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Sur instruction de M. Jean Kimbunda, gouverneur de la ville de Kinshasa, toutes les usines de fabrication de sachets parce que les autorités urbaines éprouvent de grandes difficultés pour gérer les déchets plastiques qui se męlent aux immondices

Tout visiteur qui débarque ŕ Kinshasa pour la premičre fois, est frappé par le paradoxe entre cette ville que les musiciens congolais ont rendu idyllique au-delŕ des frontičres nationales et une trop présente saleté due aux problčmes de salubrité publique et d’assainissement.

A l’origine de cette décision, se trouve la difficulté éprouvée par les autorités de la capitale de la RDC, de gérer les déchets plastiques dans la ville. Ces déchets plastiques se męlent aux immondices, obstruent les caniveaux et gęnent énormément la circulation des eaux usées.

Comme conséquence, la moindre petite pluie sur la ville de Kinshasa rend les rues impraticables ŕ la circulation des véhicules, les caniveaux et les égouts étant remplis et déversant le surplus d’eau sur les voies. Le gouverneur de la ville de Kinshasa, Jean Kimbunda, a donc décidé de traquer le mal ŕ la racine. Le vendredi (22 avril), il a ordonné la fermeture des usines de fabrication des sachets en plastique dans la capitale congolaise.

Dans la foulée, le communiqué de l’hôtel de ville (la mairie) de Kinshasa interdit également “l’utilisation du sachet en plastique pour l’emballage de produits de consommation courante tels que l’eau fraîche, le lait en poudre, ou l’huile de palme, et demande aux fabricants d’emballages en plastique de développer de nouvelles technologies d’emballages biodégradables, notamment le papier”.

Pour salutaire qu’elle puisse paraître pour la salubrité de la ville, la mesure du gouverneur Kimbunda est reçue avec beaucoup de réserves par la population, qui est inquičte ŕ l’idée d’une pénurie prochaine d’emballages.

“Nous sommes également conscients que la ville est sale ŕ cause socialement des déchets plastiques et le regrettons”, a déclaré ŕ IPS, Lisette Ngombe, vendeuse d’huile de palme dans un petit marché de quartier de la commune de Bandalungwa. “Mais”, ajoute-t-elle, “nous estimons que les autorités de la ville auraient plutôt mieux fait d’équiper la ville en poubelles publiques et d’éduquer la population pour qu’elle se discipline et évite de jeter les déchets plastiques n’importe oů”. Ngombe ne voit pas comment les ménagčres de Kinshasa arriveront ŕ se passer des emballages en plastique, « tellement ils sont pratiques”, dit-elle.

La mairie de Kinshasa explique que la décision de fermer les usines était la seule susceptible d’arręter l’accumulation des déchets plastiques. “Nous avons essayé d’éduquer la population en mettant ŕ sa disposition des poubelles publiques, mais rares sont les personnes qui les ont utilisées”, affirme ŕ IPS, Simon Wamanya, fonctionnaire ŕ l’Hôtel de ville. “Les Congolais semblent réfractaires ŕ la discipline”, ajoute-t-il.

Les poubelles publiques ont en effet existé, mais en si petit nombre qu’elles se sont révélées inefficaces. Bien plus, elles ont été ensevelies sous les immondices, les services de salubrité publique ne disposant pas de véhicules pour transporter les immondices vers des décharges appropriées. Aujourd’hui, ce sont des Organisations non gouvernementales (Ong) de développement, comme l’Ong Tuendelee, qui s’occupent de ramasser les déchets plastiques. Elles recourent souvent au service des jeunes gens qu’elles paient par kilogramme de déchets ramassés. Ces jeunes trouvent ainsi un job qui leur permet de subvenir ŕ leurs besoins quotidiens, męme si leur revenu journalier reste trčs modeste, ŕ peine un dollar.

Kinshasa compte environ huit millions d’habitants dont prés de la moitié fréquente quotidiennement le marché. Avec 33 degrés de température moyenne journaličre, vendeuses et vendeurs sentent vite le besoin normal de se désaltérer ŕ moins cher. C’est ainsi que de jeunes enfants promčnent des bassins remplis d’eau fraîche en sachets plastiques que les demandeurs achčtent et jettent par terre immédiatement aprčs usage.

Les abords du Marché central de Kinshasa, le plus grand de la ville, sont envahis de montagnes d’immondices oů prédominent les sachets en plastique. Pour la population, la fermeture des usines de fabrication des sachets plastiques ne constitue pas encore une solution. “Elle ne servira qu’ŕ augmenter le nombre des chômeurs dans la ville”, estime un vendeur du marché qui a jugé inutile de donner son nom.

Trois grandes entreprises produisent des articles en plastique dans la capitale congolaise et emploient une centaine de personnes. La fabrication va des meubles aux ustensiles de cuisine. “Ce sont les sachets de faible épaisseur qui sont les plus visés par la mesure”, explique ŕ IPS, Samir Eddine, un fabricant de sachets. “A la limite, nous pouvions nous en passer car nos plus grands clients sont les brasseurs qui utilisent des produits plastiques de grande épaisseur”.

La gestion des déchets plastiques est un problčme de politique nationale globale en matičre d’environnement, souligne un analyste qui a requis l’anonymat ŕ Kinshasa. Selon lui, la problématique se pose en termes de recyclage des sachets en plastiques et reste sans réponse, pour l’instant.

Le ministčre de l’Environnement indique qu’il se sent trčs concerné par ce qui se présente aujourd’hui comme un fléau pour l’environnement des villes congolaises en général, et de Kinshasa, en particulier.

“Il n’y a pas que les déchets solides qui sont concernés”, répond Dr Denis Kaponda, expert au ministčre de l’Environnement. “Il y a aussi tous les déchets liquides que les usines rejettent dans le fleuve Congo. Ceci nous préoccupe au plus haut point et nous passons des journées entičres en train de discuter des mesures ŕ prendre”. Pour lui, le problčme se situe plus au niveau des moyens financiers que celui du constat. “Tout le monde a fait le constat de présence, partout dans la ville, de déchets plastiques”, indique Dr Kaponda ŕ IPS. “Il faut des poubelles publiques pour les rassembler, des bennes pour les charger et des incinérateurs pour les brűler. Aucune de ces structures n’existe ŕ l’heure actuelle. Voilŕ un aspect du problčme que d’autres personnes ne voient pas”, ajoute-t-il. En effet, de nombreux séminaires ont été tenus sur l’assainissement de la ville de Kinshasa et la salubrité publique. Des solutions ont été envisagées sans jamais connaître le moindre début d’application par le gouvernement. En attendant, les musiciens congolais continuent de chanter les charmes de Kin-la-Belle pendant qu’en męme temps, les journalistes dénoncent la crasse de Kin-la-Poubelle.



Last edited: 07/05/2006 01:31:59

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