Sauf changement de toute dernière minute, le Président de la République, le Général-Major Joseph Kabila, et le Président ougandais, Yoweri Kaguta Museveni, se rencontrent aujourd'hui en terre tanzanienne. Un face à face avec un témoin privilégié, le Président tanzanien Benjamin M'Kapa.

Il s'agit d'une rencontre souhaitée par plusieurs hautes personnalités tant africaines qu'internationales en vue de donner une nouvelle impulsion à la dynamique de paix dans la région africaine des Grands Lacs. Mieux, pour faire accélérer le processus de paix de Lusaka sur la République démocratique du Congo.

En effet, l'Ouganda se trouve être l'un des pays qui ont gravement agressé la Rdc. Aussi, ce genre de négociations directes apportent toujours un plus dans la quête de la solution de paix. Vu sous cet angle, cette initiative est à encourager et plusieurs personnalités étrangères ont oeuvré dans ce sens.

Mais, la rencontre de Tanzanie, entre Joseph Kabila et Yoweri Museveni demeure également un face à face difficile. Très difficile même que seul le courage politique peut produire des effets spectaculaires, mais très attendus par toute la Communauté internationale. Et pour cause ?

Nous avons d'abord évoqué ce fait que l'Ouganda est l'un des pays agresseurs et qui cherche par tous les moyens à déstabiliser le régime de Kinshasa pour installer celui qui lui est favorable. Bien plus, un régime qu'il pourra facilement contrôler. C'est l'un des objectifs de cette guerre d'agression.

La deuxième cause est que l'Ouganda se trouve parmi les pays qui pillent les richesses de la Rdc. Le Rapport Safiatou l'a clairement identifié. Museveni ainsi que son pré-carré ont été nommément cités.

Enfin, le Président Museveni est considéré comme l'un des «assassins présumés de Mzee Laurent-Désiré Kabila» qui, non seulement est le 3è Président de la République démocratique du Congo, mais se trouve être le père de Joseph Kabila. Les choses à ce stade peuvent prendre une autre tournure.

Or, les deux personnalités se rencontrent pour la toute première fois depuis que tous ces événements énumérés ci-haut se sont déroulés. Vu sous cet angle, la rencontre ne sera pas du tout facile. Les observateurs s'interrogent d'abord pour savoir si l'Ouganda a renoncé à ses premières ambitions. C'est-à-dire, renoncer à déstabiliser la Rdc; à cesser de piller les richesses de la Rdc qui lui ont permis d'entretenir une «économie de guerre». Ensuite, dans un deuxième temps, convaincre le Chef de l'Etat congolais de la non-implication de l'Ouganda dans l'assassinat de Laurent-Désiré Kabila. Une fois de plus, Museveni sera invité à présenter des arguments irréfutables.

Accord de Syrte : Un antécédent préjudiciable

Ce qui rend encore cette rencontre difficile, c'est qu'elle est placée sous le signe de la méfiance au regard de la non-application de l'Accord de Syrte. Celui-ci, on le sait, a été signé le 18 avril 1999 (observez bien ne nombre 18) entre Laurent-Désiré Kabila et Yoweri Museveni, sous les auspices du colonel Kadhafi.

Malheureusement, Museveni n'a accordé aucune considération à cet accord pour retirer ses troupes de la Rdc. Pire, Museveni s'est acharné à renverser le régime de Kinshasa avec une terreur sans précédent, contribuant ainsi à l'holocauste congolais.

Il y a donc en Museveni cette propension à ne pas respecter sa parole de Chef de l'Etat. Mais, à procéder toujours par la ruse. Ainsi, Museveni, non pas qu'il n'a pas respecté sa parole, mais a continué à armer le Mlc, à obliger la fusion avec le Rcd/Bunia pour créer le Flc.

Bien plus grave, c'est ce 18 juin 2001 que les troupes ougandaises devaient avoir terminé leur retrait quasi total de la Rdc. Or, à 72 heures de cette rencontre de Tanzanie, le porte-parole du gouvernement ougandais laissait planer des doutes. Il a évoqué la disponibilité des avions pour accélérer ce redéploiement. Dire que c'est toujours ce 18 juin que Museveni rencontre Kabila. Que va-t-il lui dire pendant que le retrait n'est pas accompli? Pire, à l'heure où l'Ouganda continue à soutenir le Mlc, à laisser ses soldats tuer, assassiner les populations congolaises à Bafwasende, Bunia et Beni que faut-il assurer ? Entre-temps, le pillage des richesses congolaises se poursuit.

Il est vrai, les choses demeurent complexes à ce stade. Ce qui rend la rencontre de Tanzanie toujours difficile. Par conséquent, l'on ne s'attend pas dans l'immédiat à des résultat positifs. Sauf...

L'implication des Chefs d'Etat africains

Sauf bien - sûr si des interventions étrangères pèsent sur Museveni. Nous songeons ici aux Etats-Unis avec la dernière visite en Ouganda du secrétaire d'Etat américain, le général Colin Powell. C'est-à-dire, que Washington fasse comprendre à Museveni que réellement l'époque des guerres est révolue. Et comme au Proche-Orient, pousser Museveni à des négociations directes avec Joseph Kabila en toute franchise. En effet, tant que Museveni se considère être «l'ami de Bush» et que l'Ouganda demeure «un allié des Etats-Unis » le Président ougandais affichera toujours une attitude arrogante et du mépris envers le peuple congolais.

En Afrique, il serait utile que le colonel Kadhafi vienne à la rescousse du Président tanzanien. Exactement comme il l'a fait avec le Soudan. Sans pression africaine sur Museveni, rien de positif ne sera enregistré. D'où, toute la difficulté de cette rencontre de Tanzanie, prévue du 18 au 19 juin 2001.