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Les rebelles rwandais, encore en Rdc, sont placés devant un choix cornélien : soit le retour volontaire ŕ Kigali, soit le retour forcé sous la poussée des canons de l’Union africaine, soutenue par la logistique de l’Union européenne

La paix régionale passe obligatoirement par le désarmement des groupes armés étrangers et des milices, trčs actifs tant au Kivu qu’en Ituri (province Orientale). Kinshasa, Kampala et Kigali s’accusent mutuellement de soutenir des groupes armés qui entretiennent ainsi la déstabilisation de la région des Grands Lacs. Parmi ces groupes armés, il y a bien sűr les ex-Far et Interahamwe du Rwanda.

Des voix s’élčvent de toutes parts, affirmant qu’il s’agit d’un problčme réel qui empoisonne les relations entre particuličrement Kinshasa et Kigali. L’option, sans ambiguďté, a été levée par la communauté internationale pour en finir une fois pour toutes avec le prétexte « Interaharnwe » qui sert de fonds de commerce tant ŕ Kinshasa qu’ŕ Kigali pour entretenir l’instabilité. Peut-on alors affirmer que les choses sont trčs avancées depuis les sommets de l’Union africaine tenus respectivement ŕ Libreville (Gabon) et ŕ Abuja (Nigeria), oů cette question a été largement examinée ?

REVOICI SANT’EGIDIO

Il est encore prématuré de répondre ŕ cette interrogation. Ce qui demeure vrai, c’est que la pression internationale s’affirme au jour le jour. Conformément ŕ l’esprit de l’Accord de Lusaka, il est désormais question de « traquer » les Interahamwe et de les désarmer par la force, et non sur base du volontariat.

Parallčlement ŕ cette action musclée, la diplomatie secrčte n’a pas pour autant perdu ses droits. On apprend, de sources concordantes, que la Communauté catholique Sant’Egidio a été sollicitée pour offrir ses bons offices, surtout son expertise en matičre de rčglement des cas de conflit pour une solution durable. Des négociations secrčtes sont en cours.

Les médias internationaux ont annoncé que, derničrement, une délégation congolaise s’est retrouvée ŕ Rome (Italie), sičge de Sant’Egidio, pour discuter des conditions du désarmement et du retour au Rwanda des Interahamwe et des ex-Far.

Aprčs Rome, la délégation congolaise s’est rendue cette semaine ŕ Kigali pour débattre du męme problčme. A en croire certaines indiscrétions, les rebelles rwandais seraient disposés ŕ déposer les armes avant de regagner leur pays. Mais, ils poseraient trois conditions principales : l’organisation du dialogue inter-rwandais, la garantie des mesures de sécurité ŕ leur retour, ainsi que leur intégration soit dans l’armée, soit dans la fonction publique ou la société civile.

Les discussions achopperaient sur ces trois conditions. Ainsi, Sant’Egidio s’emploierait discrčtement ŕ concilier les différents points de vue dans le but de parvenir ŕ un compromis satisfaisant. Pour le moment, les Interahamwe sont placés devant un choix difficile : le retour forcé ŕ défaut du retour volontaire.

Il sied de retenir que la communauté Sant’Egidio a acquis une expertise en matičre de négociations difficiles depuis le conflit mozambicain. Elle s’est ensuite intéressée ŕ la crise congolaise dans laquelle elle a prodigué des recommandations sages et pratiques pour parvenir au compromis actuel.

KIGALI TOUJOURS SUBTIL

Si les médias révčlent ce qui se passe en Rdc et en Italie, rien ne filtre encore du côté de Kigali. Mais, l’on ne doit nullement se faire des illusions. Le pouvoir en place au Rwanda n’exige qu’une chose : la neutralisation effective des Interahamwe et éventuellement la mise en accusation des « génocidaires » présumés.

Sur cette question de désarmement des rebelles rwandais, le président Paul Kagame n’a pas hésité ŕ placer la Communauté internationale dos au mur. Il attend aujourd’hui l’envoi des troupes africaines en Rdc avec mission de désarmer les Interahamwe et les ex-Far. Rien d’autre.

Kigali envisage-t-il l’éventualité d’un dialogue inter-rwandais ? Silence total. Par contre, en guise de réponse, il vient d’ordonner le fonctionnement effectif des tribunaux populaires, les « gachacha », chargés de juger plusieurs centaines de personnes accusées de génocide. Il reste ŕ savoir dans quelle intention le gouvernement rwandais a décidé de l’entrée officielle en fonction de ces tribunaux populaires, au moment oů des rumeurs confirment la tenue des négociations secrčtes de Rome, au bout desquelles il serait question de rapatrier vers Kigali des rebelles rwandais encore en exil en République démocratique du Congo.

La « rentrée judiciaire » des gachacha signifie-t-elle un refus de dialogue de la part de Kagame ? Les prochains jours nous édifieront.

Les Interahamwe entre deux feux

De ce qui précčde, il n’est pas prématuré de dire que les Interahamwe et les ex-Far sont pris entre deux feux. Il y a d’un côté la pression internationale qui va s’accentuant dčs lors que l’option de « rapatriement volontaire » a échoué. D’oů, la décision de les désarmer de force.

De l’autre côté, l’Union africaine qui se réunit le 15 mars ŕ Addis Abeba (Ethiopie), s’appręte ŕ annoncer les premičres dispositions relatives au déploiement des troupes africaines chargées de désarmer les Interahamwe.

A cet effet, l’Union européenne s’est engagée, pour sa part, ŕ assurer la logistique nécessaire afin de mener cette opération ŕ bon port.

Une décision analogue pourrait également intervenir au cours de la rencontre, le męme 15 mars ŕ Washington, des ministres des Affaires étrangčres de la troďka occidentale, constituée de la Belgique, de la France et des Etats-Unis d’Amérique.

En tout état de cause, la communauté internationale devrait surveiller l’attitude extrémiste de Kagame, qui ne laisse entrevoir aucune autre possibilité aux rebelles que l’emprisonnement ou l’extermination. Pratique mise en lumičre ŕ l’époque de l’intervention en 1996-1997 de la légion rwandaise en République démocratique du Congo.

Certains observateurs pensent que, acculés par l’intransigeance de Kagame, les Interahamwe et ex-Far chercheraient ŕ imposer une troisičme voie. Ils se mettraient ainsi, en désespoir de cause, ŕ obliger Paul Kagame ŕ venir ŕ la table des négociations, devant conduire ŕ la tenue d’un Dialogue inter-rwandais. En attendant, place ŕ la diplomatie secrčte.



Last edited: 07/05/2006 01:27:11

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