Les négociations en cours entre les syndicats des enseignants et le Gouvernement afin de décanter la situation de la grčve des enseignants ont conduit une partie de l’opinion nationale ŕ se faire une idée de la valeur de certains syndicalistes. Certains syndicalistes en effet au lieu de discuter franchement, se fondant sur la réalité des faits, se laissent simplement entraîner par des politiciens et autres acteurs de la Société civile
Sous la présidence du vice-Président de la République en charge de la Commission Sociale et Culturelle du gouvernement de Transition, Arthur Z’Ahidi Ngoma, le comité de suivi des Accords de Mbudi s’est réuni samedi 8 octobre 2005. Se sont retrouvés face ŕ face ŕ la résidence officielle du vice-Président de la République, les membres de la coordination des syndicats de la Fonction Publique et les ministres ou leurs représentants du Travail, de la Fonction Publique, du Budget, des Finances, de l’Enseignement Supérieur et Universitaire. Au menu des discussions : la reprise des négociations sur le désormais célčbre barčme de Mbudi, convenu voici quelques années entre les syndicats de la Fonction Publique et le gouvernement de la République représenté par Arthur Z’Ahidi.
Durant prčs de deux heures, les parties en présence ont essentiellement débattu des modalités procédurales et de la méthodologie pouvant leur permettre de mener ŕ bon terme les travaux. Selon le ministre Balamage Nkolo du Travail et de la prévoyance sociale, le principal acquis de la rencontre de samedi dernier est la reprise des négociations qui seront finalisées ŕ Kisantu au Bas-Congo le 17 octobre 2005. D’ici lŕ, il a été prié aux dirigeants syndicaux de préparer un cahier des charges harmonisé ŕ présenter ŕ la partie gouvernementale en temps utile pour les discussions de Kisantu.
Du côté syndical, représenté par les huit plates-formes qui avaient pris part aux discussions de Mbudi, les impressions annoncées ŕ la presse semblaient positives. « On a noté une volonté d’ouverture », a déclaré ŕ la presse, Emmanuel Nsala Beloko, le porte-parole du groupe. Avant de préciser que les syndicats n’entendaient « …pas négocier mais discuter des modalités d’application du barčme de Mbudi ».
Tout a donc été pour le mieux, samedi 8 octobre ŕ la reprise des négociations entre le banc syndical et la partie gouvernementale. La liberté des échanges, l’esprit d’ouverture des parties, arrosés par la prestation heureuse de l’équipe nationale de football ŕ Durban, dont les exploits avaient arraché les hourrah des syndicalistes en pleines discussions, ont ajouté ŕ la détente dans l’atmosphčre des échanges. Reste la suite.
Un syndicalisme singé de l’Occident, sans esprit d’imagination
Tout le monde le sait, les syndicats revendiquent hic et nunc l’application du barčme négocié avec le Gouvernement. « Mbudi ou rien ! », entend-on scander lors des assemblées générales et autres prestations de la plupart des organisations des travailleurs. Il s’agit du tableau barémique qui accorde 208 USD ŕ l’huissier. Plusieurs politiciens et activistes de la Société civile, et pas des moindres, prennent d’assaut les rédactions de la presse pour faire chorus en incitant sur tous les tons les syndicats ŕ « ne pas céder d’un iota ». Pour peu qu’ils suivent la marche des affaires du pays, tous savent pourtant, qu’ŕ l’heure actuelle, dans le cadre du budget en cours d’exécution, l’Etat congolais, pays véritablement « pauvre et trčs endetté » (PPTE) du fait de la mauvaise gouvernance des quarante derničres années et de la guerre n’est tout simplement pas en mesure de dégager une telle base salariale x 1.300.000 fonctionnaires, agents et contractuels qui émargent au Trésor public. La sommation d’une telle exigence donnerait le tournis aux plus généreux : 270.400.000 de dollars Us par mois, soit 3 milliards 244 millions de Fc pour l’exercice budgétaire annuel !
Ce montant que d’aucuns sollicitent « sans délai parce que le gouvernement s’est engagé » est une illustration de l’irréalisme de certaines revendications. « Il n’y a qu’ŕ réduire les émoluments des membres des institutions politiques pour y arriver » argue-t-on. Faux ! Męme en privant Députés, Sénateurs, Ministres et membres de l’Espace présidentiel de tous leurs revenus salariaux, il ne sera pas possible de répondre ŕ cette exigence. Un petit calcul élémentaire suffit pour s’en rendre compte. Le chef de l’Etat touche des émoluments s’élevant ŕ 10.000 USD/mois (sa liste civile relevant de la rubrique budgétaire « fonctionnement ») ; les 4 vice-Présidents de la République, qui touchent chacun 6.000 USD/mois gagnent ensemble 24.000 USD/mois. Avec eux les deux présidents des chambres du Parlement qui ensemble ont droit ŕ une enveloppe salariale de 12.000 USD/mois. Les 620 parlementaires reçoivent chacun des émoluments de l’ordre de 1.500 USD x 620 personnes, soit au total 930.000 USD/mois. Il faut encore ajouter la quarantaine des ministres qui ont 4000 USD/mois chacun. La sommation de l’ensemble de ces montants, divisée par les 1.300.000 employés de l’Etat congolais ŕ un titre ou un autre se révčle infinitésimale, voire ridicule pour quiconque pense résoudre de la sorte ce problčme.
Les syndicalistes, parmi lesquels se comptent des administratifs rôdés n’ignorent rien ou presque de cette donne. Le vrai problčme se trouve dans la capacité de l’Etat congolais ŕ mobiliser suffisamment de recettes pour résoudre ses problčmes. Cette capacité en est aujourd’hui ŕ la portion congrue. Or, sur ce point précis, chaque Congolais, le fonctionnaire compris, porte une part de responsabilité. Combien parmi la soixantaine de millions de Congolais paient encore l’impôt dans ce pays ? Et lorsqu’elles paient, quelles sont les entreprises qui ne tripotent pas avec les montants dus au fisc ou aux douanes… avec la complicité des męmes fonctionnaires ? En d’autres termes, quelle est la productivité réelle du travailleur fonctionnaire congolais qui lui confčre le droit de réclamer son dű ?
Les syndicats congolais singent, trop imparfaitement et de maničre caricaturale, les syndicats des pays occidentaux qui les patronnent et leur offre non seulement un soutien logistique mais aussi des modčles de fonctionnement ŕ travers les stages et séminaires de formation. En Europe, les problčmes de la productivité et du rendement des travailleurs sont déjŕ résolus. Outre Atlantique, la question qui se pose est celle de la redistribution de la richesse qui existe et qui est le produit du travail de tous. Force est de constater que tel n’est pas encore le cas en République démocratique du Congo oů la production demeure une chimčre. Le déclenchement et l’observation des grčves est illustratif ŕ cet égard. Ils s’effectuent dans une parfaite méconnaissance des principes syndicalistes les plus sacrés.
Notamment, celui qui veut que le syndicat qui appelle ŕ la cessation de la production (du travail) doit pouvoir ętre en mesure de se charger de la rémunération de ses membres pendant toute la période de la grčve. Ainsi, de septembre ŕ octobre 2005, l’arręt du travail dans le secteur de l’enseignement primaire et secondaire devrait ętre en principe pris en charge par le Syndicat des Enseignants du Congo (Syeco) et le Syndicat National des Ecoles Conventionnées Catholiques (Synecat) ! En cette matičre comme dans d’autres, il n’existe pas que des droits. Les organisations syndicales ne sont pas exemptées de cette obligation.
Pour un syndicalisme progressiste, réaliste et de participation
Pourtant, ce ne sont pas des exemples ŕ suivre, propres aux pays en voie de développement comme la RD Congo qui manquent. Comme ce syndicalisme asiatique qui repose sur le principe de la participation active des travailleurs ŕ la productivité et ŕ la rentabilisation des entreprises, étatiques fussent-elles et qui ŕ ce titre confčre comme un droit de regard des travailleurs sur la redistribution du produit de tous en échange d’une priorisation de la rentabilité et de la productivité, quels que soient les litiges. C’est ce syndicalisme qui a permis ŕ des pays comme la Malaisie, Singapour ou la Corée du Sud de devenir les « dragons » de l’économie mondiale tout en ayant pratiquement les męmes problčmes structurels que ceux de notre pays.
S’agissant des syndicalistes RD Congolais, la question est gęnante mais devrait devoir finir par ętre posée : peut-on revendiquer des revenus sans les produire ? La réponse ŕ cette interrogation ne peut se situer au-delŕ d’une attitude de modération constructive. Chez nous tout est ŕ faire ou ŕ refaire. A commencer par la mobilisation des recettes susceptibles de soutenir les dépenses de l’Etat, dont la paie des fonctionnaires de l’administration publique. Agir autrement relčverait de la démagogie et de singeries ridicules.
Last edited: 07/05/2006 01:50:10