Le dollar américain s'échangeait hier à plus ou moins 295 FC. C'est une évolution positive de la monnaie nationale, près d'un mois et demi après l'annonce des mesures économiques annoncées par le gouvernement le 26 mai dernier. Il est normal que le gouvernement se réjouisse de ce qui peut être considéré comme une belle performance.

Des spécialistes et des hommes de terrain estiment pourtant qu'il faudrait garder la tête froide et ne pas trop pavoiser hâtivement. Car, fait-on observer, le pire reste à venir si des mesures d'encadrement ne sont pas prises rapidement pour éviter une certaine baisse du niveau des affaires. Déjà, indique-t-on, le non paiement de la dette intérieure contraint une entreprise comme Utexafrica d'envisager sa fermeture, ce qui serait une véritable catastrophe. On fait savoir en outre que la Bralima et Kito Cold sont en train d'opérer un dégraissage de leur personnel afin de faire face à des difficultés de trésorerie assez sérieuses.

La baisse du niveau des affaires pourrait être encore plus accentuée après la période d'attentisme que les opérateurs économiques observent depuis le 26 mai dernier. Cet attentisme fait que des importateurs se contentent d'écouler jusque-là les anciens stocks dédouanés alors que le taux officiel du dollar était de 50 FC pour 1 USD.

Pour rappel, ces importateurs s'étaient acquittés de leurs obligations envers l'Ofida et l'OCC en fonction de ce taux là. D'où, l'on n'a pas senti d'augmentation des prix des produits comme le riz sur le marché quand le taux officiel est passé de 50 FC pour 1 USD à 350 FC pour 1 USD. Le prix d'un sac de riz s'est stabilisé autour de 6.500 FC et a même eu tendance à baisser. Cet ancien stock de riz importé devra être fatalement remplacé par un nouveau stock. Celui-là sera dédouané au taux de 295 FC le dollar si on prend en compte la parité d'hier. Il y aurait forcément une certaine augmentation des prix sur le marché.

Par ailleurs, font savoir des opérateurs économiques, la bonne tenue du franc congolais sur le marché est dû entre autres par une plus rigoureuse tenue du robinet qu'est la Banque centrale. De nombreuses dépenses ont été gelées, ce qui fait que le franc congolais a tendance à se faire rare sur le marché. On indique que certaines personnes ont du mal à obtenir de grosses sommes d'argent en francs congolais aux guichets des banques commerciales. C'est dans ce contexte que l'on affirme que la Miba a eu bien du mal à payer les salaires de ses agents, les 2.5 millions USD mis sur le marché bancaire n'ayant pu être obtenus directement. Le paiement des salaires a donc dû être étalé sur plusieurs semaines.

On se retrouve là paradoxalement devant un certain dilemme. Les mesures économiques ont certainement stabilisé les finances publiques et par conséquent l'économie, mais elles ne stimulent pas la production au regard du rétrécissement du pouvoir d'achat des salariés. En effet, si la BCC libère parcimonieusement les francs congolais, les entreprises publiques quant à elles ne peuvent augmenter les salaires de leurs agents. Elles n'ont pas été autorisées à le faire. Cela fait que des agents pourraient notamment être en difficulté face à leurs bailleurs pour ceux des locataires qui payaient leurs loyers en franc au taux dit officiel. Le loyer mensuel pour eux a été multiplié par 6.

Des mesures correctives et d'accompagnement doivent être prises le plus rapidement. Des hommes de terrain comme Bemba Saolona qui ont acquis l'expérience d'homme d'affaires avisé, ancien président du patronat congolais, et de politicien d'une grande famille politique, les Fpc, doivent avoir la possibilité de parler afin d'apporter l'autre son de cloche qui fait défaut depuis le 26 mai dernier.