Les populations du Sud-Ubangi sont peu ou pas du tout sensibilisées ŕ la prévention contre le Vih/Sida qui n’épargne pourtant pas ce district de la province de l’Equateur victime de la guerre
Le district du Sud-Ubangi dans la province de l’Equateur compte parmi les régions congolaises qui ont le plus enduré les méfaits de la guerre et des rebellions dont elles gardent encore les stigmates, notamment dans le secteur de la Santé. Il y a, par exemple, le cas de la pandémie du Sida qui n’épargne pas la contrée dans ses ravages face auxquelles il n’est pas organisé de campagne de prévention qui sensibilise suffisamment les populations. Quelques édifiants témoignages auprčs des personnes attitrées ŕ en faire état éclairent cette situation.
Un jeune médecin de l’hôpital général de référence de la localité de Tandala située ŕ prčs d’une centaine de kms de Gemena, le chef-lieu du district du Sud-Ubangi, parle de son expérience et du peu de cas dont la population de la contrée fait du danger du Sida. Dr. Narcisse Naďa, puisque c’est de lui qu’il s’agit, fait un témoignage saisissant du comportement des populations Ngbaka avec lesquelles il est en contact. L’occasion de la rencontre de ce médecin était l’organisation du 8 au 11 avril dernier de la campagne des journées nationales des vaccinations contre la poliomyélite, vaccinations synchronisées avec les pays frontaliers le Centrafrique et le Congo-Brazzaville.
Dr. Narcisse qui dirige ainsi ce trčs renommé centre médical d’une capacité de 233 lits bénéficiant d’un soutien des institutions missionnaires américaines a indiqué d’entrée de jeu et suivant ses propres termes que « la grande difficulté que nous rencontrons, c’est que la population ne vient pas en grand nombre ŕ l’hôpital, les gens se fiant beaucoup plus aux médicaments indigčnes qu’ŕ la médecine moderne. Cela est, certes, dű au fait, a ajouté le docteur, que récemment encore, il n’y avait pas assez de médecins, et la capacité d’accueil n’était pas celui que nous avons aujourd’hui. A ces années antérieures, a expliqué Dr. Narcisse Naďa, nous étions dans la moyenne de 70 malades. Actuellement nous sommes passés ŕ plus du double avec 160 patients internés ».
S’agissant de la sensibilisation de la population ŕ la prévention du Sida, Dr. Narcisse indique clairement que « C’est lŕ un problčme réel que nous avons et qui est accentué du fait de l’absence d’un service CDV (Conseil de dépistage volontaire). La jeunesse particuličrement n’est pas sensibilisée, comme, par exemple, ŕ Kinshasa et ailleurs. Ici la prise en charge des malades du Sida est difficile. Nous-męmes ne sommes męme pas outillés pour poser le diagnostic biologique du Vih/Sida dans notre hôpital. On procčde tout juste le cas échéant au diagnostic clinique, tout simplement parce que nous n’avons pas d’intrants qui pourraient nous permettre de pouvoir effectuer ce diagnostic. Le programme national de lutte contre le Sida a des prescrits bien définis en la matičre que nous devons respecter pour pouvoir poser ce diagnostic ».
« Ici actuellement, ajoute Dr. Narcisse, nous n’avons qu’un seul test, le détermine, qui nous permet juste de préparer les transfusions sanguines. Il ne nous permet pas de poser le diagnostic du VIH/Sida. Ainsi nous sommes limités aux tests et examens cliniques ŕ partir desquels on peut suspecter les patients infectés par le virus fatidique. Il y a actuellement un organisme qui est en train de naître et qui n’est qu’un squelette. On l’appelle la Pléiade qui se donne comme mission de procéder ŕ la sensibilisation de la population, mais rien n’est encore fait en ce sens. C’est ainsi que beaucoup de jeunes, par exemple, n’adoptent pas de comportement responsable face au danger de la pandémie du Sida. Ils pensent que le Sida, c’est l’affaire des autres. Ils ne pensent pas que ça les concerne personnellement ».
Un deuxičme et non moins édifiant témoignage est donné par le médecin directeur de l’Hôpital de référence du chef-lieu de district, Gemena męme, ci-devant Dr. Mombeta Te Moyala. Celui-ci a révélé que parmi les pathologies les plus fréquentes auxquelles son centre médical fait face, le paludisme occupe la premičre place. « C’est la pathologie principale qui est suivie des maladies des voies respiratoires, ensuite la diarrhée », a-t-il déclaré.
Sur la pandémie du sičcle, Dr. Mombeta donne des indications suivantes. « S’agissant du Sida, nous enregistrons effectivement, a-t-il signalé, des cas des malades qui en son atteints et cela dans la proportion de un ou deux personnes infectées qui nous arrivent par semaine. Quant au comportement de la population, je peux dire qu’elle est sensibilisée. Il y a ŕ relever ŕ ce propos tout juste la sensibilisation qu’organise une association que nous avons mise sur pied, en l’occurrence l’Ong appelée Alasco ( Association de lutte anti-Sida au Congo) ».
Dr. Mombeta explique que l’Alasco s’est donnée comme mission depuis trois ans la sensibilisation et la prise en charge. Mais jusque-lŕ c’est la sensibilisation qu’elle organise. Et la population est suffisamment sensibilisée, surtout en milieu urbain mas nous sommes en train d’aller ŕ l’intérieur. Quand on se promčne ŕ travers Gemena et quelques localités environnantes, on remarque que certains murs des maisons sont peints avec des graffitis suffisamment éloquents de la campagne de prévention contre le Sida ».
Les dessins de ces graffitis qui ne manquent pas d’attrait dans les messages qu’ils traduisent montrent effectivement qu’il s’agit de sensibilisation de prévention. Mais il s’agit d’une campagne qui s’organise de maničre vaille que vaille. La population de Gemena męme n’est pas assez attirée par ces plaisants graffitis qui amusent, certes, mais sont loin de toucher les esprits, d’attirer l’attention et de sonner le tocsin sur le danger réel et cauchemardesque que représente le VIH/Sida. D’autant plus que faute de dépistage, aucune indication ne présente la gravité de la proportion de personnes infectées dans une contrée ayant été ravagée par la guerre avec le passage de plusieurs armées comprenant de multitudes de soldats séropositifs !
Last edited: 07/05/2006 01:30:48