Malheureusement, la démilitarisation de Kisangani est demeurée jusqu'ici un voeu pieux
Le représentant spécial de Kofi Annan en République démocratique du Congo (Rdc), le tunisien Kamel Morjane et le Président du Rassemblement congolais pour la démocratie (Rcd), M. Adolphe Onusumba, se sont séparés à queue de poisson au terme des débats qu'ils ont eus le week-end dernier à Goma, au sujet de la démilitarisation de la ville-martyre de Kisangani, chef-lieu de la Province Orientale.
En effet, le Conseil de sécurité des Nations Unies, par sa résolution 1304, avait demandé à toutes les armées étrangères déployées à Kisangani, de quitter cette ville sans poser des préalables. Cette même décision concernait également les troupes rebelles du Rcd/Goma.
Malheureusement, la démilitarisation de Kisangani est demeurée jusqu'ici un voeu pieux. Car des sources concordantes affirment que les militaires rwandais et ougandais ne sont jamais partis du chef-lieu de la Province Orientale. Ils y sont et y restent. Et, dans leur stratégie de simuler l'attention de la Communauté internationale, ces contingents de forces étrangères d'invasion se promènent en tenue civile !
Outre les militaires rwandais et ougandais, ceux du Rcd se considèrent en territoire conquis. Qui plus est, ce mouvement rebelle est déterminé à installer son Quartier général à Kisangani. A la lecture de la littérature sur la situation en Rdc, il appert que le Rcd/Goma se trouve réconforté par la Résolution 1355 du Conseil de sécurité. Au terme de cette décision, il a été reconnu au Rcd/Goma, le droit d'administrer la ville de Kisangani sur le plan civil. S'appuyant ainsi sur cette résolution qui lui confère un avantage réel, celui d'administrer la ville de Kisangani, le Rcd n'entend plus faire des concessions. Ce qui veut dire en d'autres termes que sa personnalité civile a été «validée» par le Conseil de sécurité !
Quand deux éléphants se battent, c'est...
Une sagesse bantoue nous renseigne que quand deux éléphants se battent, c'est l'herbe qui paye le pot cassé. Par analogie, nous disons simplement que pour ce qui est le contexte de Kisangani, les deux éléphants sont aujourd'hui la Monuc et le Rcd. En ce qui concerne la population boyomaise, elle représente alors cette herbe qui paye le lourd tribut.
Selon des informations en notre possession, la population de Kisangani vit encore dans une sorte de psychose permanente. La pêche et autres activités agricoles n'ont pas encore repris leur rythme habituel après que des milliers de personnes aient succombé à l'issue des affrontements ayant opposé les militaires rwandais et ougandais, voici bientôt une année. Pourtant, ce sont ces deux principaux domaines que sont la pêche et l'agriculture qui constituent les activités de base de la population paysanne. Voilà qui indique clairement qu'à Kisangani la vie humaine est menacée. Et nos sources ont même confirmé qu'il ne serait pas exagéré de dire que la population poursuit son chemin de misère ! encore ici, un constat malheureux qui contraste avec les réalités géographiques de cette partie du territoire congolais.
La balle dans le camp du Conseil de sécurité
La situation reste encore confuse à Kisangani. Nous nous exprimons en ces termes au regard du conflit du compétence qui y a élu domicile. Une chose est alors certaine. C'est que jusqu'au moment où nous mettions sous presse, il y a deux forces manifestement visibles à Kisangani. D'une part, les troupes onusiennes et de l'autre, celles du Rcd qui n'entendent pas se plier à la décision du Conseil de sécurité, sous-prétexte que cette même ville est leur conquête.
Face à ce qui précède, l'on se demande ce qu'il faut faire et qui doit le faire ? Eh bien, l'opinion ne doit pas transiger sur le bon sens et encore moins, sur l'évidence, quelle que soit la subtilité des arguments avances par le Rcd. D'où, la balle se trouve présentement dans le camp du Conseil de sécurité des Nations Unies. En sa qualité d'organe d'exécution de l'Onu, il appartient donc au Conseil de sécurité d'user de la contrainte vis-à-vis du Rcd afin de faciliter le bon déroulement des opérations sur le terrain. Comment peut-on comprendre qu'un mouvement rebelle fut-il soutenu par de grandes puissances ou de lobbies non autrement identifiés, parvienne à lancer un défi au Conseil de sécurité ? C'est tout dire !