Les rebelles hutus rwandais des Fdlr posent moins de problčmes au Rwanda d’oů ils sont originaires qu’ŕ la République Démocratique du Congo
La partie orientale de la vaste Rdc est fort explosive tant par ses volcans en instance d’éruption que par son caractčre instable et d’insécurité dű ŕ la présence de plusieurs milices et surtout des rebelles hutus rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (Fdlr).
Viols, vols, pillages, massacres de tous genres, exactions,… la liste est élastique - portent leur signature sanguinolente. Les populations des deux Kivu constituent leur fonds de commerce. Depuis que la guerre d’agression a pris fin, les rebelles des Fdlr, principalement se sont mis ŕ vivre sur les populations de cette partie de la République.
Qui sont les Fdlr ?
En Rdc depuis le génocide rwandais de 1994, les rebelles hutus des Fdlr ne sont pas des enfants de choeur. Ce sont des anciens militaires et miliciens extrémistes ayant participé au génocide rwandais. Ils sont généralement des hommes plus jeunes, ayant un goűt effréné du sang.
Auparavant, ils sont des réfugiés - et traités comme tels - installés dans les camps de l’est de la Rdc. Mais lorsque Paul Kagame et ses troupes attaquent, en 1996, ces camps, parce que de lŕ partaient des attaques meurtričres contre le Rwanda, leurs occupants se dispersent dans les foręts congolaises et dans les pays voisins, emportant femmes, enfants, biens, mais surtout armes.
En raison de la fin de la guerre d’agression, les Fdlr, sans ressources, passent vite du statut de réfugiés ŕ celui des rebelles. Ils n’hésitent pas ŕ prendre le contrôle de villages congolais – comme Kilungutwe (Sud-Kivu) qu’ils rebaptisent “Rwanda B”, font des villageois des otages dont la libération reste conditionnée au paiement de la rançon sous peine de mort, exploitent des pierres précieuses dont le cassitérite, prélčvent des taxes sur les mineurs. Devenus des véritables maîtres de ces foręts, ils se livrent réguličrement ŕ des activités pour terroriser les populations.
465 enlčvements et 320 cas de viols
Vivant comme ils vivent, c’est-ŕ-dire comme des animaux de la jungle, ils subissent le démon de la division. De lŕ naissent les Fdlr et les R-Fdlr (Ralliement des Forces pour la libération du Rwanda), regroupant les hutus du nord du Rwanda. En dépit de leur prétendu caractčre politique, elles se caractérisent sur le terrain par des actes barbares (viols, vols, pillages, enlčvements, massacres). D’autres se révčlent de grands bandits. C’est le cas des “Rastas”, bande de brigands congolais et hutus rwandais qui sčme la terreur dans la région de Walungu, au Sud-Kivu, qui a enregistré, en 10 mois, 177 meurtres de civils, 465 enlčvements et 320 viols attribués aux hutus rwandais.
Auprčs des populations locales, les deux groupes sont Dupont et Dupond, se caractérisant par leur accent et leur comportement violent. D’aucuns pensent męme qu’il n’y a aucune différence entre les deux, arguant que “les Rastas sont ceux qui font le sale travail pour les Fdlr”.
Les deux Kivu sont infestés de bandits de cet acabit. Au Nord-Kivu, un certain « Jackson », ŕ la tęte des bandits congolais et rebelles hutus, distribue ŕ qui mieux mieux terreur, mort et désolation dans la région d’Ishasha, au nord de Goma. En mars dernier, selon l’Onu, rien qu’au Sud-Kivu, quelque 226000 personnes subissent chaque jour des exactions des rebelles hutus.
Fin juin, les Fdlr connaissent une scission. Ces dissidents basés dans le Sud-Kivu constituent désormais la branche opposée ŕ celle dirigée par Ignace Murwanashyaka. Certains se réclament du groupe Kiyombe, les fameux Rasta. Dans le Nord-Kivu sévit aussi l’Armée de libération du Rwanda (Alir), dont le fief se trouve dans le Masisi. Elle est organisée par des ex-Far qui ont tenté des offensives en 1997-1998 et en 2000 dans le Nord-Ouest du Rwanda. Les Fdlr sont leur création en mai 2000.
La Monuc fortement impuissante
Donc, dans les deux Kivu ainsi que dans l’Ituri, milices maď-maď, rebelles hutus rwandais et bandits de tous poils bien armés terrorisent des populations inoffensives, les massacrant comme le feraient un agriculteur des criquets.
Ces derniers temps, les incursions et attaques des rebelles hutus rwandais se répčtent et se suivent sans désemparer. Alors que l’opinion n’était pas encore au courant du massacre d’une quarantaine de civils du village de Ntulumamba brűlés vifs dans leurs cases, dans la nuit de samedi 9 ŕ dimanche 10 juillet, par des rebelles hutus rwandais des Fdlr qu’un millier de combattants maď-maď attaquaient lundi 11 juillet dernier trois villages de Rutshuru, au Nord-Kivu.
Le 23 mai dernier, 19 personnes du Sud-Kivu, aux environs de Ntulumamba, dans la collectivité de Nindja, étaient massacrées ŕ la machette.
Les Congolais des deux Kivu continuent de mourir de mille et une maničres et de souffrir d’innombrables exactions devant une Monuc étonnamment impuissante, męme si ses propres casques bleus sont trucidés par les rebelles hutus. Quelques jours plutôt, pour préparer le déploiement de ses casques bleus, la Monuc avait mobilisé 400 hommes dans « une vaste démonstration de force et de contrôle de zone » héliportée, « falcon sweep » (le plongeon du faucon), pour « déloger les groupes armés qui sčment la terreur dans plusieurs territoires toujours occupés par les groupes de combattants hutus rwandais du nord et du sud-est de Bukavu ». Pourtant déployée curieusement loin des zones des massacres, se contentant de compter les morts ! Quelque 1.500 casques bleus se sont déployés le 4 juillet dans cette partie avec, au bout de leurs Canons, le chapitre VII de leur mandat les autorisant ŕ “faire usage de la force en cas de résistance des groupes armés rencontrés”. Mais, il paraît qu’ils ne sont pas en Rdc pour faire la guerre. L’ayant compris, les rebelles ne ratent aucune occasion pour les narguer. Au grand dam des Congolais.
En dépit de quelques actions d’éclat ŕ son actif, la Monuc est étonnamment impuissante, męme si ses propres casques bleus sont trucidés par les rebelles hutu. Quelques jours plus tôt, pour préparer le déploiement de ses casques bleus, la Monuc avait mobilisé 400 hommes dans “une vaste démonstration de force et de contrôle de zone” héliportée, « falcon sweep » (le plongeon du faucon), pour « déloger les groupes armés qui sčment la terreur dans plusieurs territoires toujours occupés par les groupes de combattants hutus rwandais du nord et du sud-est de Bukavu ». Et lorsqu’ils se mettaient ŕ brűler vifs les civils enfermés dans leurs cases, les rebelles hutus rwandais des Fdlr n’ont pas hésité ŕ lancer ŕ leurs victimes : « Essayez donc maintenant d’appeler au secours vos amis de la Monuc », alors que les corps des compatriotes se consumaient dans un brasier qui faisait plaisir ŕ ces génocidaires moyenâgeux.
Les Fdlr, une nébuleuse
Au fur et ŕ mesure que le temps passe et de scission en scission, les Fdlr sont devenues une nébuleuse qui constitue aujourd’hui un véritable problčme, plus pour la Rdc que le Rwanda dont elles sont originaires. L’appétit venant en mangeant, la région est devenue un véritable Far West oů prospčre le trafic d’armes. Début juillet, la publication d’un rapport d’Amnesty international, a fait l’effet d’une bombe, lorsqu’il révélait que des « vendeurs d’armes, des intermédiaires et des entreprises de transport de nombreux pays, notamment l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Croatie, la République tchčque, Israël, la Russie, la Serbie, l’Afrique du Sud, le Royaume-Uni et les Etats-Unis » se livrent ŕ un trafic d’armes florissant.
L’implication et la participation dans ce trafic des pays comme le Royaume-Uni et les Etats-Unis compliquent davantage la solution de ce problčme, alors qu’ils sont censés peser de tout leur poids pour aider au désarment des rebelles hutus.
Aujourd’hui, ce sont les Congolais qui paient un lourd tribut en raison des attaques des rebelles hutus. Véritable nébuleuse, les Fdlr sont plus nuisibles aux Congolais qu’aux Rwandais. Alors que les premiers ont plus besoin de la tranquillité et de la sécurité sur l’ensemble de leur territoire en raison des élections qui doivent se tenir dans quelques mois. Or, plus le temps passe, plus les Fdlr se font parler d’elles, devenant une sérieuse épine dans le processus de transition. Plus leurs exactions deviennent odieuses, plus timidement intervient la Monuc ou pas du tout. Par conséquent, grand devient le risque que les élections prennent un sérieux coup et que le processus de transition capote.
La communauté internationale, qui tient ŕ la tenue effective de ces élections, doit aider ŕ désarmer ces rebelles. De gré ou de force. De force, surtout, étant donné que, depuis que Kinshasa a annoncé leur “désarmement forcé”, les tensions se sont du coup accrues. De nombreux rebelles rwandais se sentent le dos au mur.
Face ŕ son impuissance, faudra-t-il insinuer que la communauté internationale, ŕ sa tęte, l’Union européenne a investi beaucoup d’argent dans l’organisation des élections congolaises, rien que pour le beau visage des Congolais et de leurs dirigeants ? Pourquoi avoir investi beaucoup d’argent si elle laisse agir calmement ces rebelles sans leur envoyer un signal font devant calmer leur ardeur ? Les Fdlr ne sont quand męme pas une foudre de guerre pour qu’elles arrivent ŕ narguer męme la puissante communauté internationale. Les enjeux et les dividendes ŕ tirer du trafic d’armes et de la présence des rebelles hutus rwandais sont-ils si importants qu’ils couvrent les fonds investis dans l’organisation des élections et autres investissements réalisés dans ce pays ? Le sang des Congolais est-il moins “sang” que celui d’autres peuples de la plančte, qui pousse la communauté internationale ŕ intervenir sans retard ? (Jdn)
Last edited: 07/05/2006 01:38:32