Le Président de la Commission électorale indépendante (Cei) a de plus en plus d’admirateurs pour sa vision réaliste de l’approche qu’il se fait des échéances électorales. Thimbombo Mukuna en est de ceux qui pensent comme lui
Une fois de plus, comme il y a un passé récent, la transition est au bord de l’implosion. Elle vit son éničme crise. Comme autrefois, cette crise tire son origine d’une de ses composantes majeures, en l’occurrence le Mlc de Jean-Pierre Bemba. Inutile de remuer le couteau dans une plaie déjŕ béante que le médiateur sud-africain, le Président Thabo Mbeki, tel un médecin, tente de soigner.
Délicatement, convenons-en. Tant en face de lui, il y a des gens qui se regardent sans se voir. Et c’est sur cette crise, qui vient se greffer malencontreusement ŕ une forte tension enveloppant le pays tout entier depuis quelques jours, et sur la déclaration ou la réflexion - c’est selon - tout aussi malencontreuse qu’a cru devoir faire l’abbé Apollinaire Malu Malu (qui porte si bien son nom : NDLR) ci-devant, président de la Commission Electorale Indépendante (CEI), que Uhuru est allé pour ainsi dire débusquer Jacques Tshimbombo Mukuna, député et président de l’Union pour la République et le Renouveau (URR) de la sérénité de son appartement cossu situé quelque part ŕ la Gombe.
Tshimbombo ne fait pas dans la demi-mesure pour fustiger l’ultimatum adressé par le Mlc au Président de la République. « Au regard du temps qui nous reste, est-il nécessaire de se retirer ? », s’est-il interrogé. Il répond aussitôt ŕ sa propre interrogation : « C’est un tort ». La vague soulevée par Malu Malu fait dire au député Tshimbombo que « le Président de la CEI ne s’y est pas mal pris ». Il a agi en responsable parce que, selon notre interlocuteur, il a pris la précaution de prévenir au regard des moyens ŕ sa disposition et de nombreux préalables qui restent ŕ remplir. Kabila insiste, comme beaucoup d’autres, dans la classe politique, « les élections dans les délais ».
C’est parce qu’il en est partie prenante, mais ce n’est pas lui qui a la charge de leur organisation, a fait remarquer le Président du l’URR, pour qui l’abbé Malu-Malu a été « digne » et « responsable ». Pręt pour affronter les élections ? L’homme qui avait bousculé l’avocat belge Jules Chômé a cette réponse en forme de couperet : »Je n’ai pas peur des élections, parce que Tshimbombo Mukuna est un fonds de commerce ». Il se refuse d’anticiper sur la décision du congrčs de son parti quant ŕ la question de savoir s’il se portera ou pas candidat ŕ la magistrature supręme. C’est encore trop tôt, estime-t-il. Suivez plutôt.
Uhuru : Que pensez-vous du dernier remaniement si controversé du gouvernement ?
Tshimbombo : Si controversé, ça veut dire quoi ? Moi, je pense que le dernier remaniement a été fait normalement. On a demandé aux composantes et entités, comme cela avait été entendu dans l’accord global et inclusif, de donner des noms, ou, au besoin, de changer des gens comme ils le souhaitaient. Ils l’ont fait et le Président a pris un décret normalement.
Uhuru : Que vous inspire les incidents malheureux de la semaine derničre ?
Tshombombo : Moi, je pense que, par rapport ŕ la déclaration de l’Abbé Malu Malu, la question que nous devons d’abord nous poser, c’est celle de savoir s’il était habilité de dire ce qu’il a dit ? Moi, je dis oui. Malu-Malu est le président de la Commission Electorale Indépendante et chargé de l’organisation des élections dans notre pays. Lorsqu’on examine la faisabilité et les moyens ŕ sa disposition et qu’elle estime n’est pas ętre ŕ męme d’organiser les élections dans les délais, c’est ŕ la CEI qu’il revient de dire qu’elle est dans l’impossibilité d’organiser les élections dans les délais et de proposer, bien sűr, un autre timing. Je ne crois pas que Malu-Malu s’y soit mal pris. Pour la bonne et simple raison qu’il n’a donné que le point de vue d’un président responsable.
C’est lui qui détient le calendrier et les moyens. Il s’est rendu compte, déjŕ, qu’on ne peut pas atteindre l’objectif recherché dans les délais prévus, alors que le grand peuple du Congo attend les élections d’ici le 30 juin et ç’est pourquoi il a pris la précaution de prévenir. N’oublions pas qu’il y a plusieurs préalables qui restent ŕ remplir. Vous avez d’abord les moyens. Est-ce que le gouvernement peut-il dire, aujourd’hui, qu’il a mis tous les moyens ŕ la disposition de la CEI pour l’organisation des élections ? Si oui, combien ?
Peut-on dire, au regard du budget prévu, que tout le financement est déjŕ lŕ ? Je ne crois pas et je doute. Il y a ensuite la construction de la troisičme République qui n’est męme pas encore examinée. Et męme aprčs son examen et son adoption, il faut encore qu’il y ait référendum. Et nous ne sommes lŕ qu’au mois de janvier. La loi électorale elle-męme n’est pas encore pręte ? Le budget de la République devait parvenir ŕ l’Assemblée nationale au mois d’octobre.
Parce que la session d’octobre est budgétaire. Nous sommes déjŕ en janvier, la session a été clôturée en l’absence de ce budget. Ce que, moi qui vous parle, en qualité de député, je ne suis męme pas en mesure de vous dire combien a-t-on prévu pour les élections dans le budget 2005. Voyez-vous, face ŕ tous ces éléments, pour l’abbé Malu-Malu, il vaut mieux prévenir que guérir. Il est de la responsabilité de la CEI et ce n’est pas mauvais de préparer l’opinion dčs maintenant. Il n’est pas de la responsabilité de tous ces gens qui réclament ŕ cor et ŕ cri « les élections dans les délais ». Kabila vous dit, les élections dans les délais, mais il le dit aussi parce qu’il est partie prenante ŕ ces élections, pour la simple et bonne raison que ce n’est pas lui qui les organisera.
Quand ça n’ira pas, il pourra aussi dire que « ce n’est pas de ma faute, ce sont les autres ». C’est la męme chose pour le Mlc, le Rcd et tous les autres. Mais qui est appelé ŕ organiser ces élections, qui doit en fixer la date ? C’est la CEI. S’il y a des pressions ŕ faire, il faut les exercer sur ceux qui détiennent les moyens et les instruments pour permettre l’organisation de ces élections. Malu-Malu n’a pas fait que prévenir. Il a été correct. La responsabilité de tout ce qui se passe incombe ŕ la classe politique ŕ laquelle j’appartiens malheureusement, elle est médiocre et c’est elle qui tire les ficelles. En ce qui me concerne, l’abbé Malu-Malu a été digne, il a été responsable.
Uhuru : Qu’avez-vous ŕ dire sur l’ultimatum du Mlc lancé au Président de la République ?
Tshimbombo : Considérez que la transition est constituée sur les pilotis que sont les 5 composantes et les trois entités. Imaginez qu’il y a une composante qui estime que moi, je quitte le groupe, cela va sűrement déséquilibrer le bâtiment construit sur les pilotis. La question que je me pose est que, ŕ ce stade, au regard du temps qui nous reste, est-il nécessaire de se retirer.
Vous vous retirez pour faire quoi ? Nous qui sommes dehors, nous croyions que ceux qui sont dans l’espace présidentiel doivent faire en sorte que les choses marchent. On ne peut pas quitter cet espace parce que ça ne marche pas pour rejoindre ceux qui sont dehors qui n’ont aucune capacité de faire marcher les choses. J’ai beaucoup de respect pour le Mlc et tous ceux qui composent ce mouvement. Mais je pense que c’est un tort. On peut avoir des revendications mais on ne peut pas aller au-delŕ jusqu’ŕ brandir la menace de se retirer des institutions. Pour faire quoi ? Je pense qu’il y va de l’intéręt de tous de mettre un peu d’eau dans le vin pour qu’on aille de l’avant en tenant compte du temps qui nous reste.
Uhuru : Parlons de votre parti, l’Union pour la République et le Renouveau, l’URR en sigle. Etes-vous pręt ŕ affronter les élections. Etes-vous déjŕ implanté suffisamment et oů ?
Tshimbombo : Je ne suis pas un inconnu, męme s’il se trouve des gens pour prétendre qu’il n’y a jamais eu d’élections dans ce pays. Il y a bien déjŕ eu élections et moi qui vous parle, je me suis déjŕ présenté aux élections législatives dans cette ville de Kinshasa, oů nous étions plus de 300 candidats, en 1982. Les Congolais ont tendance ŕ vouloir vite effacer l’histoire.
Il n’y a que ce que l’on fait soi-męme qui est bien. Observez que nous sommes entrain de patauger. Męme ŕ l’époque de Mobutu, ce n’était pas comme ça. Aujourd’hui, le peuple s’en rend compte, parce que la cupidité de la classe politique est patente. Elections ? Je suis pręt ŕ les affronter parce que moi j’ai déjŕ eu ŕ me présenter au moins une seule fois par rapport ŕ beaucoup d’autres qui n’en savent rien. C’est pour vous dire que je n’ai pas peur des élections. La finalité de la politique, c’est la sanction.
Il faut laisser au peuple souverain l’occasion de s’exprimer et de sanctionner. Il y a un adage qui dit que rien ne sert de courir, mais il faut partir ŕ temps. Vous pouvez bien partir le premier et arriver le dernier, parce que vous serez essoufflé. Il y a des partis qui prétendent rayonner. Mais, on le sait, c’est parce qu’ils utilisent les moyens que les autres n’ont pas, les moyens ponctionnés sur les fonds publics et cela suffit ŕ s’autoproclamer partis rayonnants, majoritaires. Or, en réalité, il n’y a rien.
Les gens viennent pour le besoin de la cause, qui pour obtenir un T-shirt qui un peu d’argent et parce que qu’on loue pour eux des bus. On filme, mais en réalité, c’est du vent. Ils sont lŕ aujourd’hui, les choses ne marchent pas, que vont-ils faire demain ? Quant ŕ nous, nous nous préparons, car c’est le discours qui compte. On nous a dit hier que nous avons détruit le pays. Aujourd’hui, nous pouvons prendre le peuple ŕ témoin. A l’époque de Mobutu, le pays était coupé du monde.
La coopération était suspendue. Mais la République avait le budget intégral financé par notre propre pays. Aujourd’hui, le pays est dans l’impossibilité d’assurer son propre budget. Or le budget, c’est la souveraineté d’un pays. Si déjŕ le budget de la République est financé ŕ 60 % par l’aide extérieure, ce que vous n’ętes nulle part. Est-ce une fierté ? Moi, je dis non.
Uhuru : Comptez-vous vous présenter seul aux élections ou comptez-vous vous allier ŕ un autre parti ou une plate-forme ?
Tshimbombo : Il ne m’appartient pas de dire si je dois me présenter seul ou non. Notre parti est structuré, il a des instances et l’instance supręme de notre parti, c’est le Congrčs. Trčs bientôt le Congres va devoir se réunir. (Bientôt c’est quand ? NDLR). Bientôt, c’est-ŕ-dire au mois de mars. Il appartiendra donc au Congrčs d’examiner comment on va aller aux élections. Nous y allons seuls, ou avec qui d’autre ? Je ne saurais pas vous le dire. Ce n’est pas de ma compétence.
Uhuru : Honorable, vous répondez donc de la męme maničre ŕ la question de savoir si vous vous présenterez comme candidat ŕ la magistrature supręme, parce que, j’imagine, vous avez, cette ambition ?
Tshimbombo : Je vous ai dit qu’il est trop tôt de répondre ŕ cette question. Le parti n’est pas Tshimbombo. Ce n’est pas ma propriété, comme d’aucuns peuvent ętre amenés ŕ le penser. Je vous ai déjŕ dit que l’instance de notre parti, c’est le Congrčs. Tous dépendra de ce que le Congrčs décidera. Si nous devons présenter un candidat ŕ la magistrature supręme et que le Congrčs décide que ce n’est pas Tshimbombo, je m’inclinerai.
Uhuru : Votre parti est jeune, il est nouveau, quelle évaluation faites-vous du niveau d’implantation de votre parti ŕ Kinshasa et ŕ l’intérieur ?
Tshimbombo : D’abord lorsque vous dites que votre parti est jeune, qu’est-ce ŕ dire ? Moi Tshimbombo, suis-je jeune ? Męme s’il faut faire de distinction entre Tshimbombo est le parti, mais il faut toujours savoir une chose. Combien de partis agrées, il y a-t-il dans ce pays ? Il y va surtout de la personnalité de ceux qui représentent ces partis. Je voudrais vous dire que de ce point de vue, le nom de Tshimbombo Mukuna est un fonds de commerce. Pour la bonne et simple raison qu’il n’y a aucune province, district ou territoire oů Tshimbombo ne soit pas connu, ne fut-ce que de nom. Vous ne pouvez donc pas imaginer ce que mon parti peut en tirer comme dividende. Et puis, ce n’est pas un problčme d’ętre jeune. C’est un problčme d’organisation. Le parti a été créé quand nous étions ŕ l’extérieur du pays. Je puis vous assurer qu’il s’implante lentement, mais sűrement. En s’interdisant beaucoup de bruit comme d’autres sont en train de le faire. Je peux vous assurer au jour d’aujourd’hui, et suis heureux de vous dire que le parti est implanté ŕ travers toute la République.
Cela va peut ętre vous étonner. Aprčs notre Congrčs, qui va durer ŕ peu prčs 3 jours avec des délégués de toutes les régions (d’ailleurs vous y serez convié en tant que journaliste) et lŕ vous serez surpris. Voilŕ ce que je peux vous dire ŕ ce stade. Nous observons ceux qui se battent entre eux, la plupart utilisant les moyens mis ŕ leur disposition par l’Etat et croient que c’est cela l’activisme politique. Non, ce n’est pas correct.
Uhuru : En quoi se résume notre projet de sociétés ? Tshimbombo : Je vais d’abord vous expliquer pourquoi nous avons choisi l’URR et ce que veut dire l’Union pour le Renouveau Républicain. Nous l’avons voulu union car nous ne pourrons parvenir ŕ bout des sentiers escarpés du pays qu’en étant soudés, en rassemblant toutes nos énergies et nos intelligences. Nous l’avons voulu renouveau, parce que nous avons fait le choix, ni d’un retour en arričre, ni d’un repli.
Mais bien celui d’une mutation profonde, d’une transformation et d’une renaissance. Il est républicain car la finalité de toute politique, c’est la réalisation du bien commun, la respublica. Dčs lors, nous nous sommes engagés ŕ conquérir le pouvoir démocratiquement comme tout le monde. C’est ça la finalité de la création de notre parti. L’URR se veut donc un parti libéral, dans la mesure oů il met en avant les idées suivantes : la défense et la promotion de la liberté, les libertés sous toutes les formes.
Donc la culture de la responsabilité individuelle en faveur de la communauté qui doit primer sur celle de la dépendance, de l’exclusion, de la résignation devant la difficulté, de la facilité qui exončre de l’échec et qui n’intčgre pas l’effort. Nous avons le devoir de solidarité et de tolérance qui favorise alors l’inclusion et empęche l’exclusion sociale.
Nous avons le devoir de solidarité et de tolérance qui favorise l’inclusion et empęche l’exclusion sociale. Nous avons l’esprit d’entreprise, la liberté d’entreprendre, le libre échange et l’économie de marché susceptible de faciliter la croissance de l’économie nationale pour permettre la réalisation des biens, donc la création des richesses. Une fois ces richesses sont créées, nous estimons que l’emploi est facilité et il appartiendra en ce moment lŕ au peuple d’en profiter. Voilŕ, grosso modo, les grands axes de notre projet de société.
Uhuru : Le mot de la fin ?
Tshimbombo : Oui, juste vous remercier pour le souci que vous vous ętes fait de tout faire pour écouter une fois Tshimbombo Mukuna sur les questions brűlantes de l’heure et sur la santé de l’URR, son parti politique.