Nous continuons la publication du compte rendu des débats qui avaient eu lieu au parlement belge, réalisé à notre compte par Ludo Martens.

Des "Soviets" à Lubumbashi ?

L'accusé avoue être perplexe devant le "crime" lui imputé : il n'aurait pas seulement créé des Soviets à Lubumbashi, mais, plus grave encore, même des Soviets !

Il faut reconnaître que l'ancien ministre Eyskens n'est pas le meilleur spécialiste en sciences marxistes-léninistes. Il ne lui est pas venu à l'esprit que les mots "conseils ouvriers" et "soviets" sont utilisés pour un même phénomène...

Je me serais donc rendu à Lubumbashi dans l'intention perfide d'y créer des "soviets"... Que l'honorable Eyskens soit rassuré : je ne me permets pas d'aller "créer" quoi que ce soit au Congo. Au Congo, je me limite à exposer et soutenir la vision politique de Mzee Kabila, ainsi que ses initiatives pour assurer l'indépendance politique et économique du Congo.

Je me suis rendu au Katanga dans la seule intention - que monsieur Eyskens aura la grandeur d'âme de me pardonner - d'y faire un compte-rendu de la séance d'ouverture de l'Assemblée Législative et Constituante et de ses premiers travaux. Le désordre aidant, nous avons eu droit à huit jours d'inactivité: l'ouverture avait été remise. L'oisiveté ne m'enchante point, c'est donc avec plaisir que j'ai rencontré un jour, dans le hall de l'hôtel, un homme qui se présentait comme le responsable de l'Union de la Gauche Congolaise, section katangaise. Eddy Mutombo représentant le premier parti agréé de la R.D. du Congo. Il me demanda de faire des conférences pour les sympathisants de son parti. Ce que j'ai accepté volontiers.

Voilà dans quelles circonstances j'ai pu m'entretenir avec la population des différentes communes de Lubumbashi lors de sept conférences sur une période de sept jours. J'ai visité, entre autres, les communes Ruashi, Kenya, Kampemba, j'ai parlé au grand Lycée Twendele et le recteur m'a invité à l'université devant un groupe de professeurs, d'assistants et d'étudiants. Ceux qui m'ont écouté seront les plus étonnés, voire scandalisés, d'apprendre que sieur Kimba fait courir au parlement belge le mensonge qu'ils ont participé à la "création de soviets" à Lubumbashi !

Ce monsieur appartenait en mai 1998 au club sélecte et grotesque d'une dizaine de Zaïrois "qui ont créé un gouvernement provisoire" sous la direction de deux Blancs Mallants, ancien militaire de la colonie, co-organisateur de la sécession katangaise et plus tard collaborateur de Mobutu, et Steward, président de la multinationale American Mineral Fields qui voulait faire main basse sur les richesses du sous-sol congolais. Cette bande peu recommandable annonça à Bruxelles que Kabila serait bientôt renversé. C'était un des signes avant-coureurs de la guerre d'agression à venir... Même La Libre Belgique estimait que ce Club de Dix Petits Nègres présidé par deux Blancs revanchards se noyait dans le ridicule.

Comment le parlement nie les vérités fondamentales sur le Congo

Je n'aurais pas consacré tant de mots à réfuter les sottises qui ont été dites à propos de mes activités au Congo, si ces accusations gratuites ne cachaient pas une attitude politique que je juge fondamentalement perverse.

Eyskens et d'autres, qui amusent la galerie avec des "révélations" sur mes activités congolaises, funestes pour la Mère Patrie, obscurcissent en même temps, cachent et nient carrément les vérités fondamentales sur la situation congolaise. Et l'on peut discourir du matin au soir sur les valeurs universelles de la "démocratie occidentale", il n'y a rien de plus antidémocratique que d'empêcher le peuple belge de connaître et de comprendre les drames bouleversants qui martyrisent le peuple congolais.

Quel discours démocratique peut-on faire sur le Congo, lorsqu'on nie les faits essentiels qui marquent la vie et la conscience de toute la population congolaise ? Je me limite à signaler quatre faits majeurs qui n'ont reçu aucune attention, même pas une petite intervention, de la part des parlementaires. D'abord, l'assassinat d'un grand homme politique congolais, le Président Kabila, qui a lutté avec opiniâtreté pour l'indépendance politique et économique de son pays: personne n'est intervenu pour évoquer l'importance de ce drame pour la population congolaise et pour évoquer les forces qui avaient intérêt à ce crime. Aucun mot n'a été prononcé là dessus.

Troisièmement : le pillage éhonté des richesses congolaises : l'or, le diamant, le coltan, le bois, le café par les armées d'agression, pillage qui sert à financer cette aventure criminelle et à enrichir une poignée de hauts militaires et responsables politiques rwandais et ougandais.

Finalement : personne n'a dit le moindre mot sur le génocide provoqué par les agresseurs contre la population démunie des territoires occupés qui comptaient, selon des rapports américains confirmés, déjà 1.700.000 morts en mai 2000 avec une augmentation du nombre de 1 .000.000 par an. Au moment de l'assassinat de Kabila, on avait déjà dépassé le nombre de 3.000.000 morts pour l'ensemble du Congo, la mortalité montant également en flèche dans les zones libres.

Je reste bouché bée devant ce constat: il y a en Belgique des gens qui peuvent discourir avec emphase sur les "droits de l'homme" lorsque cela sert certaines visées politiques et économiques des puissances impérialistes. Mais lorsque le seul peuple au monde qui se sent sentimentalement lié à la Belgique, voit trois millions des siens exterminés dans une opération couverte par les Etats-Unis, aucun parlementaire n'évoque le génocide toujours en cours, commis par les forces rwando-ougandaise au Congo.

A constater tout cela, les Congolais se feront sans doute une idée plus réaliste de la "démocratie avancée" en Europe.

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