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Kamel Morjane reste optimiste

Kinshasa, 21/07/2001 / Politique
C'est comme ça qu'ils pourraient imposer leur point de vue à tous ceux qui leur veulent du bien ou du mal.

Rfi: M. Kamel Morjane, vous êtes le Représentant spécial de Kofi Annan en République démocratique du Congo depuis bientôt deux ans. Vous arrivez au terme de votre mission. Vous vous êtes adressé aujourd' hui au Conseil de sécurité de l'Onu. Quel bilan tirez-vous de la fraction aujourd'hui?

K. Morjane : Je pense que je laisserais certainement aux autres de tirer le bilan. Mais si je dois voir la situation telle qu'elle est aujourd'hui, comparée à celle que j' ai trouvée en Rdc lorsque je suis parti là-bas en décembre 1999, certainement, nous avons fait un bon bout de chemin, même si nous ne sommes pas arrivés au bout de ce chemin. Le chemin est très long. Il faut certainement s'attendre à d'autres difficultés , à des embûches. Mais comparé à ce qu'on avait, nous avons amélioré la situation avec la coopération de toutes les parties avec les meilleures relations que nous avons aujourd'hui avec nos partenaires.

Rfi : Vous dites qu'il y a encore de progrès à faire. Les progrès les plus importants qui restent à faire, selon vous, c'est dans quel domaine?

K.M. : Je pense en particulier à cette question de désarmement, démobilisation, réinstallation, réhabilitation des groupes armés. Ça, c'est quand même une action qui nécessite certainement de la part des Nations Unies beaucoup d'attention, beaucoup de moyens, beaucoup d'efforts. Le retrait des troupes étrangères, ça aussi, c'est un objectif pour la prochaine phase de la Monuc. Démilitarisation de Kisangani, la navigation sur le fleuve... Je pense que tout ça est certainement pour la prochaine étape. Mais il faudra surtout commencer à penser à l'avenir plus lointain, à savoir la reconstruction du Congo et la nécessité d'avoir une vision pour ce grand pays.

Rfi : Le Conseil de sécurité s'est particulièrement préoccupé par la question de démilitarisation de la ville de Kisangani, le fait que le Rcd/Goma refuse de quitter la ville, de démilitariser la ville, et parvienne à en faire son quartier général. Est-ce que vous pensez que c'est un problème grave pour le processus de paix?

K.M.: Certainement, le Conseil de sécurité insiste sur la démilitarisation. Je dois dire que l'année dernière, on avait discuté et négocié avec le Rcd pour la démilitarisation. Nous étions arrivés même à un compromis tout à fait acceptable. Cela n'a pas été possible d'être appliqué pour d'autres questions, pour d'autres raisons, à savoir qu'à l'époque, la Monuc n'était pas encore là et on se posait même des questions sur son avenir au Congo. Je crois que la situation est différente aujourdhui. Et si le Conseil de sécurité revient sur cette question, j'espère que nous arriverons à faire accepter au Rcd de démilitariser effectivement Kisangani, d'avoir une présence des Nations Unies sur le plan militaire à Kisangani. Maintenant que le Rcd décide d'avoir son quartier général à Kisangani, je ne crois pas que cela pose problème. Ce que nous voulons, c'est plutôt de ne pas avoir des armes à Kisangani.

Rfi : La situation des civils est particulièrement préoccupante dans le Kivu, dans les zones de Beni et Butembo, dans le North-Est. La société civile de là-bas vous a envoyé des lettres pour réclamer l'envoi des observateurs. Est-ce que vous leur avez répondu? Si oui, quelle a été votre réponse?

K.M.: Nous sommes en train de considérer la possibilité de déployer plus d'observateurs militaires, y compris dans la région de la province Orientale. Nous avons mentionné cela à monsieur Jean-Pierre Bemba, le présid du Mlc-Flc. Nous pensons aussi la même chose pour le Kivu et nous avons mentionné cela au Rcd. Je crois que dès que nous avons les garanties de sécurité pour nos obsevateurs, ils seront envoyés dans ces régions.

Rfi: Les Maï-Maï, notamment le général Padiri, demandent à être associés au processus de négociation. Est-ce que vous pensez qu'il faut leur accorder ce droit ou bien, au contraire, il faut les considérer comme les forces négatives?

KM. : Il est vrai que les Maï-Maï n'ont pas un statut en ce qui concerne l'Accord de Lusaka. Ils ne sont pas considérés, si vous regardez la liste des groupes armés, comme un groupe armé qu'il faut désarmer, puisqu'ils sont des Congolais. De l'autre côté, ils ne sont pas reconnus en tant que tel, en tant que mouvement politique et par conséquent ne sont pas impliqués ni dans l'Accord de Lusaka ni dans le processus. Je pense que l'initiative prise par le Mlc d'engager un dialogue est une bonne chose, et certainement, nous devons réfléchir à cela, y compris des parties à l'Accord de Lusaka pour voir la meilleure façon aussi d'éviter que les Mai-Mai continuent à être seulement un groupe armé qui lutte, ils le disent, contre la présence armée étrangère, mais peut être plus positive pour la reconstruction de la paix et de la démocratie au Congo.

Rfi : Après deux ans quasiment dans la région, vous commencez à bien connaître les principaux acteurs sur place. Est-ce que vous êtes d'accord avec le ministre belge des Affaires étrangères, Louis Michel, qui dit qu'au Congo, il y a des gens qui ne tiennent pas vraiment à ce que le dialogue démarre?

KM. : Je ne sais pas s'il y a beaucoup de gens qui ne tiennent pas à ce que le dialogue démarre. Mais certainement aujourd'hui, ce dialogue ne va pas à la vitesse qu'on aurait souhaité, c'est clair. Et malgré les efforts du président Masire, il est clair que si on veut une solution au conflit congolais, c'est les Congolais eux-mêmes qui doivent commencer effectivement à dialoguer entre eux, mais surtout à revoir leurs priorités. C'est très facile toujours de penser que la communauté internationale, les Nations Unies, les étrangers, doivent être là pour aider. Mais, je crois que même dans la région, ce qu'il faut pour les Congolais, c'est de se retrouver entre eux, régler leurs problèmes entre eux. C'est comme ça qu'ils pourraient imposer leur point de vue à tous ceux qui leur veulent du bien ou du mal.



Last edited: 07/05/2006 00:04:47

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