Numerica: D’oů provient l’inspiration de ce conte ?

Julie Mujinga: Je me suis inspirée d’une chanson qu’on a toujours chantée dans les profondeurs du village de Kasaď Occidental. « Mbombo Mulengele » est la chanson qui met en exergue la beauté d’une femme. A travers ce conte, j’ai voulu dire que quel que soit le charme ou la bonne apparence que peut avoir une femme (Africaine, Européenne...), il y a toujours en elle un tort. C’est pourquoi j’ai utilisé l’image du serpent pour le symboliser.

Num : Les réactions du public n’avaient-elles pas emmené quelques modifications dans votre lecture du conte ?

JM: Non, surtout pas du tout. Vous savez, j’ai environ 28 ans d’expérience professionnelle. Ce n’est pas que j’apprends ou découvre alors que je suis sur scčne. Moi, je suis une comédienne qui sait gérer le public. Donc, je suis vraiment habituée ŕ ces acclamations et ovations du public.

Num : Pourtant les conteurs utilisent la « Sanza » qui est un instrument de prédilection. Julie a, quant ŕ elle, utilisé le « Ngongi »...

JM: Dans le Kasaď oů je suis née, nos parents se mettent autour du feu pour raconter une histoire. Pour que cette histoire soit retenue dans la mémoire de ceux qui l’écoutent, cela ne nécessite pas un instrument de prédilection. Si j’ai utilisé le « Ngongi » (Instrument en forme d’entonnoir, appelé en tshiluba « Ludibu », utilisé trčs souvent dans les cérémonies ancestrales lors de la célébration de la naissance des jumeaux ou les enfants appelés « Ngalula » (enfants puînés), c’était pour essayer d’illustrer aussi le conte lui-męme qui est « Mbombo Mulengele ». Mbombo était une fille extraordinaire. C’est la plus belle fille que le roi avait eue de l’Union de toute les femmes ou concubines. Et j’estime ętre la premičre comédienne dans le théâtre kinois ŕ l’utiliser.

Num: Julie Mujinga a environ 28 ans d’expérience et Astrid Mamina n’a pas encore 10 ans d’expérience. Parlez-nous de cette symbiose de génération ?

JM : Vous savez, j’aime toujours la symbiose entre la jeunesse et la vieillesse. Je ne suis pas complexée dans le travail ou de suivre les instructions d’une jeune fille que j’estime trčs courageuse. Astrid est une fille courageuse. Lorsqu’elle avait une année, moi j’avais 18 ans et j’avais commencé mes études ŕ l’Institut national des Arts (Ina).

Mais, dans le travail, Astrid fait preuve d’un courage extraordinaire. Elle a en son compte des réalisations congolaises et internationales. Au Festival International de l’Acteur (Fia), elle a mis sur scčne un grand auteur et un grand acteur notamment Philippe Blasband et Kabongo. Et, c’est ma deuxičme fois de travailler avec elle. C’était dans la pičce théâtrale de Jean Luc la Garce « j’étais dans ma maison, j’attendais que la pluie vienne ».

Num : Quels sont vos projets ?

JM : Je voudrais changer de cap. Je veux maintenant donner aux jeunes mon expérience professionnelle. Parce qu’il faudrait au moins qu’on retrouve dans ce pays, des femmes repčres. Et nous sommes entrain d’écrire l’histoire du théâtre de ce pays, la RD Congo. Et nous l’écrivons avec ce que nous faisons. Si aujourd’hui on parle de Moličre en France, il faut qu’ŕ l’avenir, les gens se réfčrent ŕ nous pour parler du théâtre congolais ou Africains.