Le vice-président de la République Arthur Z’Ahidi Ngoma a présidé le défilé des travailleurs organisé dimanche au Stade des Martyrs ŕ Kinshasa ŕ l’occasion de la fęte du 1er mai, journée internationale du Travail, oů le message fort de l’Intersyndicale du Congo a planché sur la lutte contre la pauvreté
La célébration de la Journée internationale du Travail, le 1er mai 2005, a été marquée ŕ Kinshasa par un défilé des travailleurs de quelques entreprises de la capitale non pas, comme d’habitude, sur quelques artčres de la ville, mais uniquement sur la piste athlétique du Stade des Martyrs. Ce défilé a été présidé par le Vice-président de la République Arthur Z’Ahidi Ngoma chargé de la Commission socio-culturelle du gouvernement aux côtés duquel étaient remarqués entre autres le ministre du Travail et de la Prévoyance sociale Lola Kisanga, son homologue de la Culture et des Arts Christophe Muzungu, et ceux du secteur de l’Enseignement.
Les différents groupes de délégués des travailleurs des entreprises, institutions et organismes officiels étaient précédés par des porteurs des pancartes dont les écrits exprimaient des revendications d’une meilleure protection de l’emploi, de l’amélioration du Smig, de la lutte contre la pauvreté, et męme la réclamation de l’organisation des élections démocratiques et transparentes au terme de l’actuel processus de transition.
Le ministre du Travail et les dirigeants syndicaux ont organisé un remarquable encadrement des délégués des travailleurs ayant participé au défilé dont le point culminant a été le message de l’Intersyndicale du Congo lu par son président, M. Kabulo Mbodyawasha, le président également du plus important regroupement syndical du pays, en l’occurrence l’Union nationale des travailleurs du Congo (UNTC).
En ce dimanche 1er Mai 2005 oů nous nous faisons le devoir de mémoire de ce que nos aînés ont vécu comme atrocité, a déclaré M. Kabulo ŕ la tribune devant les autorités entourant le Vice-président Z’Ahidi Ngoma, pour la simple raison d’avoir revendiqué leurs droits légitimes, permettez-nous de vous adresser, chers camarades travailleurs, nos sincčres remerciements pour les efforts courageux que vous n’avez cessé de déployer en vue de sauvegarder l’outil de travail et de production de richesse faisant encore la fierté de notre pays. Votre ferme détermination et votre volonté sans relâche ont permis ŕ notre pays de disposer encore de ressources en dépit de la crise multiforme qu’il traverse depuis plus de deux décennies.
En 2001, lorsque notre pays a ratifié la quasi-totalité des conventions fondamentales de l’OIT (Organisation internationale du Travail), tous les mécanismes de jouissance de nos droits syndicaux étaient prévus et les travailleuses et travailleurs pouvaient accéder aux conditions de travail décent. Malheureusement, notre constat est encore amer ŕ ce jour au regard de nombreuses violations des droits syndicaux dont plusieurs de nos camarades continuent d’ętre victimes. Le scandale est męme allé plus loin, car le salaire qui est déjŕ modique est loin d’ętre payé aux échéances prévues pourtant par la législation nationale.
Depuis 2003, nous avons ensemble, grâce ŕ notre combat permanent, arraché le SMIG qui devait consacrer un avenir meilleur quant ŕ l’amélioration des conditions de travail et de vie des masses laborieuses. Mais, hélas, ŕ cause de la non maîtrise des indicateurs macro-économiques, notamment le taux de change et l’inflation, par ceux qui gouvernent, ce SMIG a pratiquement perdu toute la valeur qu’il représentait au moment de sa fixation. Il en est de męme de l’espoir que nous a fait miroiter la rencontre de Mbudi au cours de laquelle nous avons discuté des conditions de travail de nos camarades fonctionnaires et agents de l’Etat. Le non respect par nos gouvernants des engagements auxquels ils avaient pourtant librement souscrit constitue ni plus ni moins une volonté manifeste de ne pas promouvoir le bien-ętre de ceux-lŕ qui, au prix de multiples sacrifices, font encore la fierté de notre pays, car l’Administration représente l’un des piliers d’appréciation d’une nation moderne.
La précarité de nos conditions de travail est un véritable contraste lorsque l’on sait ŕ travers le monde que notre pays représente un véritable scandale du fait de ce qu’il regorge comme richesses potentielles. C’est dire qu’il suffit d’une simple volonté politique pour que le bien-ętre des travailleurs soit assuré ŕ partir d’une exploitation rationnelle des ressources et d’une répartition équitable du revenu national.
En tant que travailleurs, nous jouons et continuons ŕ jouer notre rôle dans la production des richesses nationales. C’est dans cette optique que nous exigeons ŕ ceux qui nous gouvernent de remplir leurs devoirs d’Etat afin qu’ensemble nos actions communes puissent converger vers la réalisation d’un développement durable pour notre cher et beau pays.
Point n’est besoin de vous rappeler, chers camarades, que depuis quatre ans et dans le cadre de la reconstruction nationale, notre pays s’est résolument engagé dans des réformes économiques en collaboration avec les partenaires bilatéraux et multilatéraux. Cependant, il convient de souligner que la participation des travailleurs ŕ ces réformes n’a pas été significative du fait que vos organisations professionnelles n’ont pas été convenablement associées ŕ ce processus.
C’est ŕ juste titre que nous voulons consacrer ce premier mai 2005 ŕ la prise en compte effective de la dimension sociale dans tout le processus de réformes économiques. Nous sommes convaincus que, grâce ŕ une convergence entre l’action gouvernementale et la volonté des travailleurs, notre pays sera en mesure de réussir la stabilisation macro-économique telle qu’exigée par les partenaires, afin que nous soyons ensemble capables d’atteindre les objectifs du millénaire pour le développement et de faire des avancées significatives dans la lutte contre la pauvreté.
Nous ne saurons terminer ce message sans réitérer nos félicitations pour le grand pari que nous venons de réussir dans l’exercice de l’action syndicale au quotidien. En effet, durant le premier trimestre de cette année, nous venons d’organiser les élections syndicales sur toute l’étendue du territoire national en respectant toutes les vertus démocratiques, notamment la tolérance, l’alternance et l’acceptation des résultats.
Nous espérions que notre expérience qui témoigne que les organisations syndicales constituent l’école de la démocratie par excellence pourra servir de modčle de référence aux hommes politiques, afin qu’ils s’en inspirent, et la capitalisent de maničre consensuelle, pour l’organisation des élections démocratiques, libres et transparentes, telles que réclamées par l’ensemble de la population congolaise.
En tant que travailleurs et en męme temps citoyens ŕ part entičre de ce pays, nous sommes disposés ŕ faire de la participation citoyenne notre modeste contribution ŕ la réussite du processus de démocratisation de notre pays. Notre souhait est que notre message reçoive cette fois-ci l’écho favorable qu’il mérite, pour la reconstruction de la RDC, car ce pays nous appartient ŕ nous tous. Nous vous exhortons, chers camarades, ŕ plus de courage et de détermination, car la cause que nous défendons est juste, et que la Nation compte beaucoup sur notre contribution, pour que notre société accčde ŕ une véritable justice sociale.
Lourd cahier de charge des travailleurs du Congo
Les masses laborieuses congolaises, réunies en syndicats regroupés au sein de l’Intersyndicale du Congo, symbole de la cohésion d’actions et outil approprié d’expression des aspirations collectives;
En ce premier Mai 2005;
- Considérant l’enlisement du processus de démocratisation du pays, lequel ne garantit ni n’attire les investisseurs existants et nouveaux;
- Considérant les profonds dérapages dans la gestion des finances publiques qui se caractérisent actuellement par un déséquilibre probant des indicateurs macroéconomiques, notamment le taux de change et le taux d’inflation, avec comme corollaire immédiat un emballement des prix sur les marchés;
- Considérant l’effritement perpétuel du pouvoir d’achat des travailleurs ŕ cause de l’inexistence d’une politique salariale appropriée;
- Considérant les risques que court la RDC d’ętre mise ŕ l’écart ŕ l’initiative Pays Pauvres Trčs endettés (PPTE) pour non poursuite du programme économique du Gouvernement;
- Convaincus que seule une concertation permanente de tous les partenaires sociaux est susceptible de proposer des solutions alternatives durables ŕ la crise multiforme que traverse le pays.
Présentent au Gouvernement leurs différentes revendications actuelles et reconduisent les doléances antérieures non satisfaites.
En ce qui concerne l’année en cours, les préoccupations se présentent comme suit :
1°) Dans le domaine politique
- le respect des engagements contenus dans l’Accord Global et Inclusif;
- la poursuite de la réunification du pays par la mise en place d’une armée républicaine effectivement intégrée;
- la recherche d’une solution consensuelle pour l’organisation des élections démocratiques, libres et transparentes;
- la sécurisation des personnes et de leurs biens sur toute l’étendue du territoire national.
2°) Dans le domaine des salaires
- la mise en place d’une véritable politique salariale réaliste;
- le paiement d’un salaire décent aux enseignants du secteur public et la suppression de la politique de contribution des parents;
- l’exécution sans atermoiement des accords de MBUDI relatifs aux conditions de travail des fonctionnaires et agents de l’Etat;
- la mise en oeuvre des mesures d’encadrement du SMIG, notamment la mise en place et le fonctionnement de la Commission tripartite prévue par le Décret n° 079/2002 du 03 juillet 2002 en son article 10 en vue de l’ajustement du SMIG.
3°) Dans le domaine de l’emploi
- l’adoption d’une politique de l’emploi concertée;
- la réforme du systčme éducatif pour une meilleure adéquation formation-emploi;
- l’application stricte des mesures relatives ŕ la protection de la main d’oeuvre nationale;
- la mise en place d’un dispositif national d’incitation ŕ l’épargne et ŕ l’investissement privés;
- la mise ŕ disposition de moyens adéquats ŕ l’Office National de l’Emploi (ONEM) pour une meilleure réalisation de sa mission
- la multiplication des travaux de haute intensité de main d’oeuvre pour l’absorption du chômage;
- l’encadrement juridique, administratif, financier, culture) et économique des opérateurs des PME/PMI et de l’économie informelle;
- la promotion de l’Intermédiation financičre de proximité par la micro-finance;
- l’institution du comité national de lutte contre le travail des enfants;
- la régularité de la formation, du perfectionnement et de l’adaptation professionnelle des travailleurs auprčs de l’INPP et des centres de formation agréés;
- la revalorisation de la profession enseignante pour une meilleure préparation de la jeunesse.
4°) Dans le domaine de la législation sociale
- la mise en place des mesures d’application du code du travail;
- la révision des statuts du personnel de carričre des services publics de l’Etat;
- la mise en place d’un cadre juridique pour l’organisation des élections dans la Fonction Publique;
- l’application sans faille de la loi relative ŕ la réglementation du petit commerce sur toute l’étendue du territoire national;
- l’installation et le fonctionnement des tribunaux du travail;
- la révision du code de la sécurité sociale;
- l’élimination de toute forme de discrimination en matičre de travail de la femme et des personnes avec handicap;
- l’harmonisation de la législation nationale avec les instruments juridiques internationaux.
5°) Dans le domaine de l’hygične et santé au travail
- la mise en place d’une véritable médecine du travail;
- la formation des médecins et inspecteurs du travail;
- la mise en place des comités d’hygične et de sécurité du travail dans les établissements de toute nature;
- la lutte contre le VIH/SIDA en milieu de travail, l’élimination de toute forme de discrimination et la création d’un organisme de prise en charge des personnes vivant avec le virus de SIDA.
6°) Dans le domaine de la protection sociale
- la gestion rotative de l’INSS et de l’INPP par des organisations professionnelles des employeurs et des travailleurs;
- la révision des prestations allouées aux retraités, veuves, orphelins, accidentés et malades en vue de leur assurer des revenus suffisants;
- la création des mutuelles de santé;
- l’élargissement des risques assures par la prise en charge des risques maladies et de la maternité;
- l’harmonisation de la législation nationale avec les instruments juridiques internationaux ratifiés par le pays.
7°) Dans le domaine de l’économie et de l’industrie
- la poursuite du programme économique du Gouvernement ainsi que la stabilisation de tous les indicateurs macro-économiques pour garantir la crédibilité de l’Etat face aux partenaires bilatéraux et multilatéraux;
- la pratique d’une réelle politique de bonne gouvernance économique afin de remplir tous les préalables prévus dans le cadre de l’initiative PPTE;
- la protection des produits industriels congolais contre la concurrence des produits étrangers;
- l’octroi aux industries locales des facilités en vue de leur approvisionnement en intrants et de rendre leurs produits compétitifs;
- le rejet de toute idée de privatisation et de liquidation des entreprises publiques avant toute adoption de politique nationale concertée en cette matičre;
-l’élimination des tracasseries administratives et policičres qui gonflent inutilement la structure des prix des produits locaux et importés.
8°) Dans le domaine du dialogue social
- la tenue au moins une fois l’an de la session du Conseil National du Travail;
- la prise en charge des représentants des travailleurs ŕ la conférence internationale du travail;
- la consultation et la concertation réguličres entre partenaires sociaux et Gouvernement ŕ tous les niveaux de toute réforme économique notamment dans le cadre du Comité de Pilotage pour la Réforme des Entreprises Publiques (COPIREP).
Fait ŕ Kinshasa, le 1er Mai 2005
LE PRESIDENT DE L’INTERSYNDICALE DU CONGO
KABULO MBODYAWASHA
Last edited: 07/05/2006 01:31:47