Précipitation ou manque de concentration ŕ la tâche, une famille est partie retirer de la morgue de Bondeko le cadavre d’une femme d’une cinquantaine d’années ŕ la place de celui de leur parente d’une centenaire. L’erreur sera simplement remarquée par les véritables parents de la femme de la cinquantaine d’années, surpris lorsque les services de la morgue leur proposeront le cadavre d’une vielle femme
Le lundi 27 juin 2005, pendant que toute la ville de Kinshasa est gagnée par la psychose de l’égorgeur invisible Kata-Kata et des machettes « Tramontina », un mélodrame se joue ŕ la morgue de la clinique Bondeko, dans la commune de Limete. Le feuilleton a comme actrices principales deux familles éprouvées, résidant toutes deux respectivement aux quartiers 10 et 13, dans la commune de N’Djili. L’une a perdu une dame d’une cinquantaine d’années tandis que l’autre une vieille frisant les 120 ans.
Le lundi donc, ŕ 11 heures, il est question que les deux familles procčdent ŕ la levée des corps pour les lieux mortuaires. Il se fait que les proches parents de la vieille, plus expéditifs, se présentent les premiers auprčs du personnel commis aux toilettes mortuaires. Division du travail oblige, une dame reçoit la charge d’habiller la défunte. On ne sait trop pourquoi, elle préfčre confier la tâche aux agents de la morgue, aprčs leur avoir désigné de loin la parente morte.
Sans se douter de rien, ceux-ci s’activent autour de la cinquantenaire qui, minée par une longue maladie, a pris un coup de vieux. Aprčs quoi, le cortčge funčbre s’ébranle vers le quartier 10, sous les airs des fanfares et d’une foule en liesse. A Bondeko cependant, l’autre famille venue pour les formalités de retrait de la dépouille de la cinquantenaire, constate qu’elle a affaire ŕ une vieille cocotte.
Protestations, menaces, palabres : la direction de la Clinique Bondeko, fort embarrassée, conseille une vérification visuelle des cadavres. Une stratégie est arrętée. Elle consiste ŕ dépęcher une espionne au quartier 10, avec pour consigne de se męler au groupe des personnes occupées ŕ danser autour du macchabée, quitte ŕ bien observer le visage de la morte. Au terme de deux tours de danse, son verdict est sans équivoque. C’est la cinquantenaire qu’on pleure ŕ la place de la centenaire.
Aussitôt, une mission de bons offices prend contact avec la partie adverse. Vérification faite, l’évidence saute aux yeux : on s’est trompé de cadavre. La musique s’arręte, les danseurs sont aux abois. Il est 17 heures. On ramčne la cinquantenaire ŕ Bondeko, oů la direction de l’hôpital s’empresse de rembourser les frais de transport engagés dans l’opération, avec des excuses en prime aux deux familles frappées par le deuil. Il aurait suffi qu’on supprime l’agenda de la veillée mortuaire au quartier 10 pour déboucher sur un drame irréparable. Heureusement que dans la tradition des Kinois, on est rarement pressé d’inhumer les morts.
Last edited: 07/05/2006 01:38:15