En prévision de la prochaine visite de Joseph Kabila dans le bas-Congo
Le Bas-Congo est la province la plus proche de la capitale. Paradoxalement, elle est la moins visitée par les décideurs politiques. Les rarissimes fois qu'un ministre s'y aventure. C'est lorsqu'il est signalé une rupture de trafic sur la Nationale 1 ou quand Kinshasa attend l'arrivée providentielle d'un pétrolier sur la côte de Moanda. Pour le reste, les populations de Kasangulu, Inkisi, Mbanza-Ngungu, Matadi, Boma, Luozi, Tshela, Lukula souffrent de ce qui est perçu comme une indifférence du pouvoir central à leur égard.
Aussi, l'annonce de la visite imminente du chef de l'Etat a été accueillie avec une fièvre compréhensive. Le cahier de charges que le Bas-Congo profond compte présenter à Joseph Kabila comporte entre autres chapitres ceux ayant trait aux routes, à l'eau potable, à l'électricité, aux écoles, aux hôpitaux, à l'agriculture, etc.
Le volet des routes est celui qui préoccupe le plus les résidents d'une province où le progrès social est tributaire du volume et surtout de la rapidité des échanges commerciaux avec Kinshasa. A ce sujet, la principale voie de circulation des personnes et des biens à savoir la Nationale n°1 continue de présenter un parcours parsemé des bourbiers. Hormis le tronçon entre Kinshasa et Luila, tout le reste constitue un casse-tête pour les automobilistes, les gros transporteurs se demandent s'ils pourront encore un jour boucler l'axe Kinshasa-Matadi en mois de 6 heures, comme c'était le cas il y a seulement 10 ans.
Beaucoup de bruit est fait à Kinshasa au sujet des routes de desserte agricole. Si le gouvernement traduisait sa volonté en actes, il ne se poserait plus de problèmes de communication entre le Mayumbe et le Manianga, deux des plus grands greniers agricoles du Bas-Congo, ni entre Songololo et Kimpese, entre Ngeba et Kimvula ou encore entre Moanda et Boma. Un peu partout à travers le Bas-Congo, les routes en terre battue sont souvent endommagées par les érosions, coupées par l'affaissement des ponts de fortune en bois ou par l'immobilité de bacs privés de carburants. Pour la traversée du fleuve Congo à Mpioka, Kinganga et Luozi, les camionneurs sont contraints de libérer chacun 5 à 10 litres de gasoil pour approvisionner les bacs.
L'une des images qui font très mal aux villageois du Bas-Congo est celle des câbles de la ligne d'Inga survolant les chaumes de leurs cases sans pourtant les alimenter en électricité. Certes, plusieurs centres urbains sont desservis en énergie électrique. Toutefois, des territoires entiers du Bas-Fleuve (Moanda, Tsheta, Lukula), de la Lukaya (Ngeba, Kimvula), des Cataractes (Luozi, Kasi, Gombe-Matadi) vivent comme si le barrage d'Inga était implanté ailleurs.
Au plan de l'enseignement, les écoles telles que l'ex-colonie scolaire de Boma, le collège de Mbansa-Mboma, l'ex-Athénée de Matadi, le collège Nduenga de Luozi, le collège de Kizu, le petit séminaire de Kibula, l'Institut Kola de Mbanza-Nqungu, le lycée Luila, le collège dé Kisantu sont devenues l'ombre d'elles-mêmes. L'impaiement des enseignants par l'Etat et l'obsolescence des infrastructures et équipements ont fait fuir la plupart des professeurs "licenciés" et "gradués". Il est désormais courant de rencontrer des professeurs D6 dans les classes terminales des humanités. Bref, l'enseignement primaire et secondaire est au rabais. Les palmarès des dernières éditions de l'Examen d'Etat en témoignent d'ailleurs.
L'illustration la plus significative de la baisse du niveau de l'enseignement au Bas-Congo se trouve être le fonctionnement en dents de scie de l'université du Bas-Congo. Eclatée en trois campus (Inkisi, Mbanza-Ngungu et Boma), elle est en train de mourir en silence, faute de sponsors. La disparition du professeur Ngoma Ngambu, un de ses pères fondateurs a été un coup dur. L'lsp/Mbanza-Ngungu fonctionne cahin-caha. L'Institut Médical Evangélique de Kimpese (IME) aussi.
Le tissu sanitaire du Bas-Congo laisse à désirer. Les rares formations médicales qui tiennent le coup (Hôpital de Kisantu, Ime/Kimpese, Hôpital de Luozi, Hôpital de Kangu survivent grâce aux congrégations religieuses étrangères. Les centres médicaux manquent de tout : médecins, équipements, médicaments.
Dans le domaine de l'agriculture, les paysans attendent des semences améliorées, des outils aratoires et de semis modernes, des moniteurs agricoles pour rendre effective l'abondance alimentaire. Joseph Kabila devait lire attentivement les visages des masses pour mieux saisir leurs préoccupations. Des réponses réalistes à ce cahier de charges lui permettraient de s'aménager un électorat avide d'actes concrets.
Last edited: 07/05/2006 00:03:56