Colette Breackman, journaliste au quotidien belge «Le Soir », est trčs connue pour ses écrits sur la République Démocratique du Congo dont elle connaît une grande partie de l’histoire. C’est ŕ ce titre qu’elle trace l’itinéraire de M. Etienne Tshisekedi, depuis ses débuts en politique oů il s’est notamment illustré dans l’arrestation de Lumumba, jusque maintenant oů il veut plonger le pays dans le feu, en passant par ses années fastes ŕ côté du dictateur Mobutu ŕ qui il feignait de s’opposer
En octobre 2004, Elio di Rupo était allé saluer le leader de l’Udps dans sa résidence de Limete. Aujourd’hui encore, il estime qu’il importe de garder le contact avec Etienne Tshisekedi, Tshitshi. Lider Maximo, Combattant supręme. Sphinx de Liniete… Si les surnoms ne manquent pas, c’est parce que le nom d’Etienne Tshisekedi, 71 ans, est associé ŕ l’histoire du Congo depuis plusieurs décennies. En 1960, il est encore étudiant en droit lorsque Mobutu destitue le Président Kasa-Vubu et le Premier ministre Patrice Lumumba. Au titre de Commissaire ŕ la Justice, c’est Tshisekedi qui signe le mandat d’arręt de Lumumba. Cette participation au Collčge des Commissaires Généraux marque le début d’une longue relation d’amour et de détestation entre opposants. Les premičres années sont celles de la franche collaboration : aprčs le Coup d’Etat de novembre 1965. Tshisekedi, le premier diplômé en Droit de l’Université de Lovanium, devient ministre de l’Intérieur et des Affaires Coutumičres, puis de la Justice et cautionne l’assassinat de Pierre Mulele, le leader de l’insurrection. Premier Secrétaire National du Mouvement Populaire de la Révolution, le parti unique, il contribue ŕ l’élaboration du Manifeste de la N’Sele.
La rupture survient en novembre 1980, ŕ la suite d’un massacre des mineurs dans la province du Kasaď, treize parlementaires, dont Tshisekedi, distribuent une lettre ouverte oů ils dénoncent l’arbitraire et la gabegie du régime.
Commence alors le long parcours du Combattant : exclu de l’Assemblée Nationale, Tshisekedi est relégué dans son village et, ŕ sa libération, il fonde l’Udps (Union pour la Démocratie et le Progrčs Social), une formation qui se bat moins pour le multipartisme que pour sa reconnaissance en tant que parti d’opposition ŕ côté du Mpr. Durant les derničres années de la dictature, l’Udps incarne les espoirs de changement démocratique, tandis que Tshisekedi se fait apôtre de la lutte non violente. Lorsque Mobutu, en avril 1990, proclame le multipartisme, Tshisekedi lors de sa prestation de serment, biffa rageusement la référence au Président garant de la Nation, ou lors des pillages de 1993, refuse le pouvoir que lui proposent les occidentaux (Américains et Français sont pręts ŕ évacuer de force un Mobutu déstabilisé et ŕ proposer les commandes ŕ celui qui a été la vedette de la Conférence nationale souveraine, qui la élu Premier ministre en 1992).
En fait, Tshisekedi ne cessera jamais de défier Mobutu, mais sans jamais lui porter l’estocade et, en 1997, lorsque le dictateur atteint d’un cancer est hospitalisé ŕ Nice, l’opposant appelle ses compatriotes ŕ prier pour la santé de son adversaire et il accepte, en dépit du bon sens, d’ętre nomme, une fois encore, Premier ministre alors que déjŕ les troupes de Kabila et de ses alliés se rapprochent de Kinshasa. Face ŕ Laurent Désiré Kabila, Tshisekedi, demande ŕ son « frčre » de faire partir les « étrangers », c’est-ŕ-dire les Rwandais qui le gardent en otage, et l’insolent, plus opposant que jamais, sera une fois de plus, envoyé dans son village natal, dote d’un tracteur afin, dit Kabila « d’apprendre ŕ cultiver... » Plus tard, Joseph Kabila rétablit le multipartisme et, en 2002, entame ŕ Sun City le Dialogue Inter congolais afin de mettre fin ŕ une guerre qui a fait trois millions de morts. Tshisekedi, toujours persuadé d’ętre le Premier ministre de la Conférence nationale, y joue un rôle de vedette hautaine s’étant rapproché du Rcd/Goma, allié du Rwanda, il se lance dans une tournée qui le mčnera auprčs de Paul Kagame. A Kisangani et ŕ Goma, il assistera au défilé des troupes que la population considčre comme des forces d’occupation. Cette collaboration, męme momentanée, coűtera cher ŕ son parti. A l’issue de la Conférence de Sun City, Tshisekedi, qui, considérant que le poste de Vice-Président lui revient d’office, a omis de poser, sa candidature, se retrouve exclu de l’attelage « un plus quatre », alors qu’il a bel et bien signé l’Accord inclusif. Depuis lois, le Sphinx de Limete assiste en spectateur ŕ la construction, d’un nouvel ordre politique, se contenant de multiplier les anathčmes et les appels aux opérations ville morte. Jouant sur un trčs réel malaise social, pour renverser les structures actuelles de la transition. Une échéance redoutée, car tout basculement de l’ordre existant, aussi imparfait soit-il, risquerait d’entraîner le pays dans une autre guerre, et les émissaires occidentaux plus ou moins discrčtement, supplient Tshisekedi de ne pas ouvrir une autre page dramatique de l’histoire du pays, lui qui en a déjŕ écrit tant d’autres.