La République démocratique du Congo et son peuple auront tout ŕ perdre quand ses leaders auront décidé de briser le consensus actuel
La surenchčre de la tension d’un côté, les appels sinon au dialogue du moins au calme de l’autre. Décidément, le processus de la transition est entré dans une phase critique, qui inspire bien d’incertitudes. L’opinion retient son souffle au fur et a mesure qu’approche la date du 30 juin 2005 Les Congolais sauront-ils raison longtemps garder?
Selon que l’on se trouve dans les institutions ou en dehors, les divergences sont manifestes quant ŕ l’interprétation de la durée constitutionnelle de la transition. De męme, l’appréciation du bilan de la transition est fortement controversée. Quand les uns se flattent des « avancées significatives », les autres, et ils sont nombreux, crient ŕ « l’échec cuisant ». Voilŕ, fondamentalement, les manifestations visibles de la crise qui pourrait, si l’on n’y p rend garde, conduire ŕ la rupture d’un consensus devenu fragile depuis que les élections, déjŕ reportées, ne pourraient se tenir que durant la premičre ou la deuxičme période de « prolongation ».
LE CALME TROMPEUR
Le moment est dons venu d’examiner la situation, toutes affaires cessantes, de façon sereine afin d’éviter les conséquences d’ailleurs prévisibles. Le problčme maintenant n’est pas de savoir ce qui se passera le 30 juin 2005, avant ou aprčs, mais de gérer avec dextérité le dernier parcours de la transition pour aboutir ŕ l’organisation liable des élections.
Si effectivement, la logique du consensus a permis aux Congolais de se réconcilier et de se tourner vers l’avenir, autant préserver cet acquis pour surmonter les derničres étapes. Toute tentative d’aliéner le consensus serait préjudiciable a la cause nationale. Qu’on ne se fasse pas d’illusion. Certes, la guerre a pris fin avec la signature de l’Accord global et inclusif il y a prčs de 3 ans. Mais le pays n’a pas encore renoué avec une paix totale. Les derniers soubresauts et les tragédies survenus ŕ Walungu, ŕ Kanyola, ŕ Lubumbashi, ŕ Mbuji-mayi, ŕ Kisangani et en Ituri sont suffisamment éloquents pour interpeller la classe politique dans son ensemble.
Quel observateur ignore les violences inimaginables auxquelles sont soumises les populations du Nord-Kivu, du SudKivu et du Nord-Katanga, les contraignant ŕ l’exode vers des horizons plus sécurisants et ŕ vivre dans des conditions de précarité infrahumaines? Il est temps que ces Congolais lŕ, nos compatriotes, recouvrent leur dignité et retrouvent le contexte favorable ŕ leur épanouissement. Cet effort collectif participe ŕ la stabilisation de la situation politique.
D’oů il faut privilégier le dialogue entre acteurs politiques de tous bords. Il est dangereux, car contre-productif, de vouloir s’enfermer dans une tour d’ivoire avec l’illusion de maîtriser les diverses et n ombreuses frustrations de la population. La période que traverse la transition est par conséquent trčs délicate. Le calme apparent est en principe trompeur. Et le moindre faux pas est susceptible de mettre du feu aux poudres. Il faudra des années, sinon des décennies pour panser les plaies. Ce serait un énorme gâchis dű ŕ la myopie des leaders.
LE PROBLEME « D’HOMMES D’ETAT »
Puisqu’il s’agit de savoir gérer ce dernier parcours de la transition avec sagesse, cela implique une analyse froide a posteriori de principales causes des derničres guerres dites de « libération » et « d’agression ». On devra aussi essayer de comprendre la difficulté éprouvée par les médiateurs de doter la transition des Structures classiques, d ont l’une des conséquences est le dysfonctionnement de l’appareil de l’Etat caractérisé par des querelles de personnes et la neutralisation des initiatives réciproques.
Plus que jamais, le problčme « d’hommes d’Etat » demeure entier en République démocratique du Congo. A cause de cette grave lacune, le pays a connu 15 ans de transition et s’achemine vers le 16čme et Pourtant, il faut mettre définitivement un terme ŕ tous ces régimes provisoires. La voie royale que préconise la démocratie n’est autre que le passage par le filtre des élections libres, démocratiques transparentes.
Quand bien męme les élus seront désignés par la base, préférence sera donnée ŕ des et possédant une forte personnalité. Et ce, pour faire face aux enjeu du redressement du pays, ŕ l’environnement géographique, aux grands défis du XXIčme sičcle.
En ce début du mois d juin, la République démocratique du Congo se trouve ŕ la croisé des chemins. Contre la psychose de « 30 juin 2005 », un antidote suffit : il convient, pour tous le acteurs politiques, de sortir du complexe de supériorité.
Ils doivent apprendre ŕ se parler et ŕ parler de la Nation dans des forums formels et informels. Pourvu que, envers et contre tous, l’intéręt national soi préservé. Sans cette ouverture ils exposent le pays ŕ toutes sortes d’aventures. Et hypothčquent la tenue des élections tant attendues. La République démocratique du Congo et son peuple auront tout ŕ perdre quand ses leaders auront décidé de briser le consensus actuel. Qui veut le premier en assumer la responsabilité?
Last edited: 07/05/2006 01:34:45