Dans vingt-cinq jours, il fera exactement une année jour pour jour depuis que l’annonce de la mise en circulation de grosses coupures de Franc congolais a été faite
La derničre annonce, qui n’était pas publique, faisait croire ŕ l’émission desdits billets au plus tard fin juillet. En attendant le moment propice, ce qui ressemble au jeu du chat et de la souris risque de tourner contre l’objectif de stabilité des prix et du taux de change recherché par la Bcc, du fait des anticipations (inflationnistes) auto-réalisatrices des agents économiques. A quand la fin du dilemme ?
A l’occasion de la présentation officielle, le vendredi 27 septembre 2004 au Grand Hôtel Kinshasa, du Plan Stratégique du développement de la Banque centrale du Congo et du systčme financier national, l’autorité monétaire avait annoncé entre autres l’élargissement de l’éventail fiduciaire par la mise en circulation prochaine des billets de 1000 ; 2000 ; 5000 ; 10.000 ; 20.000 et 50.000 Fc, prčs bien entendu l’émission de 200 Fc en septembre 2003 et de 500 Fc en mars 2004. Cette perspective a été évoquée une fois de plus au début de l’année 2005 lors de la présentation des pistes de solutions au problčme de déficit structurel du compte d’exploitation de la Banque dans le cadre des mesures visant ŕ restaurer la stabilité du cadre macroéconomique.
A ce propos, il a été dit notamment que « s’agissant particuličrement du seigneuriage, la mise en circulation des coupures ŕ valeur faciale élevée par la Banque centrale devra permettre, ŕ l’instar d’autres banques centrales, de gérer des revenus supplémentaires, de coűt d’impression et de transport des signes monétaires ainsi que d’assurer la commodité des transactions ». Avant de préciser que « néanmoins, la mise en circulation en 2005 de ces coupures demeure bien entendu subordonnée ŕ la stabilisation du cadre macroéconomique et devra se faire selon les rčgles de l’art en la matičre, ŕ l’instar de ce qui fut fait lors du lancement des coupures de 200 et 500 Fc ».
Attentes interminables
Dans vingt-cinq jours, il fera exactement une année jour pour jour depuis que l’annonce de la mise en circulation desdits billets a été faite pour la premičre fois, sans que qu’aucune de ces coupures ne soit mise en circulation.
Cependant, derničrement encore, ŕ la suite de la séance de restitution du séminaire d’évaluation gouvernementale faite par la commission économique et financičre (Ecofin) au cours de laquelle l’autorité monétaire avait fait savoir que les billets de 1000 Fc et 5000 Fc étaient déjŕ disponibles, mais n’attendaient que le moment opportun pour ętre émis, les informations en provenance de la Banque centrale faisaient état de la mise en circulation de ces billets prévue pour fin juillet 2005.
Et qu’au niveau de la préparation logistique, la Bcc procédait ŕ l’évaluation du dispatching desdits coupures suivant l’importance économique de chaque province du pays, ŕ la préparation des avis au public et ŕ la répartition de tous les billets sur l’étendue du territoire national par le comité des billets de banque.
Mais le retard que commence ŕ prendre de nouveau la mise en circulation des billets qui sont déjŕ disponibles et donc qui ne posent pas ŕ priori des problčmes de type coűt d’impression, commence ŕ susciter des interrogations dans le chef des observateurs avisées. Ceux-ci redoutent d’ailleurs, qu’ŕ force d’hésiter pour des raisons habituelles tenant ŕ la stabilité macroéconomique, la Bcc finisse par la compromettre en finançant par émission monétaire les dépenses comparativement plus élevées liées ŕ l’impression et au transport de seuls billets qui circulent déjŕ.
A moins que dans ce retard, la Banque ne cherche, en réalité qu’ŕ bénéficier pleinement de l’effet de surprise des agents économiques.
Etant donné que le problčme lié ŕ l’impression des billets de 1000 Fc et 5000 Fc pour ętre pour le moment considérer comme réglé, recherchons dans la situation du marché les raisons éventuelles des hésitations de la Banque centrale.
La derničre semaine de juillet 2005 a été caractérisée par une légčre décélération du rythme de formation des prix intérieurs. Le taux d’inflation hebdomadaire est tombé de 1,97% ŕ 1,29% de la semaine du 15 juillet ŕ celle du 22 juillet. Tandis que sur le marché de change, la situation s’est nettement améliorée. Depuis trois semaines, le taux de change du Franc congolais par rapport au dollar américain est stable autour de 490 Fc pour un dollar. Mais ces évolutions favorables demeurent encore fragiles étant donné surtout qu’elles sont intervenues un mois ŕ peine aprčs les agitations que les marchés avaient connues. La fragilité de la stabilité du cadre macroéconomique actuelle peut donc, dans une certaine mesure, expliquer le report de l’émission des coupures ŕ valeur faciale élevée, question d’éviter de mettre la poudre au feu.
Les émissions monétaire au centre du débat
Chaque fois que l’on évoque la problématique de la stabilité des prix et du taux de change, figurent en ordre utile le rôle joué par les émissions monétaires, quelles que soient les coupures. Les émissions sont généralement considérées comme le principal levier de demande de devises, partant de la dépréciation éventuelle du taux de change, laquelle entraîne la hausse des prix. Dans ce cas de figure, toute solution tendant ŕ ramener le calme sur les marchés passent inévitablement par l’arręt des émissions monétaires (si ce n’est pas la vente des devises sur le marché de change), mais qui reprennent de plus bel quelque temps aprčs. Certains finissent d’ailleurs par se demander si ces émissions sont vraiment incontournables ?
Partant de ce tableau, on peut se permettre d’affirmer que le Bcc n’a jamais réussi ŕ arręter les émissions monétaires pendant plus d’un mois, et d’ailleurs les quelques arręts enregistrés ont eu lieu en 2005. Il en découlent les émissions monétaires sont inévitables. Elles interviennent pour diverses raisons : remplacer les billets de banque jugés impropres ŕ la circulation ; liquéfier les dépenses courantes de l’Etat ; liquéfier les dépenses courantes de la Banque centrale ; liquéfier les avoirs libres des banques,... Il convient de noter ŕ ce propos que depuis le mois de novembre 2004, aucune émissions monétaire a trouvé son origine dans le remplacement des billets détruits.
Sachant que les émissions sont inévitables, il devient alors possible, dans la recherche de solutions tendant ŕ en minimiser le coűt de concevoir l’élargissement de l’éventail fiduciaire en y introduisant les coupures dites ŕ valeur faciale élevés.
Lors de l’émission de billet de 500 Fc en 2004, il ne représentait 0,5% du volume de billets en circulation. Cette faible pondération a probablement joué un rôle déterminant dans la relative stabilité des prix et du taux de change durant les quatre mois qui ont suivi l’émission.
D’aucuns pensent d’ailleurs qu’en s’appuyant utilement sur certains éléments qui ont constitué les piliers de succčs de l’injection de 200 Fc et 500 Fc, et qui demeurent pertinent actuellement, l’on peut se permettre de mettre aisément, toutes choses égales par ailleurs, en circulation les grosses coupures déjŕ imprimées.
Des observateurs avisés estiment par contre que parmi ces choses qui sont censées ętre égales par ailleurs il y a la psychologie des acteurs qui jouent un rôle trčs capital. Il suffit par exemple qu’ils croient, ŕ tort ou ŕ raison, que ces coupures vont entraîner l’inflation, pour que par le jeu des anticipations leur prophétie s’auto-réalise. D’oů la nécessité pour la Bcc de rechercher ŕ surprendre les agents économiques en injectant brusquement les coupures de 1000 Fc et autres, de façon ŕ limiter leur temps d’anticipation.
Mais ce jeu du chat et de la souris peut entre-temps se faire au détriment de la Banque. Elle va continuer ŕ recourir aux émissions monétaires pour des raisons ci-haut évoquées mais ŕ des coűts malheureusement plus élevés.
(Jdn)
Last edited: 07/05/2006 01:41:37