national des écoles catholiques, a tenu ŕ préciser : « l’Eglise catholique n’a jamais soutenu la grčve des enseignants, mais soutient leurs revendications ».
En rangs serrés.
Cette prise de position intervenant aprčs plusieurs autres met le gouvernement devant ses responsabilités. Il doit négocier principalement avec les syndicats des enseignants et non l’Eglise catholique.
Les enseignants étaient ce lundi 10 ŕ l’assemblée nationale pour exprimer vivement leurs revendications. Le parlement a décidé d’interpeller le gouvernement sur la situation de grčve des enseignants. L’appel lancé par la coordination des écoles catholiques n’a pas été suivi.
Les écoles étaient désertes ŕ Kinshasa. Les enseignants exigent toujours l’application du barčme de Mbudi. Déjŕ les « petits abbés » de Kinshasa se mettent en rangs serrés derričre Mgr Monsengwo pour dénoncer la démarche du cardinal Etsou. Comme en février 1992 quand ce dernier rampait ŕ contre courant de la volonté populaire qui réclamait la réouverture de la Conférence nationale souveraine. S’il ne peut pas engager l’Eglise du Congo, le cardinal Etsou peut, tout au moins, engager celle de Kinshasa en tant que son archevęque. « Il faut que le bien des enfants passe au-dessus de tout », a plaidé Arthur Z’Ahidi Ngoma auprčs de lui. Etsou est ému.
« Si le cardinal avait passé ce message, il allait se disqualifier. La position de l’Eglise est connue et a été prise par les évęques réunis en assemblée générale. Il n’appartient pas ŕ qui que ce soit, ni au président de la CENCO, Mgr Monsengwo, ni męme ŕ lui, le cardinal Etsou, d’aller ŕ l’encontre de cette position », a déclaré aux fidčles dans son homélie le curé d’une paroisse de Bumbu. Et de faire fort : « Une position contraire ne passera pas. Nous ne pouvons plus accepter que la souffrance des Congolais s’accentue pour des intéręts égoďstes. Si nous sommes prętres, c’est parce qu’il y a une population ŕ qui nous pręchons la prospérité, la paix... Elle nous fait confiance et croit en nous. Si des Congolais réclament leurs droits les plus légitimes, nous ne pouvons que les soutenir ».
Last edited: 07/05/2006 01:50:13